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"La République m'a sauvé de l'alcool"

Publié le 26 juin 2012

Après avoir vaincu son addiction à l'alcool, Jean-François veut aider les personnes en détresse en créant une maison des solidarités.

« Il y a trois ans, j'avais déjà tenu à apporter mon témoignage dans France Dimanche pour aider les personnes qui auraient pu se reconnaitre dans ma situation. Il y a une quinzaine d'années, alors que j'avais un métier intéressant, une famille, des amis, mes activités de conseiller municipal d'une petite ville voisine de Nantes et de président d'association me donnaient pas mal d'occasions de boire un verre...

L'accoutumance est arrivée assez rapidement et plutôt que de réagir, j'ai sombré dans l'alcoolisme, ce qui m'a conduit à me séparer de ma femme et à laisser couler l'entreprise que j'avais montée. J'ai perdu mon logement et j'étais devenu un ivrogne qui ingurgitait plusieurs litres de rosé par jour. Le déclic est arrivé en 2001. Ce jour-là, mon fils m'a dit qu'il était allé faire un footing, le matin même avec son oncle. Quand j'ai entendu cela, j'ai été bouleversé. Moi, qui, plus jeune, avait pratiqué la course à pied à un haut niveau, je n'étais plus capable d'aller courir avec mon fils !

A 56 ans, Jean-François s'est mis au marathon.

Dès le lendemain, sans médicament, j'ai totalement abandonné la cigarette et l'alcool. Et j'ai retrouvé peu à peu ma condition physique. Aujourd'hui, je suis marathonien et m'entraîne cinq fois par semaine. A l'époque, j'ai pu remettre de l'ordre dans mes affaires notamment grâce au Médiateur de la République et à une femme du service social de la ville de Nantes. Cela a pris 5 années pour que ma situation redevienne claire. J'étais criblé de dettes, toutes les démarches étaient très longues et complexes.

Mais j'avais retrouvé la confiance en moi et en la vie. Pendant cette période, j'ai commencé à écrire un livre* afin de témoigner de mon expérience. Je voulais surtout rendre hommage à la République, car c'est la seule richesse de ceux qui n'en ont pas. Sa fonction est de ne pas laisser tomber un de ses enfants...

Aujourd'hui, alors j'aurai 56 ans au mois de septembre prochain, j'ai envie que mon expérience soit utile aux autres, c'est pour cela que j'ai décidé de me présenter aux prochaines élections législatives dans une circonscription du nord de l'agglomération nantaise. Je fais cela, alors que j'ai effectivement très peu de chances d'être élu député, c'est  pour peser sur le débat public et mettre au centre des préoccupations politiques le sort des personnes en détresse ou sans domicile fixe. De plus en plus de jeunes se retrouvent à la rue, c'est un tel gâchis !

Je voudrais que soit créée une grande maison des solidarités, un lieu de vie ouvert 24h/24, qui regrouperait tous les services utiles à des personnes en voie de désocialisation (assistants sociaux, des psychologues, des juristes, etc). Une porte que chaque personne en détresse puisse pousser plutôt que par exemple d'entrer dans un café et de sombrer dans l'alcool comme je l'ai fait moi-même.

A ceux qui mettent en avant le coût de cette structure, je réponds qu'il faut mettre  dans la balance le prix exorbitants d'une hospitalisation d'urgence, ou de cures de désintoxications à répétitions qui restent vouées à l'échec car il n'y a ni suivi ni prise en charge globale de ces personnes fragiles, susceptibles de replonger au moindre obstacle. Sans compter les dommages collatéraux comme le désarroi des familles, destructurées, le manque de repère des enfants dont un des parents est sur une mauvaise pente.

Aujourd'hui, Jean-François veut aider les autres.

Il s'agit de mettre en place une vraie politique de prévention, visant à aider les personnes à résoudre leurs problèmes avant qu'ils ne deviennent insurmontables. Cela passe parfois par un conseil, une écoute, un relais vers un organisme social ou de santé, tout en veillant à ce que ces gens en difficulté soient acteurs de leur propre rétablissement. Pour cela, il faut repenser la manière dont on considère les allocataires du RSA, car si on les regarde comme des assistés et des "bons à rien", ils risquent de s'approprier cette image, de perdre toute confiance en eux et donc toute possibilité de rebondir. Il est important de leur redonner une place dans la société en jetant des ponts avec le monde associatif, souvent en manque de bénévoles. Ainsi ces personnes pourraient se rendre utiles, comprendre qu'elles ont des compétences, un rôle à jouer dans la société...

Concrètement, plutôt que d'imposer des heures de travaux d'intérêt général, souvent vécus comme une sanction, il s'agit ici  d'amener les personnes à une réhabilitation à leurs propres yeux et à ceux du monde,  de construire des parcours individualisés pour répondre aux besoins spécifiques de chacun. La crise économique est loin d'être terminée, il vaut donc mieux anticiper que de prendre le risque d'être confronté à la violence, contre eux-mêmes ou contre la société des personnes désespérées. Pour ma part, je ne cherche pas les honneurs mais à améliorer la vie de mes concitoyens et pour cela je veux que le élus s'approprient mes idées et mes propositions ! »

*Le récit autobiographique de Jean-François Lajeunesse "Perles d'or sur champ de vie" est disponible aux Editions Amalthée.

Propos recueilli par Madeleine Forestier

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