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“Malgré ma tétraplégie, j’ai appris à remarcher !”

Publié le 26 novembre 2015

En 2005, Claude Pinault se retrouve paralysé des quatre membres du jour au lendemain, frappé par une forme aiguë du syndrome de Guillain-Barré, qui touche près de 1.200 personnes en France tous les ans. Les médecins lui annoncent qu’il ne remarchera plus. Mais c’était compter sans la volonté de fer du malade.

« Un matin, j’ai ressenti d’étranges fourmillements dans les mains, les pieds… Quarante-huit heures plus tard, j’étais en réanimation, paralysé ! Probablement suite à une otite, j’ai développé un syndrome de Guillain-Barré, une maladie auto-immune qui détruit la gaine de myéline des nerfs moteurs. Un électromyogramme a révélé que j’étais atteint de la forme la plus grave, et un neurologue m’a annoncé brutalement : “Quand y a plus de jus, y a plus de jus ! Malheureusement vous ne remarcherez plus…” J’avais 54 ans, trois enfants, une petite entreprise à gérer… Le monde s’était écroulé.

Heureusement, le médecin chef du service de réanimation de l’hôpital est venu me dire : “J’ai vu des cas inexplicables, inexpliqués. Battez-vous !” Cette phrase a été comme une graine d’espoir, que j’ai fait grandir de jour en jour. Mon corps m’avait détruit, il me réparerait. Le meilleur docteur, c’est le malade lui-même. Chaque jour, comme une incantation, je me répétais : “En mars, je marche”.

"Cette paralysie est très douloureuse. J’avais l’impression que des chiens me dévoraient de l’intérieur, que mes os se brisaient, me transperçaient le corps."

J’ai demandé à ma famille de me dire toute la vérité, à condition de me laisser un minimum d’espoir. Ils ne m’ont pas menti, ils ont juste “oublié” de me donner certaines informations, et je les en remercie. Hospitalisé pendant quatorze mois, j’ai perdu 35 kg. Cette paralysie est très douloureuse. J’avais l’impression que des chiens me dévoraient de l’intérieur, que mes os se brisaient, me transperçaient le corps. Comme mes nerfs étaient détruits, m’administrer de la morphine m’aurait fait risquer une mort par étouffement. La douleur était parfois si intense que je m’évanouissais.

Alors j’ai développé un condensé de techniques thérapeutiques, comme l’auto--hypnose, la visualisation positive, la programmation neurolinguistique (PNL), la méditation, avec une détermination que j’explique dans un livre, Le syndrome du bocal*, teinté d’optimisme et d’autodérision. Ce furent les clefs de ma guérison. Je m’inventais des voyages immobiles, me voyais marchant sur le sable, mes enfants dans les bras. J’imaginais le bruit des vagues, le soleil sur ma peau… Par ailleurs, j’avais gardé de mon passé de sportif le souvenir du dépassement de la souffrance dans les marathons, la pratique du judo, du karaté et de différents sports extrêmes (parapente, chute libre, saut à l’élastique…).

"Aujourd’hui je me déplace parfois avec une canne, je nage et je refais un peu de vélo. Mais c’est au prix de gros efforts..."

À l’époque, on pensait que faire de la rééducation active nuisait à la récupération neurologique. Or, je ressentais intimement que c’était l’inverse, que la fonction crée l’organe. Alors j’ai demandé qu’on m’emmène en cachette, dans mon fauteuil, en salle de rééducation autonome. Les médecins ont fini par s’en rendre compte mais m’ont laissé faire, pour voir. Et, petit à petit, je suis parvenu à mettre un pied devant l’autre, à mon rythme, tous les jours. Aujourd’hui je me déplace parfois avec une canne, je nage et je refais un peu de vélo. Mais c’est au prix de gros efforts : chaque muscle qu’il me reste court chaque jour un marathon !

Dans ce premier livre, j’aborde avec humour les situations auxquelles est confronté un hospitalisé : l’alimentation, le stress des soins, la toilette, la relation aux autres, y compris amoureuse, et tant d’autres choses. Aujourd’hui, de nombreuses écoles d’infirmières me demandent de témoigner au cours de conférences. J’interviens aussi auprès d’entreprises pour expliquer comment se reconstruire après une telle épreuve. C’est une autre vie que j’entame. Maintenant, je vais davantage à l’essentiel. Comme l’a dit Confucius : “On a deux vies, et la deuxième commence le jour où on se rend compte qu’on n’en a qu’une.” »

Florence Heimburger

* Le syndrome du bocal, de Claude Pinault, éd. J’ai Lu.

- Claude Pinault a écrit aussi, avec la psychologue Marie de Hennezel, J’ai choisi de me battre, j’ai choisi de guérir, éd. Robert Laffont.

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