France Dimanche > Témoignages > « La justice a bâclé l'enquête sur la mort de mon fils !».

Témoignages

« La justice a bâclé l'enquête sur la mort de mon fils !».

Publié le 20 avril 2012

Comment surmonter son chagrin après la perte de son enfant ? Peut-on faire son deuil sans connaître les circonstances du décès ? Une maman raconte.

« Mon fils avait hérité du caractère de mon propre père : c'était un hypersensible qui ne supportait pas de voir les gens souffrir. Depuis qu'il était enfant, Anthony passait son temps à soutenir et à aider les autres, pour les rendre heureux. Ses amis l'adoraient car ils savaient qu'ils pouvaient compter sur lui, en toutes circonstances. Le jour de ses obsèques, des dizaines de personnes étaient d'ailleurs présentes pour lui rendre hommage. Car oui, mon fils est mort, dans la nuit du 14 au 15 octobre dernier. C'est mon ex-mari qui m'a prévenue, par téléphone : “Anthony est tombé d'un balcon, c'est grave !“ m'a-t-il dit. “Dans quel hôpital est-il ?“ ai-je immédiatement demandé. “Il n'est pas à l'hôpital, mais à la... morgue“, a-t-il répondu, effondré. À cet instant, j'ai vécu l'indescriptible.

Comme pour retrouver mon souffle, j'ai ouvert la bouche et c'est un terrible hurlement qui en est sorti. Je suis tombée à la renverse, ne souhaitant alors qu'une chose : mourir pour rejoindre la chair de ma chair, le sang de mon sang, qui venait de disparaître à 18 ans seulement.

Anthony, quelques temps avant sa mort. Photos : Collection personnelle

Allongée sur le sol, j'ai senti qu'une part de moi-même cherchait à me protéger de ce funeste désir. Sans vraiment m'en rendre compte, je me suis alors mise à inventer une histoire où Anthony serait encore en vie ! “Ne t'en fais pas - me consolais-je. Les papiers d'identité retrouvés sur le jeune homme décédé ont juste été volés à ton fils. Le mort, ce n'est pas lui... “. Jennifer, ma fille aînée, avait beau me dire que c'était insensé : je n'écoutais personne ! Mon instinct de survie me dictait de croire en ma propre version, que j'avais même étoffée pour la rendre “crédible“ : Anthony était bien vivant et s'il ne nous donnait pas de nouvelles, c'était juste parce qu'il avait fait une mauvaise rencontre et que quelqu'un le séquestrait. Aujourd'hui, je me rends évidemment compte que ce scénario était improbable.

L'évidence m'est apparue dans toute son horreur après l'autopsie, lorsque je me suis retrouvée face au corps de mon enfant, dans un funérarium de la région. Il n'y avait plus d'illusion possible : c'était bien lui qui reposait dans son cercueil de bois clair, le visage serein, mais à jamais figé par la mort. Plus jamais nous ne discuterions des heures entières comme nous le faisions souvent. Plus jamais nous n'irions ensemble au cinéma ou au restaurant comme nous avions l'habitude de le faire. De nouveau, j'ai senti la douleur me submerger. Sans aucun espoir pour faire barrage à mon immense tristesse !

D'ailleurs, je n'avais plus la force de résister. Et l'envie de disparaître moi-même m'aurait de nouveau assiégée si, à cet instant, il ne s'était produit un événement hors du commun. Alors que je venais de prendre la main d'Anthony, mon portable a sonné. J'ai décroché et entendu une voix de femme me dire : “Je suis Aline. J'ai assisté au décès de votre fils. Je suis restée près de lui jusqu'à la fin. Il n'a pas souffert. Il n'était pas seul...“. Cet appel m'a procuré un indicible soulagement ! C'était si rassurant d'apprendre que mon fils était parti en paix, sans avoir mal !

Anthony (à dr.) avec sa mère Marie (au centre) et sa sœur Jennifer (à g.)

Ce coup de fil, reçu au moment même où je lui disais à quel point je continuerai à l'aimer, ne pouvait pas être une coïncidence ! Je sais, certains diront que je me suis de nouveau inventé un rempart contre le chagrin, mais je m'en fiche !

J'ai immédiatement eu l'intime conviction que, de l'au-delà, Anthony cherchait à me parler et à me rassurer sur ses derniers instants de vie. J'en suis d'autant plus sûre, que j'ai eu depuis d'autres indices troublants. Un mois et demi plus tard, j'ai remarqué sur un verre d'étranges fissures qui dessinaient parfaitement le A d'Anthony ! Au même instant, ma fille m'a téléphoné pour me dire que, en se coupant les cheveux, elle avait observé que ces derniers formaient sur le sol l'initiale du prénom de son frère ! Quelques jours plus tard, alors que je me trouvais à ma fenêtre, des avions qui se croisaient dans le ciel esquissaient le même signe dans le ciel. D'où ma certitude aujourd'hui : de tout là-haut, c'est mon fils qui me parle pour me dire qu'il est toujours vivant et heureux, dans une autre dimension que nous ne voyons pas.

Cette idée m'aide à vivre, privée de celui dont j'étais si complice. Mon chagrin s'en trouve ainsi atténué même s'il reste encore de nombreuses incertitudes concernant les conditions de sa mort. Car l'enquête a vraiment été bâclée : pour les policiers, Anthony avait, ce soir-là, un peu bu et fumé du cannabis. Ils en ont alors déduit qu'il s'était amusé à monter sur un échafaudage avant de rejoindre un balcon d'où il avait perdu l'équilibre et chuté. Mais des faits troublants pourraient invalider cette version.

Aujourd'hui en effet, on sait que juste avant sa mort, mon fils a téléphoné à certains de ses amis pour les prévenir qu'il se sentait en danger ! Des caméras de surveillance montrent d'ailleurs que, dans le fast-food où il s'est arrêté quelques heures avant le drame, des jeunes avaient un comportement agressif ! Anthony a-t-il été poursuivi ? Est-il monté sur le fameux échafaudage pour échapper à des assaillants ? A-t-il été molesté puis volé puisqu'on on a jamais retrouvé le bijou qu'il portait et dont il ne séparait jamais ? Aucune investigation n'a hélas été menée à ce sujet !

Et si le procureur de la République a récemment décidé de rouvrir l'enquête à la suite de mes multiples réclamations, le juge d'instruction qui a été saisi de l'affaire semble hélas disposer de trop peu de moyens pour mener à bien les recherches nécessaires. Alors, je lance un appel à la justice de notre pays ! Il faut qu'elle fasse enfin le maximum pour explorer toutes les pistes qui pourraient révéler les circonstances exactes de la mort de mon fils. Car il n'y a que lorsque je saurai vraiment ce qui lui est arrivé que je pourrai réellement en faire le deuil ».

Propos recueilli par Thierry Lopez

À découvrir

Sur le même thème