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Mireille Bourcelot : “Je fleuris Chaumont pour le Grand Pardon”

Publié le 22 juin 2018

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© Alain Quittot Mireille Bourcelot

Depuis 1475, dans cette ville, quand la Saint-Jean-Baptiste tombe un dimanche, les fidèles sont lavés de tous leurs péchés…

«J’aime voir ma ville prendre des couleurs, comme métamorphosée par les guirlandes de fleurs suspendues dans les rues.

Et de ce point de vue, je serai servie les 23 et 24 juin, quand près de 50 000 personnes se presseront entre les murs de Chaumont, qui ne compte d’ordinaire que 25 000 habitants.

Autant dire que l’on se sentira peut-être un peu à l’étroit, mais aussi, et c’est l’essentiel, plus proches les uns des autres. 

Cela fait six ans déjà que j’attends ça, ces journées particulières pendant lesquelles des pèlerins venus du monde entier se réunissent pour célébrer le Grand Pardon de Chaumont.

Un événement unique qui a lieu chaque fois que la Saint Jean-Baptiste tombe un dimanche, ce qui se produit selon un rythme irrégulier, tous les six, cinq, six et onze ans.

Indulgence

Cette fête, nous la devons à un enfant du cru, Jean de Montmirel, le fils d’un modeste mercier chaumontais qui réussit une brillante carrière ecclésiastique, devenant même conseiller du pape Sixte IV.

Fort de son influence sur le souverain pontife, il obtint de ce dernier, en 1475, l’élévation de l’église de sa cité natale en collégiale, ainsi qu’un autre privilège d’importance.

Une indulgence plénière pour tous ceux qui viendraient se confesser et communier ces fameux jours où la Saint-Jean-Baptiste serait un dimanche.

En clair, tous les hommes et les femmes, qu’ils soient croyants ou non, pouvaient ressortir de ce lieu de culte, lavés de tous leurs péchés.

Autant dire qu’une telle aubaine attira la grande foule dès l’année suivante. Le Grand Pardon était né.

Profane

Mais en 543 ans, cette fête a bien changé. Si elle conserve le caractère religieux de ses origines, son aspect profane prend de plus en plus d’importance.

Et même si je suis une catholique pratiquante, ce qui m’a, au départ, incitée à m’engager dans l’organisation de cet événement, je m’occupe désormais de tâches qui n’ont rien à voir avec ma foi.

Trésorière de l’association du Grand Pardon de Chaumont, fondée en 1998, pour prendre le relais du comité des fêtes municipal, j’ai aussi la charge de l’atelier fleurs.

Et ce n’est pas rien. Car pour que, dans quelques jours, 10 km de guirlandes formées par plus de 100 000 fleurs en crépon mêlées à des glycines pavoisent tout le centre de la commune, il y a eu du boulot !

Notre association compte au total pas moins de deux cents bénévoles, dont certains se retrouvent depuis 2015 pendant trois heures trois fois par semaine pour fabriquer ces décorations.

Le côté sympathique de l’affaire, c’est que des gens bavardent, apprennent à se connaître, parfois deviennent même amis, grâce à cette activité qui donne tout son sens au mot communion.

En ce moment, nous sommes tous sur la brèche. Pour que tout soit prêt à temps, il faudra travailler toute la nuit de vendredi à samedi.

Ce jour-là un grand défilé historique aura lieu à 14 h, évoquant toutes les époques, du Moyen Âge jusqu’au futur, puis, à 16 h 30, aura lieu l’ouverture officielle des festivités à la mairie.

Des concerts et des spectacles de rue auront lieu un peu partout dans Chaumont.

Magique

Et c’est le dimanche à 10 h 30 que débutera la messe solennelle en la basilique Saint-Jean.

Cette année, elle sera présidée par l’archevêque de Montréal, en présence de hauts dignitaires ecclésiastiques venus du Mexique et d’Inde.

Après les vêpres, programmées à 18 h 30, tout se terminera par un grand feu d’artifice, bouquet final de deux journées magiques.

Ce qui me chagrine, c’est que le prochain Grand Pardon n’aura lieu qu’en 2029. C’est long, onze ans !

On a le temps d’oublier comment faire les décorations. Je le sais, j’ai connu ça entre 1990 et 2001…

Et puis j’aurais quand même 80 ans. Mais j’espère bien être encore là pour tailler des fleurs dans du crépon. Si Dieu le veut ! »

Claude LEBLANC

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