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« La violence que j'ai subie à l'école me hantera toute ma vie »

Publié le 9 février 2012

Pendant toute sa scolarité, cette jeune femme, considérée comme le  « vilain petit canard », a affronté les humiliations de ses camarades. Elle en paie encore le prix.

« Dès l'école maternelle, j'ai été la victime des autres élèves. A cet âge-là, entre 2 et 5 ans, je n'étais l'objet que d'enfantillages. J'entendais : « t'es pas belle » ou « tu sens pas bon ». Rien de bien grave, si ces moqueries s'étaient arrêtées là. Mais à chaque rentrée scolaire, je retrouvais mes bourreaux. En primaire, ce harcèlement est monté d'un cran. Je subissais de mauvais jeux de mots basés sur mon nom de famille et j'étais totalement mise à l'écart, notamment pendant les récréations. Je regardais jouer mes camarades avec envie. C'était pareil lorsqu'il fallait constituer des équipes pour les activités sportives ou les jeux organisés par les instituteurs. J'étais toujours le dernier choix. Autant vous dire que je n'étais invitée à aucun anniversaire...

Les seules copines que j'ai eues étaient, elles aussi, rejetées par les autres. Par ailleurs, mes parents avaient peu de moyens financiers alors parfois ils m'habillaient avec des vêtements du Secours Populaire. Des vêtements en bon état, mais déjà utilisés et qui n'étaient pas vraiment à la mode. Là encore, j'avais droit à toutes sortes de railleries sur les tenues que je portais. Arrivée au collège, je n'ai plus eu de répit. J'endurais les insultes de mes camarades de classe, mais aussi des élèves plus âgés, dans les couloirs pendant les intercours, à la cantine, dans la cour de l'établissement et même dans le bus scolaire.

Je me souviens d'un jour en particulier, en classe de cinquième, où plusieurs gamins m'ont retiré mes vêtements. Je me suis retrouvée toute nue dans le car devant mon petit frère qui a préféré rire de la situation sans doute parce qu'il était trop gêné. Le chauffeur n'a même pas réagi. Après cette terrible humiliation, j'ai voulu en finir. Mais alors que je tentais de me taillader les poignets avec un couteau dans la salle de bains, ma mère m'a surprise, et j'ai dû lui avouer ce qui se passait.

Mes parents sont allés trouver les parents des enfants responsables, qui ont fait semblant d'être désolés. Quelques jours plus tard, sur le chemin qui menait au cours de catéchisme, ces mêmes enfants se sont vengés et m'ont rouée de coups. C'est le prêtre qui m'a ramené chez moi tellement j'étais terrifiée à l'idée de rentrer seule. Les jours suivants, rien n'avait changé à l'école. J'étais toujours l'objet de violences et je ne l'ai plus supporté. Le stress et l'anxiété ont déclenché une première crise d'épilepsie en classe. Et plutôt que de se calmer, mes bourreaux se sont acharnés en m'imitant quand j'étais prise de convulsions. Evidemment, mes résultats scolaires étaient catastrophiques et pour couronner le tout, je me suis réfugiée dans la nourriture et j'ai pris du poids. Un argument de plus pour se moquer de moi.

Mais au lycée, un évènement a définitivement changé mon comportement et celui des autres. Alors que j'étais en cours, une élève ne cessait de m'humilier devant tout le monde. La prof ne réagissait pas. J'ai explosé... Je me suis brusquement levée de ma chaise pour lui sauter à la gorge. Heureusement, au lieu de l'attaquer, je suis sortie dans le couloir en claquant la porte. Jamais personne ne m'avait vu répliquer et il a fallu que j'en arrive là pour qu'ils comprennent que la coupe était pleine et que j'étais capable de ne pas me laisser faire. Ensuite, je n'ai plus rencontré de problèmes.

Aujourd'hui, j'ai tout de même réussi à me construire en fondant une famille, et en trouvant un emploi dans un comité d'entreprise. Mais j'ai toujours des séquelles de ces terribles années. A 28 ans, Je manque totalement de confiance en moi, je ne supporte pas la foule car j'ai peur du regard des autres, même au travail je déjeune seule à la cafétéria, et je suis encore sous traitement  pour soigner mon épilepsie. Et puis, j'étais terriblement angoissée quand il a fallu inscrire ma fille à l'école...

Si je raconte ces douloureux souvenirs, c'est pour que les enfants, les parents et les professeurs comprennent l'impact que ces violences peuvent avoir sur une personne durant toute sa vie. Cette expérience douloureuse m'a fait du mal, aujourd'hui, elle doit faire du bien. »

Propos recueilli par Marine Mazéas

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