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« Mon combat pour rapatrier les éléphantes de Pinder »

Publié le 27 décembre 2011

Le dompteur dont les animaux enchantent en ce moment les spectateurs du célèbre cirque était parti pour trois mois en Afrique. Il y est resté 4 ans.

"Dompteur d'éléphant, comme l'était mon père et ses parents avant lui, je tourne toute l'année dans les cirques européens avec mes pachydermes. Mon aventure -devrais-je dire, ma mésaventure- de l'autre côté de la Méditerranée, a commencé en novembre 2006, lorsque je suis parti en Tunisie pour y honorer un contrat de 3 mois. Au moment du départ, les douanes m'ont indiqué qu'il n'y aurait pas de problème pour revenir en Europe avec mes animaux mais que je devrais rentrer par Algeciras en Espagne, seul port européen par lequel les animaux exotiques peuvent pénétrer sur notre continent.

Pour cela, je devais passer par le Maroc puisqu'il n'y avait pas de ligne entre la Tunisie et ce port espagnol. J'ai donc pris le bateau avec mes 4 fils et ma femme Candy qui m'accompagnent partout. Profitant de ma présence là-bas, et ravi de voir que mes éléphants plaisaient au public, j'ai tourné pendant plus de trois ans dans des spectacles au Maroc. Le problème est survenu lorsque j'ai accompli les formalités pour rentrer en Europe. Les autorités refusaient que je rentre avec mes élephantes sous pretexte que l'oganisme qui m'avait donné l'autorisation avait mal interprété les textes ! J'étais embarqué dans une bien vilaine affaire qu'il allait falloir plus d'un an pour dénouer...

Le cirque dans lequel je travaillais est parti. Je me suis alors retrouvé coincé sur la corniche de Casablanca, sur un pauvre terrain vague avec mes quatre élephantes Sabine, Pira, Dana et Belinda. Sans le cirque, je n'avais plus aucune source de revenus.

Heureusement, l'incroyable s'est produit... A ce moment-là, un formidable élan de solidarité s'est mis en place. Toute la ville nous a aidés afin que nous puissions donner à manger aux élephants. Le week-end, il y avait jusqu'à 10 000 personnes qui venaient nous voir. Riches et pauvres, orphelins et ambassadeurs, ils nous donnaient ce qu'ils pouvaient, les jeunes qui travaillaient au marché venaient nous apporter ce qu'ils avaient glané, nos voisins nous apportaient leurs restes, quant aux plus riches, ils nous faisaient livrer du foin car un élephant en dévore entre 15 à 25 bottes chaque jour.

Nous ne pouvions cependant pas rester en Afrique indéfiniment. Ma femme, notamment, a dû quitter le Maroc avec mes enfants car nous n'avions plus un sous et les petits devaient être scolarisés. Elle a donc pris notre caravane et est revenue vivre à Marseille chez ses parents en attendant que la situation se débloque cependant que je restais à Algeciras. Un an durant, j'ai campé sous une bâche où était stocké le foin. Il était hors de question que j'abandonne mes animaux. D'autant que ce qu'on leur promettait m'horrifiait.

A de nombreuses reprises, les autorités m'ont en effet demandé d'euthanasier mes bêtes. Je dois avouer que j'étais tellement à bout que je me suis posé la question. Pourtant, et heureusement, je n'ai jamais pu m'y résoudre, ces élephantes ont toujours fait partie de ma famille et l'une d'elles a même appartenu à mon père...

C'est alors que j'ai rencontré Elise Baron, présidente de l'UMPA (Union Marocaine de Protection des Animaux), qui s'est démenée pour nous avec son association. Elle a lutté tant sur le plan pratique que sur le plan adminisratif pour nous sortir de cet enfer tandis qu'en France, j'ai pu compter sur l'aide et l'efficacité de Gilbert Edelstein, propriétaire du cirque Pinder. Après maintes péripéties, la situation s'est enfin débloquée au début de l'été...

Mais je n'étais pas au bout de mes peines. A ce moment-là, j'ai dû effectuer une quarantaine côté marocain, et attendre pas moins de 120 jours côté espagnol pour enfin avoir le droit de remonter en France et assurer la tournée avec le cirque Pinder.

Ouf, ça y est, nous y sommes ! A Paris jusqu'au 8 janvier puis en tournée dans toute la France. Alors n'hésitez pas à venir avec vos enfants et petits-enfants et apportez du pain et de la salade à mes éléphantes. Elles qui ne mangeaient que du foin sont devenues difficiles... Elles ont pris l'habitude, avec cette longue parenthèse marocaine, de manger des légumes, et désormais, elles en raffolent ! »

Propos recueilli par Marie Godfrain

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