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“Mes patients sont soignés sous hypnose”

Publié le 29 janvier 2016

Avant d’opérer, Jean-Pierre Lavignon ce médecin urgentiste lyonnais plonge sous hypnose ceux qui acceptent de se prêter à une telle expérience. Avec lui, finis les produits anxiolytiques ou anesthésiques ! Il nous raconte comment il procède…

« Médecin depuis une quinzaine d’années, il y a trois ans, j’ai appris que certains de nos confrères, dans d’autres centres hospitaliers et cliniques, soignaient leurs patients sous hypnose et obtenaient de bons résultats. Je venais d’intégrer le service des urgences et j’ai tout de suite trouvé cela intéressant.
L’hypnose est une pratique sérieuse et utilisée depuis des décennies, même si nous ne savons pas vraiment comment elle agit sur le cerveau. Je me suis donc dit que cela pouvait certainement beaucoup aider lorsque l’on travaille dans un secteur où l’on voit arriver des personnes le plus souvent en état de stress.

J’ai alors suivi une formation auprès de Patrick Bellet, le médecin qui fait référence en la matière. J’ai ainsi appris les techniques pour placer quelqu’un sous hypnose. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être endormi, c’est plutôt une forme d’état second que l’on connaît parfois dans notre vie quotidienne. Et sachez que cette pratique ne comporte aucun danger.

Lorsque vous faites régulièrement le même trajet en voiture, vous avez parfois le sentiment d’être arrivé à destination sans vous en rendre compte. Tout votre corps, vos réflexes, sont en éveil, mais votre esprit est ailleurs. Vous êtes en “conduite automatique”, un état comparable à l’impression ressentie lors d’une séance d’hypnose.
Si elle est encore peu développée dans les hôpitaux français, cette technique est pratiquée depuis des années en Belgique, aux États-Unis et dans les pays nordiques.
Elle est surtout utilisée pour réduire à la fois la douleur et l’anxiété des malades, parfois en complément de médicaments. S’ils sont parfois sceptiques quant à son efficacité, rares sont les patients qui refusent de la tester.
 

"Si l’hypnose ne supprime pas totalement la douleur elle permet de s’en détacher."

 
Et les résultats sont spectaculaires ! J’invite le malade à penser à un lieu ou à une activité qu’il aime, comme la mer ou un sport. Il parvient alors à se décontracter, à se relâcher complètement. Il écoute la musique de ma voix et finit par oublier sa douleur, vivant pleinement ce à quoi il pense.

Et c’est là que je peux enfin agir sans utiliser de produits anxiolytiques ou anesthésiques, une médecine plus lourde qui augmente les risques de complications. Cela marche particulièrement bien pour les luxations, les panaris, les coupures…

Dans cet état, le patient se laisse faire, ce qui évite les traumatismes musculaires dus aux contractions engendrées par la douleur et permet, par exemple, de recoudre un doigt ou d’effectuer une ponction lombaire sans anesthésie.

Si l’hypnose ne supprime pas totalement la douleur elle permet de s’en détacher. Le patient ressent une sensation étrange. Je le laisse dans cet état entre cinq et trente minutes en général, avant de le “réveiller”, de le faire revenir en lui disant qu’il est là avec nous.
L’hypnose permet une récupération bien plus rapide, tant sur le plan psychologique que cicatriciel, sans avoir recours à la moindre injection.

Avec les enfants, c’est aussi très efficace. Plutôt que de les stresser en leur disant : “Ne bouge pas ! Faut être sage !” tout en les tenant alors qu’ils ont peur et souffrent, les choses se passent en douceur, avec leur consentement. Ils se sentent en confiance, plus apaisés.
Cette méthode permet aussi de diminuer le coût d’un soin. En n’utilisant pas certains produits et en traumatisant moins la partie du corps blessée, on réduit considérablement les dépenses.

Les brancardiers et aides-soignants de mon hôpital s’y sont mis, et nous sommes une cinquantaine à maîtriser cette technique. Et le bilan est plus que positif. Aujourd’hui, je cherche à développer cette pratique.

Je dois bientôt intervenir à la faculté de médecine de Lyon pour sensibiliser les futurs médecins à l’hypnose et à ses intérêts. »
Guillaume Dabzac

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