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“Les pesticides ont tué mon père !”

Publié le 3 décembre 2016

Depuis quatre ans, Valérie Murat, fille de viticulteur de 43 ans dénonce l’utilisation de pesticides dans les vignes du Bordelais. Son père en est mort après en avoir répandu sur ses ceps toute sa vie. Un combat nécessitant ténacité et ardeur !  Depuis quatre ans, Valérie Murat, fille de viticulteur de 43 ans dénonce l’utilisation de pesticides dans les vignes du Bordelais. Son père en est mort après en avoir répandu sur ses ceps toute sa vie. Un combat nécessitant ténacité et ardeur !

« Mon père et ma mère ont été viticulteurs toute leur vie, dans l’Entre-deux-Mers (Bordelais). Avant de mourir, papa possédait plus de 11 hectares de vigne. En avril 2010, on lui a diagnostiqué un cancer bronchopulmonaire, et il a été immédiatement orienté vers le service des maladies professionnelles.

Après des examens complémentaires, quatre mois plus tard, le professeur responsable au CHU de Bordeaux a établi un certificat attestant du lien entre son cancer et l’exposition à l’arsénite de sodium.

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C’est un dérivé de l’arsenic, utilisé alors par de nombreux vignerons de la région pour traiter les vignes contre l’esca, un champignon qui s’attaque aux ceps de vigne et détruit les pieds en deux ans. Et pendant quarante-deux années, mon père a aspergé ses vignes cinq jours par an avec ce fongicide très efficace, mais dont il a toujours ignoré la dangerosité.

Les fabricants et démarcheurs lui ont systématiquement expliqué : “Si vous utilisez ce produit en vous protégeant, à l’aide d’une combinaison, de gants et d’un masque, vous ne risquez absolument rien !” Il les a écoutés et il en est mort.

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Chaque année, avant le débourrement de la vigne, après les premières gelées de janvier, il traitait ses ceps avec ce fongicide. Sur l’étiquette, on pouvait lire : “Cancérogène suspecté. Preuves insuffisantes.”

Pourtant, dès 1987, le Centre international de recherche contre le cancer a classé l’arsénite de sodium en molécule de catégorie 1, c’est-à-dire “cancérogène avéré”. La France n’a tenu compte de cet avis qu’en 2001, décidant de le retirer du marché, ce que la Grande-Bretagne avait fait dès 1961, les Pays-Bas en 1983 et les États-Unis en 1988 ! C’est un vrai scandale pour nos vignerons, qui ont été floués, bernés jusqu’au bout.

"Je veille aussi chaque matin à garder ma rage intacte pour que mon père ne soit pas mort pour rien…"

Quand on a appris que le cancer de mon père était lié à l’exposition à ce produit lors des épandages effectués une semaine par an en hiver, on a tous pris un grand coup de massue sur la tête. Bien sûr, s’il avait su que cette substance était aussi dangereuse pour sa santé, il ne l’aurait pas utilisée.

Papa est mort à l’âge de 70 ans et n’a pas eu le temps de se pourvoir en justice. Après son décès, je me suis engagée à faire des démarches auprès de la commission d’indemnisation pour le faire reconnaître victime à part entière de l’industrie chimique.

Et devant le tribunal pénal, je souhaite que la justice mette en lumière la responsabilité des firmes de l’industrie chimique ainsi que celle des services de l’État qui ont autorisé la mise sur le marché de ce produit mortel.

J’espère vivre assez vieille pour voir aboutir ces procédures en cours. Je reçois de plus en plus de messages de soutien de la part d’autres viticulteurs de France et d’ailleurs. C’est très encourageant, même si je sais que le combat sera long. Je veille aussi chaque matin à garder ma rage intacte pour que mon père ne soit pas mort pour rien… »

Alicia Comet

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