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“Mes confessions insolites sur les accouchements !”

Publié le 13 mai 2016

A 54 ans, Sylvie Coché, cette sage-femme a mis au monde des milliers de bébés en plus de trente ans de service. Elle a gardé en tête de nombreuses anecdotes vécues dans les maternités. En voici quelques-unes…

« Chaque jour j’assiste à de petits miracles : la naissance d’un enfant, un moment extraordinaire dans la vie d’un couple ! Je suis consciente d’avoir beaucoup de responsabilités. En même temps, il est très gratifiant d’aider une maman à mettre son enfant au monde. J’ai décrit mes expériences dans mon livre*.

Mon souvenir le plus drôle remonte à Noël 1984. Au moment de pousser, la mère a été prise d’un fou rire. Chaque fois qu’elle tentait d’inspirer fort avant de faire un effort, elle éclatait d’un rire tonitruant et si communicatif que, dans la salle, tout le monde se tordait !

Heureusement, quand on s’esclaffe aussi fort, on contracte ses abdos, ce qui pousse l’enfant dehors de façon naturelle. Le bébé est né, sans encombre, dans l’hilarité générale.

Avec celui que j’appelle “mon bébé trampoline”, c’était très acrobatique. J’étais alors jeune sage-femme et, en cette fin de nuit, une maman est arrivée, ayant déjà perdu les eaux. On l’assied sur une chaise roulante pour l’amener en salle d’accouchement et je lui propose de l’aider à se dévêtir.

Elle se plie en deux pour tenter d’enlever sa culotte lorsque soudain, le bébé sort. Il rebondit sur la culotte en question qui, heureusement, a amorti la chute ! Tout s’est bien terminé, mais il aurait pu se faire très mal !

Le cas le plus insolite est celui de cette maman qui a débarqué à la maternité deux ou trois jours après son terme. Suivie par un médecin, elle n’avait jamais passé d’échographie (dans les années 80, ce n’était pas obligatoire). Je remarque qu’elle a un utérus en forme de cœur. Je l’installe en salle de travail et vérifie que son col se dilate correctement. L’accouchement se passe sans problème. Le petit garçon se porte bien, et je l’emmène dans la pièce d’à côté pour le nettoyer et l’habiller.

"C’est impressionnant de tenir la main d’un nourrisson qui n’est pas encore né."

C’est alors que j’entends le mari crier : “Venez vite… ma femme a encore envie de pousser !” Quand j’arrive, je vois apparaître une paire de petites fesses : elle était enceinte de jumeaux, sans le savoir ! Le mari, sous le choc, répète : “Ce n’est pas possible !” La maman, tout aussi surprise, m’expose tous les arguments pour me signifier que ce n’est pas possible : “Ma poussette n’a qu’une place ! Je n’ai qu’un petit lit ! La voiture ne sera jamais assez grande !” La stupeur passée, elle reprend ses esprits et accueille ses deux nourrissons avec amour…

Le souvenir le plus émouvant est sûrement celui-ci. Un jour où, examinant la maman pendant le travail, je touchais le crâne du bébé avec mes doigts (on voit ainsi comment la tête est tournée, et si le col de l’utérus est bien ouvert). J’ai senti l’enfant m’attraper le doigt et le serrer ! Un réflexe naturel. Mais c’est impressionnant de tenir la main d’un nourrisson qui n’est pas encore né. Il m’a semblé avoir une relation unique avec ce bébé à venir.

Et puis, il y a la réaction des pères. Les inquiets qui se mettent à la place de leur femme et débarquent en nous expliquant : “On a des contractions depuis tant d’heures”, “On a perdu les eaux”… Les plus angoissés adorent nous dire ce qu’il faut faire : “Vite, il faut l’installer tout de suite !”, “Ne tardez pas à lui faire sa péridurale !”… Ils veulent tout contrôler.

Il y a aussi ceux qui s’évanouissent : les plus sensibles qui se sont forcés à accompagner leur femme parce qu’ils ne veulent pas la laisser seule, ou parce qu’on leur a dit qu’un père se devait d’être présent. Et les machos qui jurent leurs grands dieux que jamais ils ne tourneront de l’œil, et qui s’écroulent à la vue de la longue aiguille de la péridurale.

Justement, un jour, l’un d’entre eux m’a offert une bouteille de champagne. Il m’avait assuré qu’il tiendrait le coup et s’est effondré sur le carrelage au moment crucial. Une heure après la naissance de son fils, la bouteille était là… »

Alicia Comet

* Poussez, Madame!, éditions de L’opportun.

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