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"Moi, nouvelle doyenne des Français, je n’ai aucun secret de longévité !”

Publié le 30 novembre 2016

Le 4 septembre dernier, Élisabeth Collot s’est éteinte à l’âge de 113 ans. Elle était la doyenne des Français. C’est maintenant au tour de Honorine Rondello, Varoise du même âge, d’hériter de ce noble statut.

« Quand une soignante de ma maison de retraite m’a dit qu’à 113 ans j’étais la doyenne des Français, j’ai eu du mal à la croire ! Mais il a bien fallu me rendre à l’évidence quand j’ai vu arriver tous ces journalistes venus m’interroger sur mon secret de longévité !

Ils étaient gentils, mais je les ai un peu déçus : je n’ai pas de recette pour vivre si longtemps ! C’est juste arrivé comme ça… Peut-être parce que j’ai toujours eu une santé de fer. J’ai rarement été malade et ne suis allée qu’une fois à l’hôpital, pour accoucher d’Yvette, ma fille unique !

En tout cas, ces interviews m’ont donné l’occasion de retracer de nombreux souvenirs. Et comme j’ai une mémoire d’éléphant…

"J’ai rarement été malade et ne suis allée qu’une fois à l’hôpital, pour accoucher d’Yvette, ma fille unique !"

Je me rappelle même la magnifique robe que ma mère m’avait un jour confectionné, alors que je ne devais avoir que 4 ou 5 ans ! Elle était en tissu écossais plissé, avec une broderie anglaise en dentelle, ce qui était très rare et cher à l’époque.

Mes parents étaient pourtant des gens modestes : maman ne travaillait pas, et mon père était pêcheur de morue, en mer d’Islande. C’est d’ailleurs là qu’il est mort, emporté par une mauvaise fièvre, alors que j’avais 14 ans.

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J’étais à ce moment apprentie couturière, mais j’ai cessé cette formation pour me mettre à travailler : je devais aider financièrement ma mère et mes deux sœurs cadettes, privées de la paye paternelle. Et j’ai été embauchée à l’hôtel restaurant de Paimpol, où nous habitions, pour servir en salle.

Par la suite, je suis entrée au service d’une riche famille qui passait l’hiver en Bretagne et l’été en Côte d’Azur, à Menton. C’est là que j’ai rencontré mon mari, à l’âge de 25 ans. Nous étions assis l’un à côté de l’autre au cinéma. C’était un film muet qui ne devait pas être passionnant puisque nous nous sommes mis à discuter !

"J’ai travaillé jusqu’à mes 74 ans ! Ça n’a pas été une partie de plaisir !"

Il était gentil, attentionné et un brin rêveur. Bref j’en suis tombée amoureuse, et un an plus tard, nous étions mariés ! Ma fille est née en 1931, et en 1941, nous avons hélas dû fuir Menton, occupé par les Italiens alliés aux Allemands, pour nous installer à Saint-Maximin. Ce fut un crève-cœur. Nous avons tout abandonné pour ne partir qu’avec quelques valises !

La paix revenue, j’ai continué à faire des ménages, et pour tout dire, j’ai travaillé jusqu’à mes 74 ans ! Ça n’a pas été une partie de plaisir ! Cependant la vie m’a aussi réservé de merveilleuses surprises, comme la naissance de mes petits-fils Bernard et Michel, en 1962 et 1965.

Je les adore, mais souvent ma fille me dit : “Avec eux, tu n’as jamais été une mamie gâteau ! Tu es trop sévère pour ça…” Elle a raison. J’ai été élevée à la dure et j’ai reproduit ce schéma avec Yvette et ses enfants, lorsque j’en avais la garde. C’était moi qui commandais et je ne supportais pas qu’ils désobéissent ou fassent des caprices.

"Pour ne pas perdre ma bonne humeur, je passe des heures à dévorer des récits d’aventure ou des romans historiques."

Cette éducation à l’ancienne avait ses vertus : ma fille et ses enfants sont bien élevés. Ce qui n’est pas forcément le cas des gosses d’aujourd’hui ! Les parents leur passent leurs quatre volontés ! Ces “bouts de chou” décident même des cadeaux qu’ils recevront à Noël ou du lieu des prochaines vacances familiales ! C’est le règne de l’enfant roi ! Très peu pour moi…

Mais de toute façon, tout va à vau-l’eau. Regardez cette violence que les médias nous montrent quotidiennement ! Et ces hommes et femmes politiques qui un jour s’embrassent et sont prêts à se battre le lendemain. Il est bien loin le temps des hommes d’État qui avaient le sens de l’honneur…

Alors, pour ne pas perdre ma bonne humeur et mon éternel sourire, je passe des heures à dévorer des récits d’aventure ou des romans historiques. Je viens d’ailleurs d’en finir un sur la famille Bonaparte.

"Je sais que mon heure viendra bientôt, mais je n’en ai pas peur."

En cette fin de vie, je pense aussi souvent à l’abbé Pierre et à Mère Teresa, deux personnages que j’admire énormément pour la bonté dont ils ont fait preuve. Le temps s’écoule doucement, sereinement.

À mon âge, je ne fais bien sûr plus de projet, mais je profite simplement de l’instant présent. Et de la joie que m’apporte régulièrement la visite de ma fille ou de mes petits-fils, qui m’invitent parfois au restaurant !

Je sais que mon heure viendra bientôt, mais je n’en ai pas peur. Car là-haut, beaucoup de gens que j’aime m’attendent depuis longtemps ! »

Texte et photo : Thierry Lopez

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