France Dimanche > Témoignages > "Mon fils, tué et dévoré en prison par le Cannibale de Rouen"

Témoignages

"Mon fils, tué et dévoré en prison par le Cannibale de Rouen"

Publié le 26 février 2011

« C'est comme si j'avais toujours su que Thierry ne sortirait jamais vivant de la prison de Rouen. Je le disais d'ailleurs à ma famille, à mes voisins et même à Thierry : “T'es rentré là mais tu n'en ressortiras pas vivant.“ Mon fils me répliquait : “Mais si, Maman, je vais sortir.“ Malheureusement les faits m'ont donné raison. Mais j'étais loin d'imaginer dans quelles conditions mon petit était mort.

Ce 3 janvier 2007, la direction de la maison d'arrêt m'a laissé un message : il fallait que je rappelle d'urgence. J'ai rappelé. On  m'a annoncé la terrible nouvelle. Avant de m'écrouler, assommée par ce que je venais d'entendre, je n'ai pas pû m'empêcher de dire “encore un !“ . C'était le deuxième enfant que me prenait la prison. Mon autre fils s'y était suicidé quelques années auparavant. Ils avaient fait des bêtises, c'est certain, mais perdre ses enfants comme ça, c'est atroce.

Il était gentil, Thierry. C'était un bon garçon de 31 ans qui n'oubliait jamais de me souhaiter la fête des mères, qui partageait Noël avec nous et toutes les autres fêtes. C'est vrai qu'il avait son caractère, qu'il était un peu coléreux mais dans le fond c'était un bon gars. Il avait du cœur, il prêtait, il rendait des services. Même en prison, les gardiens n'avaient pas à se plaindre de lui. Mais il était fragile à cause d'un léger retard mental. En prison, il a eu des problèmes. On l'embêtait dans la cour, il se faisait racketter. J'allais le voir au parloir deux fois par semaine, le mardi et le vendredi. On passait deux heures ensemble. Il disait qu'il avait hâte de sortir et qu'il avait peur. Je vivais ça mal, j'étais angoissée.

Mais le plus choquant pour moi, c'est ce que lui a fait Nicolas Cocaign, son meurtrier. Le faire cuire... J'aurais toujours dans le cœur la façon dont ça c'est passé. Car après l'avoir frappé à coups de poing, à coup de genoux et même à coups de ciseaux, Cocaign a découpé un bout de poumon pour le cuisiner et le manger. Au procès, je suis sortie quand ils ont parlé de ça. Je ne pouvais pas entendre ces horreurs, c'était au-dessus de mes forces. Ce procès en juin a été une grosse épreuve à traverser. Je voulais voir la tête du tueur de mon fils et en même temps j'avais peur de croiser son regard. Dans la cour d'assises de Rouen,  il était en face de moi. Il me fixait, ne me quittait pas du regard. Je ne voulais pas baisser les yeux même si son visage presque entièrement tatoué me faisait peur. Il a dit qu'il regrettait mais il n'a pas donné d'explication à son geste. Il m'a demandé pardon, mais je ne l'ai pas entendu, ce sont des proches qui me l'ont répété. Même si je lui accordais mon pardon, ça ne me rendrait pas mon fils pour autant !

Nicolas Cocaign a pris 30 ans de réclusion, c'est une grosse peine mais moi j'aurais voulu qu'il prenne encore plus. Depuis la mort de mon fils, je ne suis plus la même. Je n'arrive pas à dormir, tout ça tourne dans ma tête. J'y pense tout le temps. »

Propos recueilli par Anéma Isaac

À découvrir

Sur le même thème