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" Le baclofène m'a sorti de l'alcoolisme "

Publié le 13 avril 2015

Après plus de trente ans d’addiction à l’alcool, ce père de deux enfants s’est affranchi de sa dépendance grâce à un médicament. Une guérison inespérée, au prix d’un long et laborieux combat.

« Mon père est mort quand j’avais 14 ans. C’est à cette époque que je me suis mis à boire. De nature anxieuse et souffrant d’insomnies, je prenais en douce du Martini pour m’endormir. Puis, j’ai intégré un groupe de rock. Nous avions l’alcool festif et prenions de belles cuites.

Mais c’est durant le service militaire que je tombé dans la boisson, quasiment tous les soirs. Électricien de formation, je suis devenu vendeur d’électronique de loisirs pour une entreprise américaine. J’ai alors dû me calmer et ne buvais plus qu’un peu de vin le soir pour être sûr de trouver le sommeil. Je me suis ensuite marié et j’ai eu deux enfants, grands aujourd’hui.

Mon entreprise nous offrait de fabuleux voyages en guise de prime, dont un à Hawaï. Au retour de celui-ci, j’ai été licencié : restructuration. J’ai alors exercé un travail administratif avant de me lancer dans la formation en informatique, ma passion. Mais comme je consommais de plus en plus, j’ai commencé à avoir des problèmes de santé (prise de poids, hypertension).

J’ai ensuite travaillé pendant dix ans comme formateur à Bruxelles, à deux heures de route de chez moi. Je devais me lever très tôt le matin. Si bien que je n’avais même plus le temps de décuver. Comme j’étais de plus en plus souvent absent, mon patron a fini par me virer.

Aujourd’hui, je suis stabilisé. Je peux même boire un verre ou deux à l’occasion, comme n’importe qui.

En 1998, alors âgé de 40 ans, j’ai pris conscience de mon problème et ai entamé ma première cure de désintoxication : deux semaines en hôpital psychiatrique. Hélas, celle-ci n’a pas du tout fonctionné ! Puis, j’ai pris à deux reprises pendant quinze jours du disulfirame, un médicament avec lequel toute prise d’alcool est interdite car l’association des deux risque d’être fatale !

L’abstinence fut une telle torture que j’ai arrêté le traitement pour recommencer à boire. J’ai suivi ensuite d’autres longues cures, sans succès. La dernière, en 2008, a coïncidé avec la sortie du livre Le dernier verre, du Dr Olivier Ameisen. Ce cardiologue devenu dépendant à l’alcool y racontait sa guérison grâce à un médicament, le baclofène, qu’il s’administrait à des doses croissantes.

Cette même année, on m’a proposé un emploi d’informaticien à un quart d’heure de chez moi. J’ai accepté tout en continuant à boire. Du coup, mes problèmes de santé se sont aggravés : pancréatite chronique, diabète… Je devais absolument arrêter !

En 2011, j’ai donc commencé le baclofène (à 250 mg par jour) avec l’accord de mon médecin. Au début, tout allait bien, je n’avais pas trop d’effets secondaires. Mais je m’enfilais toujours ma bouteille de vodka quotidienne. À cette époque, j’ai alterné des accès de somnolence et des insomnies sans fin, sans parler de mes pensées suicidaires !

J’ai néanmoins persévéré jusqu’à retrouver une indifférence à l’alcool. Et c’est toujours le cas depuis avril 2013. Mais, pour cause de diabète, j’ai dû hélas être amputé d’un pied. Tout au long de mon combat, j’ai été soutenu par les internautes du forum www.baclofene.com, qui m’ont poussé à écrire un livre, De la vodka au baclofène, paru aux éditions Chapitre.com pour que mon histoire serve aux autres.

Aujourd’hui, je suis stabilisé, je peux même boire un verre ou deux à l’occasion, comme n’importe qui. Je suis délivré de ma dépendance à l’alcool, une maladie contre laquelle, comme toutes les maladies, la volonté seule ne peut rien. »

Florence Heimburger

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