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"Les vaches adorent ma ferme du futur"

Publié le 15 octobre 2012

Grâce à la modernisation des installations, leur vie a changé. Les bêtes sont bichonnées par des robots et les excédents de lait transformés en crèmes glacées. Des robots qui s'occupent de la traite, des automates qui font le ménage... Chez cet éleveur, on est déjà entré dans l'agriculture de demain. Pour le plus grand plaisir de ses bêtes.

« Comme Godefroy de Montmirail retrouvant son castel à l'ère moderne, dans le film Les Visiteurs, notre ancêtre Guillaume tomberait des nues s'il voyait l'entreprise high-tech qu'est devenue sa ferme : nos vaches se font traire et nourrir par des robots, 1780 m2 de panneaux solaires assurent notre autonomie énergétique, et nos tracteurs tournent avec un carburant de notre cru, à base d'huile de colza. Nos terres, situées dans les monts du Forez, à vingt kilomètres de Saint-Étienne, ont vu défiler cinq lignées de Giraud. Une vraie saga familiale, chaque génération améliorant l'outil de travail pour la suivante...

Mon père avait, lui, construit un bâtiment équipé d'une salle de traite, plus fonctionnel que l'étable. Une installation moderne dont j'ai profité lorsque je lui ai succédé, en 1982, mais qu'il a fallu entièrement repenser, lorsque mon fils, Charles, s'est installé à son tour sur l'exploitation, il y a trois ans.

Le but de ce grand chantier de rénovation ? Améliorer le confort des hommes et des bêtes tout en visant l'autonomie alimentaire (nourrir les vaches avec nos propres cultures) et énergétique. En accord avec le Grenelle de l'Environnement, on a conçu un nouveau bâtiment coiffé de panneaux photovoltaïques. Nous revendons une partie de l'énergie produite à EDF, le reste alimente une soufflerie qui permet de sécher le foin. Grâce à ce système, unique en France, le fourrage conserve toutes ses propriétés nutritives, ce qui nous a fait réaliser de sacrées économies.

L'agriculture est un sacerdoce. On doit à la fois être au champ, s'occuper des bêtes et gérer les comptes. Ce qui laisse peu de temps pour une vie sociale ! C'est pourquoi nous nous sommes équipés de machines perfectionnées qui nous remplacent dans les tâches quotidiennes sans que les vaches en pâtissent : le distributeur d'aliments, le nettoyeur, et le robot de traite dont nos bêtes raffolent ! L'engin leur donne des friandises, masse et nettoie leur pis avant de les tirer, et nous alerte sitôt qu'il décèle une mammite (ndlr : inflammation de la mamelle). La maladie étant diagnostiquée très tôt, on peut la traiter avec des remèdes naturels au lieu de recourir aux antibiotiques. Il nous transmet aussi de précieuses informations qui nous permettent d'améliorer la qualité du lait (comme le pourcentage de matière grasse).

Quant à nous, si nous sommes constamment reliés aux robots via nos téléphones portables, on profite du temps gagné pour faire autre chose. Ces investissements ont beau être rentables, nous avons eu bien du mal à convaincre les organismes financiers de nous suivre : l'un d'eux nous a d'ailleurs lâché au dernier moment ! Heureusement, une banque éthique a accepté de s'engager dans l'aventure. Ouf ! Si nous avons pu réaliser toutes ces innovations, c'est en partie grâce à l'activité que ma femme a développée à la ferme. Lorsque je me suis installé aux Sermages, j'étais associé à mon frère. Nous nous sommes séparés après quelques années et je suis resté seul sur l'exploitation. Mais, mon épouse travaillant avec l'extérieur, la vie familiale devenait un vrai casse-tête...

C'est en visitant le salon de l'Agriculture que nous avons trouvé la solution : transformer le lait en crème glacée ! En 1990, la SARL Les délices Foréziens voyait le jour. Plutôt que d'utiliser des arômes artificiels, on a misé sur la qualité, nous approvisionnant auprès de producteurs locaux, (fruits, miel...). Les restaurateurs et les pâtissiers ont été nos premiers clients. Le bouche à oreille aidant, de plus en plus de particuliers sont venus acheter sur place, si bien qu'en 1996 nous avons transformé une partie de l'ancienne étable en boutique. Aujourd'hui, Geneviève, assistée de notre fille, Julie, et d'une employée, fabrique 30 000 litres de glaces par an.

Je suis très fier du chemin que nous avons parcouru. Je me souviens des copains qui, quand j'étais jeune agriculteur, me disaient “Alors, tes vaches, quand est-ce qu'elles vont se traire toutes seules ?“ Aujourd'hui, c'est à mon tour de rigoler... »

La Ferme des Délices, 1230 chemins des Sermages, 42210 Saint-Cyr les Vignes.
Tél. : 04 77 94 62 04

Propos recueilli par Bénédicte Fossey

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