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“Moi, dentiste à la retraite, je soigne gratuitement les dents des plus défavorisés !”

Publié le 26 septembre 2016

À 68 ans, Monique Dupie, ce chirurgien-dentiste à la retraite passe désormais son temps à redonner le sourire aux personnes en situation de grande précarité dans son Bus social dentaire, un cabinet mobile dans Paris et alentour.  À 68 ans, Monique Dupie, ce chirurgien-dentiste à la retraite passe désormais son temps à redonner le sourire aux personnes en situation de grande précarité dans son Bus social dentaire, un cabinet mobile dans Paris et alentour.

« Je ne supporte ni l’inactivité ni l’injustice sociale. Après avoir pratiqué en libéral dans mon cabinet dentaire en banlieue, de 1971 à 1982, j’ai intégré un centre dentaire mutualiste à Paris dans lequel j’ai exercé mon métier pendant quinze ans. En 1998, j’ai démissionné suite à un désaccord avec la direction et j’ai cherché du travail.

J’ai alors rencontré des difficultés car la gestion de certains centres low cost (à bas prix), uniquement animée par le souci de la rentabilité, allait à l’encontre de ma vision du métier. Ces pratiques sont d’ailleurs aujourd’hui dénoncées par le Conseil de l’ordre des chirurgiens-dentistes.

"Notre but : soigner l’urgence et aider ces malades à obtenir la CMU, afin qu’ils intègrent le circuit normal de soins."

Comme j’avais du mal à retrouver un emploi qui corresponde à mon éthique professionnelle, entre 1998 et 2000, j’ai effectué quelques vacations au Bus social dentaire. Puis, j’ai retrouvé un poste de salariée dans un centre mutualiste de bonne réputation. Je n’ai repris le bénévolat pour le Bus dentaire qu’en 2010, quand je suis partie à la retraite.

Ce cabinet ambulant sillonne Paris et sa banlieue et stationne dans la cour du Samu social de Paris (XIIe), dans les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis pour offrir des soins d’urgence aux plus démunis.

Nous y recevons des personnes d’origine française ou étrangère qui n’ont pas de couverture sociale, des gens en grande détresse, qui ne franchiront jamais la porte d’un cabinet classique : des sans-abri, des sans-papiers, des demandeurs d’asile en attente de l’Aide médicale de l’État (AME) ou de la Couverture maladie universelle (CMU). Ils apprennent notre existence par les assistantes sociales.

"Malheureusement, certains dentistes refusent de soigner ces “patients CMU”, jugés pas assez rentables."

Notre but : soigner l’urgence et aider ces malades à obtenir la CMU, afin qu’ils intègrent le circuit normal de soins. Malheureusement, certains praticiens libéraux refusent de soigner ces “patients CMU”, jugés pas assez rentables, ce que dénonce aussi notre Conseil de l’ordre.

Dans le Bus, nous soulageons la douleur et réalisons de nombreuses extractions de dents. Rares sont les patients qui viennent pour un détartrage ! Puis, nous leur remettons une brosse à dents, du dentifrice et souvent des antibiotiques fournis par la Pharmacie humanitaire internationale… Mais il n’est pas facile de se brosser les dents quand on vit dans la rue !

Le Bus accueille, par an, plus de 2 000 patients, dont des enfants. Avec les autres bénévoles, nous allons nous former pour traiter des personnes atteintes d’addictions (alcool, tabac, drogues). Ce sont des gens souvent violents et souffrant parfois de maladies infectieuses (hépatites, VIH). Mais nous soignons tout le monde !

En 2014, un confrère m’a proposé de l’accompagner au Sénégal pour une mission de quinze jours avec l’association Voiles sans frontières. Nous sommes partis avec une valise de soins dans des petits villages du Sine Saloum, une région au sud de Dakar. Cette mission m’a beaucoup plu.

Et, début 2016, j’ai passé quinze jours en Guinée-Conakry, avec l’association Africamy, pour installer un fauteuil dentaire affrété par bateau et former un confrère guinéen dans un village de brousse. Nous sommes ravis que les soins puissent perdurer malgré notre absence.

Durant ces missions, la vie est rude et le travail intensif : nous réalisons jusqu’à trente extractions dentaires par jour par une température de 40 °C. Mais le plaisir du travail en équipe et la découverte du pays compensent ces difficultés. J’ai le projet de partir l’année prochaine au Laos.

--> Pour en savoir plus : www.busdentaire.fr

Au Bus, une trentaine de chirurgiens-dentistes bénévoles se relaient aux côtés de trois salariés de l’association (une coordinatrice sociale, une assistante dentaire et sociale et un chauffeur) pour assurer les neuf vacations hebdomadaires.

La plupart des confrères sont retraités, comme moi, mais depuis quelques années, de jeunes diplômés se joignent à nous. C’est un complément à leur formation, à la fois sur le plan humain et technique. Je trouve cela très bien !

Financé par l’Ordre national des chirurgiens-dentistes, l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, les caisses primaires d’assurance maladie de Seine-Saint-Denis et de Paris, la Ville de Paris et des mécènes, le Bus a pourtant failli partir à la casse en 2015, faute de subventions suffisantes. Il fêtera néanmoins ses vingt ans en octobre. »

Florence Heimburger

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