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« Mère célibataire, à la fin de l'été, je serai sous un pont »

Publié le 21 octobre 2011

"Se loger en France devient catastrophique, et plus personne n'est épargné : étudiants, chefs d'entreprise, chômeurs, salariés, nous sommes tous à la même enseigne. Pour moi, cette galère du logement a débuté il y a un an. À l'époque, je me suis séparée de mon compagnon, j'ai alors cherché à louer une maison pour y vivre avec mes deux adolescents, une fille et un garçon de 15 et 16 ans.

J'ai écumé sites internet, journaux de petites annonces, agences immobilières, j'en ai parlé dans mon entourage... J'ai visité des horreurs, à la limite de l'insalubrité, qui coûtaient des 1 000 euros par mois ! Mais on refusait systématiquement mon dossier. Pourtant, je suis employée à temps plein en CDI, je possède un garant et je n'ai contracté aucune dette. J'ai rapidement compris que si je ne trouvais pas à nous loger, c'est parce que je suis une femme seule et que les propriétaires refusent le revenu unique. Pourtant, avec mon salaire et les différentes allocations que je perçois, j'atteins presque trois fois le montant du loyer que je suis prête à payer. Mais quand il y a trois ou quatre dossiers, forcément, le propriétaire choisit de louer à un couple.

J'ai alors dû me résoudre à m'installer dans une résidence hôtelière, seul type de logement qui ne réclame pas de caution. Mais, en été, ces lieux sont réservés aux vacanciers. J'ai donc dû trouver une autre solution et, depuis peu, une amie m'héberge chez elle, pour un mois. Mais après ? Et puis, surtout, j'ai dû “abandonner“ mes enfants qui sont partis vivre chez leur père. Heureusement, s'ils sont inquiets, ils gardent confiance en moi. Ils m'appellent tous les jours pour prendre des nouvelles et cherchent de leur côté. Quant à mes affaires, j'ai des meubles dans un garage, mes vêtements chez des amis, tout est éparpillé. Mais à la fin de l'été, je serai vraiment à la rue, sous les ponts.

Depuis un an, je me bats. Je ne veux pas de logement social car je sais que des gens en ont plus de besoin que moi ; je ne demande pas l'aumône, j'ai un salaire, mais je trouve inadmissible qu'en France, une femme qui travaille se retrouve à la rue sans aucune solution. J'ai même écrit au Président de la République, début juin : il m'a répondu et a transmis mon dossier à la préfecture de l'Hérault ; laquelle a visiblement classé mon dossier car je n'ai aucune nouvelle de leur part.

Aujourd'hui, je pense qu'il faut étudier plusieurs pistes pour sortir de cette situation infernale : d'abord réquisitionner les logements vacants, très nombreux en France ; ensuite modifier la réglementation concernant les assurances "loyers impayés" souscrites par les propriétaires. À cause de celles-ci, en effet, les propriétaires doivent réclamer des revenus trois fois supérieurs au loyer, et si vous avez le malheur de présenter un dossier où vos revenus sont légèrement inférieurs, vous êtes refusés. Enfin, je pense qu'il faut être plus strict sur l'attribution des logements sociaux et les contrôler plus régulièrement.

Quant à moi, j'aimerais monter une résidence pour femmes célibataires qui travaillent et n'arrivent pas à se loger. Une idée utopique sans doute mais qui me paraît vraiment indispensable !"

Propos recueilli par Marie Godfrain

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