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« Médecin du Tour pendant 30 ans, on m'a jeté comme un kleenex »

Publié le 11 août 2011

« Dès l'âge de 4 ans, je me voyais coureur cycliste. J'ai voulu me lancer dans des compétitions officielles mais mes parents ont refusé : je devais d'abord faire des études. Quand j'avais 8 ans, des amis de mes parents ont eu un terrible accident de voiture : l'homme était mort et sa femme avait eu les deux jambes fracturées. C'est en lui rendant visite à l'hôpital que j'ai eu la révélation. Je me suis dit que je serai chirurgien.

J'ai débuté des études de médecine mais ma passion pour le cyclisme était encore présente. En octobre 1971, j'ai déposé ma candidature pour être infirmier sur le Tour et elle a été retenue! Progressivement, j'ai gravi tous les échelons et je suis devenu le médecin-chef du Tour, dix ans plus tard.

J'ai côtoyé tous les grands noms du cyclisme : de Poulidor à Armstrong mais aussi Jacques Anquetil, Roger Rivière... J'ai soigné Gimondi, Indurain, Fignon, Lemond, Virenque et Jalabert... J'ai même eu la chance de faire du vélo avec, entre autres, Eddy Merckx et Bernard Hinault ! Durant le Tour, les médecins soignent surtout des petits bobos : des douleurs, des tendinites, des crampes, des maux de gorge, des problèmes digestifs, ophtalmologiques, dermatologiques, on nettoie les plaies, on panse, on applique de la crème solaire...

Les chutes sont fréquentes, mais heureusement, rarement dramatiques. Sur un Tour, avec deux cents coureurs et plus de trois mille kilomètres, on compte seulement trois à cinq fractures en moyenne. Les plus fréquentes sont des fractures de la clavicule, du poignet, de la main ou des côtes.

À côté des deux cents coureurs, il y a aussi quatre à cinq mille suiveurs qui peuvent faire appel à nous. Du coup, nous effectuons environ mille cinq cents consultations sur l'ensemble du Tour ! Il s'agit de notre plus longue garde de l'année : 24 h sur 24 pendant 24 jours !

Malheureusement, mon rêve a pris fin après le Tour 2010. Une société extérieure a alors été choisie pour gérer le service médical. J'ai été très déçu d'être jeté comme un kleenex, après trente-neuf ans passés dans ce milieu. Nelson Mandela a dit : “Dans la vie, la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever après chaque chute.“ Je vais rebondir. J'ai déjà commencé à le faire en rédigeant ce livre (*). »

(*) « Médecin du Tour » du Dr Gérard Porte, préface de Michel Drucker, aux éditions Albin Michel, 18 €.

Propos recueilli par Florence Heimburger

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