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Mélanie Brunet : “Les loups font trop de victimes chez nous !”

Publié le 14 mai 2019

Cette jeune éleveuse de brebis dans les Causses aveyronnais a subi une attaque de son troupeau en 2016. Elle réclame depuis une “vraie” régulation de ces prédateurs.

«Au début, le loup, on n’y pensait même pas ! C’est en 2002 que mon mari, Jean-Christophe, et moi, nous sommes installés dans cette ferme – une ancienne laiterie dans laquelle était fabriqué du roquefort.

Originaires tous deux de la ville (je suis Parisienne de naissance et mon mari vient, lui, de Montpellier), nous avions envie de réussir ce retour à la campagne, en nous spécialisant dans l’élevage de brebis allaitantes pour vendre ensuite des agneaux bio. Notre petit troupeau de 160 têtes était parti­culièrement bien adapté à ce ­territoire des Grands Causses, dont les terres ont toujours été entretenues par les bergers.

Quant au loup, on n’avait pour ainsi dire jamais entendu parler d’attaques dans le coin. Tout juste que des éleveurs installés dans le département voisin de la Lozère avaient fait les frais de morsures de loups. On tombait de haut… Il paraissait alors qu’ils décimaient tout de même des troupeaux entiers. Mais on ne s’en préoccupait pas vraiment. C’était ailleurs, plus loin…

Nous faisons de l’élevage en plein air et, entre le 15 avril et la mi-novembre, nous laissions donc nos bêtes dehors, de jour comme de nuit. Et ce matin du 4 mai 2016, mon mari se rend au pré et y découvre une brebis morte, puis un agneau, puis un autre… Le troupeau silencieux se terre dans les bois alentours comme traumatisé, terrorisé. Au total : une brebis tuée, sept agneaux morts et neuf bêtes blessées. En une seule nuit…


Le lendemain, nous appelons la gendarmerie et le garde-chasse de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage qui, après analyse, constate les dégâts. Un piège-photos que nous avions installé sur les lieux atteste clairement de la présence d’un loup solitaire cette nuit-là entre minuit et deux heures du matin. Il a affolé les bêtes, mordu de ses crocs acérés plusieurs d’entre elles et en a tué huit. Une quantité énorme d’animaux !

À partir de ce jour-là, notre vie et notre métier ont changé. On avait cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Quand le loup allait-il revenir ? Car ce prédateur retourne souvent sur les lieux de ces méfaits ! Première décision : nous allons rentrer nos brebis tous les soirs dans un ancien verger isolé par des murs de deux mètres de haut. La nuit, on ne dort plus que d’un œil. L’angoisse nous ronge.

Au bout d’un mois, la vie reprend son cours. Le loup n’est pas revenu. Une chance. Mais nous décidons de monter au créneau, de nous regrouper entre éleveurs pour faire savoir que la politique actuelle vis-à-vis des loups n’est plus adaptée à la réalité que nous vivons. En un an en France, ces loups – ils seraient officiellement plus de cinq cents – ont tué plus de 12 515 bêtes (principalement des brebis mais aussi des veaux, des poulains !) lors de 3 674 attaques recensées sur l’ensemble du territoire !

Le nombre de loups augmente en moyenne de 30 % chaque année. Et il bénéficie toujours d’une stricte protection : il est interdit de le tuer sous peine de deux ans de prison et plus de 150 000 euros d’amende. Seule possibilité pour les éleveurs qui ont vécu “plusieurs attaques de loups au cours de l’année” : faire une demande auprès du préfet, qui pourra, selon les circonstances, donner l’autorisation administrative de tirer…

Il faut aujourd’hui que s’opère une “vraie” régulation de la population de ces prédateurs qui n’ont plus peur de l’homme. Au fil des ans, le loup s’est adapté à l’environnement. Plus de la moitié des attaques sont perpétrées en plein jour puisque de nombreux éleveurs rentrent dorénavant leurs troupeaux le soir.

Il est indispensable d’autoriser des tirs réguliers, comme on le fait d’ailleurs pour les sangliers par exemple. Quand on sait que le quota d’abattage n’est actuellement que de 12 % [il devrait passer à 17-19 % cette année, ndlr]. On a surprotégé le loup depuis vingt-cinq ans en France. Il est vraiment temps que cela change. »

Alicia COMET

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