France Dimanche > Témoignages > Margaux Gilquin : “Aujourd’hui, la vie me sourit de nouveau !”

Témoignages

Margaux Gilquin : “Aujourd’hui, la vie me sourit de nouveau !”

Publié le 23 juin 2018

Margaux Gilquin, assistante de direction de 58 ans, nous avait émus en nous racontant son quotidien de chômeuse en fin de droits. Depuis, elle a retrouvé un travail et vient d’écrire un second roman…

«J’en ai écumé des plateaux télé, des radios. J’en ai rencontré des journalistes, lors de la publication de mon livre témoignage, Le dernier salaire, dans lequel je racontais mon long combat pour retrouver du travail.

Et en fin de compte, c’est ce bouquin qui m’a ouvert toutes les portes.

Quelques semaines à peine après sa sortie, je reçois un coup de fil de Mme Myriam El Khomri en personne, alors ministre du Travail. Elle m’informe qu’elle veut me voir. Je n’en crois pas mes oreilles.

Quand je la rencontre à son bureau, elle me dit simplement : “J’ai lu votre livre. On va faire quelque chose ensemble…” Elle me rappelle quelques mois plus tard, et me trouve un poste.

Quelle chic fille ! La chance me sourit.

Lavomatique

Je quitte ma campagne, monte à Paris et commence ce boulot, bien rémunéré.

Enfin disons que j’ai assez pour vivre convenablement dans une chambre de bonne du XIe arrondissement.

Bon, à 56 ans, je renoue avec les W-C sur le palier, le Lavomatique le dimanche et la solitude le soir.

Mais j’ai un travail, un contrat (“à durée gouvernementale”, c’est-à-dire qu’il se prolonge le temps que la ministre reste en poste), un salaire décent.

En plus, le job est super intéressant : je réponds au courrier des particuliers qui adressent des requêtes à la ministre ou font part de leurs conditions de travail.

Mais hélas, six mois plus tard, Mme El Khomri quitte le gouvernement. Donc c’est simple, je dégage.

Retour à la case chômage, mais avec une allocation mensuelle de 1 200 €.

J’ai le moral. Je me dis qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Lors de mon passage à Paris, j’ai rencontré de nombreux écrivains. J’ai également alimenté mon blog, qui s’intitule : “Balades et portraits par Margaux Gilquin.

Impôts

C’est en discutant avec l’auteur Cyril Massarotto que je trouve l’idée de mon deuxième livre* [sorti le 17 mars, ndlr].

Cette fois, j’écris un roman sur le bonheur. Nettement plus intéressant que de raconter mes galères à longueur de pages.

J’en ai ras le bol de parler de moi. à un moment, d’ailleurs, j’ai frôlé la déprime, car j’avais l’impression, en étant au fond du trou, d’incarner ce que les gens vivaient eux-mêmes.

En retrouvant mon Sud-Ouest, je me répète qu’il faut bien continuer à avancer. Surtout ne pas baisser les bras. Je postule un peu partout et obtiens un rendez-vous à la mairie de Bordeaux, qui est à 60 km de chez moi.

Ils cherchent une secrétaire en remplacement dans leur service culture.

Parfait. J’imagine que c’est parce que mon CV est plus étayé qu’ils m’ont prise. Et puis, je venais de travailler quelques mois dans la fonction publique à Paris.

Embauchée en octobre dernier, j’ai un CDD qui court jusqu’en septembre 2018 et un salaire correct.

Depuis peu, je paie des impôts. C’est énorme !

Cela veut dire que je participe de nouveau à la vie sociale de ce pays.

Aujourd’hui, je reprends le train (trois heures de transport par jour ne me font pas peur !) ; je déjeune à la cantine avec des copines ; j’ai des pauses-café et des week-ends.

Je suis super heureuse.

Pour moi, travailler, c’est vraiment la santé. Je me sens exister. D’ailleurs, dès que j’ai une journée de congé, je ne peux m’empêcher de passer un petit coup de fil à mes collègues.

J’adore ma vie. Elle est enfin normale. Je ne sais pas comment vous dire : je n’ai plus à gratter la terre pour voir si je vais manger. Je n’ai plus à quémander.

Mon salaire tombe tous les mois. Cette satisfaction est immense. Quand je reçois ma feuille de paie, j’ai immédiatement le réflexe de mettre 300 € de côté. Car je suis bien consciente qu’ils seront vite engloutis le jour où je me retrouverai au chômage.

Avenir

J’ai recouvré mon équilibre. Je sais que je vais manger le midi. Je ne flippe plus du matin au soir.

En même temps, je me dis que je le mérite, ce boulot, après tout. J’ai bossé dur pour faire entendre ma voix de quinqua au bout du rouleau.

Il y a un autre avantage à travailler : j’arrive plus facilement à me projeter dans l’avenir.

Avec mes amis et mon entourage, je suis beaucoup plus détendue, plus sereine. Je dors mieux, je suis plus souriante, plus avenante. Avant, j’en voulais à la terre entière de ne plus avoir de boulot et de voir les autres travailler.

Le matin, quand j’arrive à la mairie de Bordeaux avec un grand sourire aux lèvres, je sens bien que je donne du bonheur aux autres.

J’ai retrouvé cette joie de vivre toute simple. Si un jour j’arrive à décrocher un CDI (il me reste quatre ans jusqu’à la retraite), alors là, je vous jure, je prends la cuite de ma vie.

Aujourd’hui, je sens que ça va arriver. Cela ne peut pas s’arrêter comme ça, ce n’est pas possible… »

• Apprendre à danser sous la pluie, éditions Lazare et Capucine.

Alicia COMET

À découvrir

Sur le même thème