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“Maire, j’ai marié mes trois filles le même jour !”

Publié le 13 février 2014

Christian Laville, Frayssinet-le-Gélat (Lot)

C’est déjà exceptionnel et touchant de célébrer soi-même le mariage d’un de ses enfants, mais quand ce bonheur est multiplié par trois, l’émotion est à son comble… 

« Je me souviendrai toujours du 7 septembre dernier. Ce jour-là, j’ai marié mes trois filles au même moment. Cela restera, sans conteste, le plus beau jour de ma vie d’élu, et l’un des plus émouvant de toute mon existence.

Quand on est maire, on est le plus souvent confronté à des problèmes. Il faut prendre des décisions délicates. Les moments heureux sont plus rares. J’ai toujours apprécié de marier des gens, et j’en avais déjà uni une centaine à l’époque, mais là, ce que j’ai fait c’est quand même exceptionnel !

Tout s’est décidé au printemps. Anaïs, ma dernière, qui a 30 ans et vient de reprendre des études d’infirmière, m’a dit un jour : “Papa, ce serait bien que tu me maries à Frédéric (son copain depuis plusieurs années), avant que tu ne sois plus maire.” C’est vrai qu’à 68 ans, je ne compte pas me représenter aux prochaines élections municipales, après trois mandats bien remplis. Alors je lui ai répondu : “Bien sûr, j’en serais très heureux.”

Christian  est très heureux de ce triple mariage
Christian est très heureux de ce triple mariage

Fébrile

Et puis, Anaïs en a parlé à ses deux sœurs : Fanny, 32 ans, qui est conseillère pédagogique à l’Éducation nationale et Sophie, 35 ans, aide-soignante. Elles aussi vivaient déjà maritalement avec leurs compagnons, avec qui elles ont chacune deux enfants. L’idée de se faire passer, elles aussi, la bague au doigt leur est venue tout de suite. Et voilà comment elles sont arrivées un jour chez moi toutes les trois pour me demander de les marier le même jour. à la fin du mois d’août, on a publié les bans et tout organisé pour que la fête soit belle.

Le 7 septembre au matin, j’avoue que j’étais un peu fébrile. Entre les quatre familles et les amis, il y avait plus de deux cents personnes à la cérémonie. Comme la mairie est trop petite pour accueillir autant de monde, avec des adjoints j’ai sorti la table de la mairie, la Marianne, la photo du président de la République et on a installé le tout sous un auvent, sur la petite place qui borde l’édifice. J’ai enfilé mon écharpe tricolore et je les ai unies.

Les trois filles de Christian et ses gendres
Les trois filles de Christian et ses gendres

Larmes

J’étais très ému, surtout lorsque j’ai vu arriver mes trois petites dans leurs robes blanches. Quelle image ! J’avais peur de ne plus trouver mes mots, d’autant que lorsque j’ai commencé à parler, j’ai vu ma femme verser une petite larme, bientôt imitée par les mamans de mes gendres. Et puis Fanny, la plus émotive de mes filles, a fondu en sanglots au bout de quelques minutes. C’était émotionnellement très fort, mais j’ai réussi à les marier sans bafouiller. Tout s’est bien passé, même si la pluie s’était invitée. Mais ne dit-on pas “Mariage pluvieux mariage heureux” ?

On a ensuite fait une belle fête. Cette journée restera comme un grand moment pour notre petit village de 400 habitants. Les gens m’en parlent encore souvent et de nombreux maires du département me disent : “Eh bien, Christian, tu finis ton mandat en beauté!” J’ai même reçu des lettres de félicitations de personnes vivant à l’autre bout de la France, qui avaient entendu parler de cette noce par la presse.

Le 18  janvier, il y a eu un autre mariage dans le village. Je voulais le célébrer parce que c’est toujours beau d’unir des gens, mais j’ai préféré rester sur celui de mes filles et laisser ce bonheur à l’un de mes adjoints. »

Guillaume Dabzac

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