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“Malheureuse dans mon foyer pour personnes âgées !”

Publié le 25 février 2016

Voilà six ans que ses deux enfants l’ont installée dans une maison de retraite. À 71 ans, Marie-Hélène de Graeve, cette femme pleine de fantaisie ne le supporte plus. Alors elle se permet de petites escapades…

« J’ai parfois l’impression d’être un animal en cage. Mettez-vous à ma place : plus jeune, j’ai eu deux maisons, un camping-car, une Mercedes, alors qu’aujourd’hui je suis obligée de vivre dans une chambre exiguë avec douche, entourée par des mamies qui défilent dans le couloir en fauteuil roulant ou au moyen d’un déambulateur.

Encore heureux que je puisse quitter cet environnement quand je le souhaite !

Le matin, je lis le journal local puis j’écoute France Bleu. La veille, j’ai préparé tout mon programme pour la journée à venir. Je m’échappe en marchant entre 5 et 8 km par jour. Le personnel est au courant et me surveille.

Je me rends à la gare, ce qui me donne un sentiment d’évasion, moi qui ai voyagé avec mon mari. Je regarde les amoureux qui s’embrassent, les mamans avec leurs enfants, les gens qui partent au travail. J’ai ainsi la sensation de continuer à faire partie de la société.

Je prends le bus ou le tram pour me promener dans ma ville et, parfois, le train pour assister à des événements. Il faut toujours que j’aie dans ma chambre un billet de train accroché à une pince à linge pour mes projets d’escapade. Je suis déjà allée à Lourdes, Caen et Saint-Malo.

Le problème, c’est que j’ai été placée sous tutelle par mes enfants. Je n’ai plus de carte bleue, plus de chéquier, plus de relevés de comptes. Je ne dispose que de 30 € par jour, alors que j’avais économisé beaucoup d’argent. Je fais des devis pour l’achat d’un manteau, de chaussures et je peux alors débloquer un peu de fonds. Ensuite, dans les magasins, j’achète la paire la moins chère et je garde le reste pour mes sorties à venir !

Mes enfants disent que je suis “agaçante” depuis que j’ai eu une méningite, en 2009. Ils ne me rendent pas visite alors qu’ils ne vivent pas loin de moi. Ils ne me téléphonent pas non plus. À Noël, je vais parfois déposer un petit billet dans leur boîte aux lettres pour mes petits-enfants.

"Pour autant, je suis restée coquette (j’achète des robes chez Emmaüs) et élégante ; malgré mes 71 ans, je me trouve encore pas mal !"

Quand je rentre dans ce foyer--résidence, je suis malheureuse et je cogite en permanence. Je m’occupe en aidant les autres : je promène le chien de l’une des pensionnaires, je pars acheter des cigarettes pour une autre, etc. Bref, je me rends utile. J’amuse également la galerie en faisant le clown quand je prends mes repas au réfectoire.

Pour autant, je suis restée coquette (j’achète des robes chez Emmaüs) et élégante ; malgré mes 71 ans, je me trouve encore pas mal ! Je change de vêtements deux fois par jour et, parfois, je porte des talons hauts.

Enfin, comme j’ai eu un jardin par le passé, j’ai besoin d’être au contact de la terre et j’adore regarder les plantes pousser. Aujourd’hui, je me retrouve à réaliser des jardinières de géraniums pour le balcon de ma chambre…

Par ailleurs, de temps en temps, j’achète des graines que je donne aux pigeons. J’emporte aussi les restes de la cantine dans un sac d’écolier pour nourrir les canards nageant dans la Loire. Quand j’approche, ils m’entourent car ils savent que je vais les régaler ! »
Alicia Comet

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