France Dimanche > Témoignages > Luce : “À 75 ans, je ne désespère toujours pas de trouver l’amour”

Témoignages

Luce : “À 75 ans, je ne désespère toujours pas de trouver l’amour”

Publié le 25 août 2017

Après deux mariages et une vie de détective privé bien remplie, Luce, cette grand-mère ne compte par renoncer à trouver un homme pour partager sa vie !

Luce Dubois, Grasse (Alpes-Maritimes)

«Tout me destinait à une existence simple, calquée sur celle de mes parents : un mariage classique, une activité professionnelle, de la broderie et des confitures. Mais cela a été plus trépidant.

Après des études de secrétariat et de comptabilité, je me suis mise à travailler pour un important laboratoire de produits pharmaceutiques. J’y ai rencontré mon premier mari, qui m’a permis de sortir du carcan familial juste avant mes 23 ans. Mais il s’est révélé odieux, jaloux et blasé, prenant plaisir à m’humilier en public.

Au bout d’une dizaine d’années, moi, la jeune fille à l’éducation rigoureuse, formatée pour une existence dans les clous, j’étais à bout quand je suis tombée dans les bras d’un amant avec qui je suis encore en contact aujourd’hui. Ce fut un véritable acte d’émancipation qui me donna le courage de divorcer, même si j’y perdis la garde de mon fils ! Ensuite, j’ai vécu sept ans avec Gabriel, fondateur d’une agence de détectives privés à Paris, qui s’est avéré radin et agressif.

VAP 3701 LUCE DUBOIS CHERCHER AMOURAlors j’ai pris ma vie en main. Le 1er janvier 1984, dans le sillage de mon arrière-grand-mère espionne, je me suis installée en tant qu’agent privé de recherches. J’étais une pionnière, seules deux ou trois femmes travaillaient dans ce secteur. Assez vite, j’ai croulé sous les missions. Dans la presse, des articles vantaient ma témérité et mon habileté.

Annonces

Mes principaux clients étaient des sociétés, mais les affaires d’adultère représentaient le tiers de mes missions. Mon métier me demandait d’être courageuse et de marcher hors des sentiers battus. Je dormais souvent seule à l’hôtel et je sentais des regards étonnés, surtout lors des dîners. J’étais douée professionnellement, mais en échec dans ma vie privée.

Honnêtement, je n’étais pas un laideron, et les gens avaient du mal à croire que j’habitais seule avec mon chien. Mais mes activités ne me laissaient pas beaucoup de temps, et je faisais probablement peur au sexe opposé, vu mon travail. Alors j’ai signé un contrat avec l’agence matrimoniale Madame Desachy, qui m’a délestée de 30.000 francs pour ne me présenter qu’un seul homme en un an ! Une rencontre qui 
s’arrêta au dîner.

Mariée à 23 ans, Luce n'a hésité à divorcer pour devenir l'une des rares femmes détectives.
Mariée à 23 ans, Luce n'a hésité à divorcer pour devenir l'une des rares femmes détectives.

Dans les années 80, j’ai testé la drague virtuelle avec le Minitel. C’est ce qui m’a permis de passer deux jours charmants avec un médecin légiste marseillais. Mais il n’avait pas autant envie que moi d’une relation suivie et il ne m’a jamais rappelée. Puis j’ai essayé les petites annonces dans la revue Le chasseur français. J’ai reçu une cinquantaine de réponses ! Mais aucune n’a rien donné.

À force, je me suis mise à distinguer de grands types d’hommes : le mythomane, le tricheur marié, le veuf inconsolé, le détenu (plus rare), le nerveux et l’éternel retardataire. Profils que j’ai retrouvés ensuite avec les sites de rencontres sur Internet auxquels je suis abonnée.

Aujourd’hui, à la retraite, je sors peu parce que je n’ai pas beaucoup de moyens. Ma famille m’entoure, mais j’aimerais pouvoir m’adresser à un compagnon, le solliciter, me sentir appréciée, lire dans ses yeux une douce complicité. Le fait de ne pas échanger sur mille et un petits détails est frustrant. Je pense seule, je décide seule, j’agis seule, c’est lassant.

Quête

Certains diront que la quête de l’amour est une préoccupation mièvre, voire honteuse et ridicule à mon âge, alors qu’aimer et être aimé sont nécessaires à notre bonheur sur Terre. Et il n’y a pas d’âge ! Notre société a tendance à laisser les seniors de côté, pourtant, à 75 ans, je ne suis pas morte, j’ai envie de vivre, de m’amuser, de chahuter…

VAP 3701 « A 75 ans, je ne désespère toujours pas de trouver l'amour »  Luce Dubois, Grasse (Alpes-Maritimes) Après deux mariages et une vie de détective privé bien remplie, cette grand-mère ne compte par renoncer à trouver un homme pour partager sa vie !

C’est vrai, tout me prend plus de temps, mais je suis encore utile, ne serait-ce qu’à mes petites-filles. Alors, comme je le raconte dans mon livre*, j’essaie de montrer que j’existe encore. Évidemment, je n’ai plus la même vigueur, mais mon cœur bat toujours. Et ce qui me plairait, ce serait de renouer pour de bon avec mon premier amant… »

* "Je n’ai jamais renoncé à l’amour", aux éditions Pygmalion.

Julie Boucher

À découvrir

Sur le même thème