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Marc-Olivier Perotti : “J’ai vaincu la tétraplégie !”

Publié le 26 mai 2019

Après un grave accident qui a endommagé sa moelle épinière, cet ex-musicien de 51 ans s’en est sorti grâce à son objectif : rejouer de la batterie !

«C’était la veille de mes 17 ans. Ce 23 juillet, à la plage dans les Landes avec mon copain François, sa sœur et ses parents, il fait chaud au cœur de cet été. Pris par l’envie de me rafraichir, je m’élance, cours dans la mer et plonge la tête la première dans l’eau fraîche. Hélas, à toute allure, je heurte une dune immergée. Instantanément, je suis paralysé, des pieds à la tête. Malgré la violence du choc, je ne perds pas connaissance. Je me dis que j’ai une minute d’air dans les poumons. Je flotte, allongé sur le ventre, le visage plongé dans trente centimètres d’eau.

François me voit, accourt, me retourne. Ouf, je reprends mon souffle. Je respire… mal. Son père se précipite à mon chevet. C’est son père mais c’est surtout un médecin, mon médecin de famille. Une chance. Il se rend compte tout de suite que je souffre d’un grave traumatisme de la moelle épinière. Je ne sens plus rien. Tout en maintenant ma nuque bien droite, avec François, il me sort de l’eau pour me déposer sur le sable sec. L’hélicoptère des secours m’emporte ensuite au CHU de Bordeaux où je vais être pris en charge par le neurochirurgien. Mais cela ne s’annonce pas bien : sous le choc, la cervicale C5 a éclaté, trois disques ont été écrasés et je suis paralysé des quatre membres. Tétraplégique…

Pour soulager la très forte compression de la moelle, je suis opéré de la vertèbre. Les médecins posent une plaque métallique qui va bloquer trois autres vertèbres. Après l’opération, c’est l’inquiétude. Marchera, marchera pas ?

Étendu sur le dos avec une minerve, je me rends bien compte de mon immobilité totale. Même si, secrètement, je pense que quelque chose doit bien bouger quand même… On ne me dit rien. Personne n’ose s’aventurer à imaginer les effets de la rééducation. On constate, c’est tout. Ma motivation depuis le début est de rejouer de la batterie. Je suis batteur dans un groupe, Clins d’œil, et il est hors de question que je ne puisse pas un jour taper des pieds et des mains.

Je sais que j’ai mis la barre très haut. Moi, je veux pouvoir jouer de la batterie avec mes deux bras et mes deux jambes indépendantes ! Installé au centre de rééducation de l’hôpital Beauséjour de Genève, je me prends à rêver. Mais surtout, je suis avec assiduité le programme proposé par les kinés, les médecins.

Au bout du deuxième mois, un beau matin, je vois bouger mon gros orteil droit. C’est une explosion de joie, car cela signifie que le courant passe. Même si cet orteil n’a remué que de deux millimètres. Je suis à la fois euphorique – enfin, un truc qui se meut dans ce foutu corps – et en même temps, je m’inquiète – cela signifie aussi que, jusque-là, rien ne fonctionnait !

Je me souviendrai toujours de ce matin-là. Ça vous booste et décuple l’énergie pour les jours à venir. Ça redonne tellement confiance en soi, en ses capacités physiques… À partir de cette date, je connaîtrai chaque jour des améliorations. La machine est enclenchée… Elle ne va plus s’arrêter.

Les progrès sont rapides : les mouvements des jambes se font de plus en plus amples. Au bout de six mois, j’effectue mes deux premiers pas. C’est une renaissance, même si mes bras ne sont pas encore de la partie. C’est super encourageant. Le médecin et le kiné décident de demander à mes parents d’apporter ma batterie dans le sous-sol de l’hôpital. Ils savent bien que c’est mon truc, mon fil rouge qui va me permettre de m’en sortir. On m’amène en chaise roulante devant ma batterie et je réussis à atteindre de la jambe droite la pédale de la grosse caisse, et avec la jambe gauche, celle du charleston… Trop content de pouvoir taper. Juste de la folie !

Plusieurs semaines après ce premier grand succès, mes bras commenceront à se mouvoir. Il faudra attendre un an après l’accident pour que je retrouve l’usage de mes mains pour réapprendre à écrire, à saisir une fourchette et tenir une baguette de batterie.

Aujourd’hui, je porte dix bagues, une à chaque doigt. Comme mes mains ont été les dernières à revivre, j’ai en quelque sorte mis une médaille à chaque doigt. Ma façon à moi de leur dire “merci” ! »


J’ai vaincu la tétraplégie, (éd. Favre SA).

Soutenu par ses parents et l’équipe hospitalière, « Marcol » a su mobiliser sa motivation pour reprendre pied dans la vie.

Alicia COMET

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