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"La mort d’un cambrioleur, tué sous mes yeux par la police, a bouleversé ma vie"

Publié le 3 novembre 2011

"Le 12 janvier 2005 à 2 h 45 du matin, j’ai vécu un fait divers violent, un événement psychosocial traumatique. J’étais responsable du service reprographie de l’IUT Michel de Montaigne et j’étais de permanence cette nuit-là avec un autre collègue.

Dans la nuit deux individus se sont introduits dans l’établissement l’IUT Michel de Montaigne de Bordeaux dont nous avions la surveillance avec un de mes collègues.

C’est après l’appel de la société de surveillance nous informant d’une intrusion que j’ai rejoint mon collègue à l’IUT, pour avoir une vision sur l’extérieur, situé  grâce à l’éclairage, et éventuellement voir d’où les bruits pouvaient provenir. C’est de cet endroit que nous entendîmes deux coups de feu.

Les policiers de la BAC (Brigade Anti-criminalité) étaient déjà sur site et donc sur le parvis de l’établissement, ils avaient fait feu sur les deux individus menaçants dont l'un était armé. Je fus témoin du décès du cambrioleur par arme à feu et de la blessure à la cuisse de son comparse.

Le premier qui était porteur de l’arme, mortellement blessé au cœur fut pris de spasmes avant de mourir. L’autre grièvement blessé d’une balle dans la cuisse hurlait de douleur !

Je fus témoin au premier plan de cette scène cette nuit-là. Le soir même, eut lieu la reconstitution de cet événement dramatique ce qui faisait beaucoup d’émotions à supporter en 24 heures. D’autant que dans la journée les policiers enquêteurs nous ont auditionnés afin de recueillir nos témoignages. Cette journée fut très traumatisante pour moi.

Depuis je suis malade, je suis suivi par une cellule psychologique certes très efficace, mais je ne cesse de revoir la mort en direct de cet homme, saisi par ces spasmes. Je reste effrayé par les bruits de sirène, la vue des gyrophares me perturbe, le téléphone qui sonne la nuit, les crissement de pneus, les coups de fusil en période de chasse...

Je ne me suis pas arrêté de travailler, je suis resté auprès de mes collègues avec lesquels je m’entends bien. Mais hélas, ma carrière professionnelle est figée et je n’ai bénéficié depuis lors et malgré mon investissement, d’aucune promotion ni même d’une reconnaissance, de la part de mes supérieurs, du traumatisme que j’ai subi. J’estime que l’on attend mon départ à la retraite pour oublier ce fait divers sans rien régler.

Je pense aujourd’hui être doublement victime. J’ai donc décidé de me battre pour demander, en accord avec la médecine du travail, que ce fait divers soit reconnu comme un accident de travail.

Notre pays la France est une nation garante du respect  “des droits de l’homme“, aujourd’hui je demande réparation afin que je puisse accéder à une promotion exceptionnelle et de ce fait une juste régularisation par rapport à ce préjudice."

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