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"Mon frère s'est noyé en secourant une suicidaire"

Publié le 14 mars 2011

"Mon grand frère s'appelait Jean Ferrante, il avait 53 ans et était vendeur automobile. Il était célibataire et sans enfants. C'était une figure du quartier Saint-Laurent dans le centre ville de Grenoble où il est né, où il a grandi et où il habitait encore au moment où il y est mort. Le dimanche 22 août dernier dans la soirée, “Jeannot“ boit un verre en terrasse en compagnie d'amis près du pont Saint-Laurent qui enjambe l'Isère. Soudain, des gens commencent à s'agiter sur les rives toute proches.

En s'approchant, mon frère constate qu'une jeune femme s'est jetée dans l'eau et commence à se noyer. N'écoutant que son courage, et malgré le fort courant à cet endroit, il plonge dans l'Isère pour la secourir. Mais elle ne voulait pas être secourue. Elle se débat alors pour repousser Jean venu pour la sauver au péril de sa vie ! Désorientée par son attitude, il est alors été emporté par les flots après avoir réussi à la ramener vers la berge car c'était un très bon nageur. Ses amis, qui le guettaient depuis la rive, le perdent de vue. La suicidaire, elle, a tenu bon. Elle a finalement été secourue par trois hommes de police-secours arrivés sur les lieux. Il paraît même qu'elle a fait preuve d'une farouche résistance une fois sortie de l'eau. Elle se débattait. Elle criait qu’elle voulait mourir. Ils ont été obligés de la menotter pour éviter qu’elle ne leur échappe et qu’elle ne se jette de nouveau dans l’eau ! Elle a alors été emmenée en hôpital psychiatrique d'où elle serait sortie depuis. On nous a depuis appris qu'elle a vingt ans et que c'est n'est pas la première fois qu'elle tentait de se suicider.

Le geste de mon frère ne m'étonne pas, c'était quelqu'un de très généreux. Il était toujours disponible, toujours à l'écoute pour aider ceux qui n'allaient pas bien. Ce jour-là, il fallait qu'il fasse quelque chose, c'était dans sa nature. Une dame m'a dit que c'est son neveu qui aurait dû être à sa place mais Jean lui a dit “Laisse, j'y vais.“ Il a payé de sa vie son acte de courage. Il est mort en la secourant.

Ses voisins du quartier Saint-Laurent ont aussi été très choqués. Le corps de “Jeannot“ a été retrouvé neuf jours plus tard à Saint-Martin-le-Vinoux, trois kilomètres en aval. On nous appelés pour identifier le corps et c'était bien le sien. Il fallait le retrouver pour que nous puissions faire notre deuil. Le 4 septembre, aux obsèques, il y avait énormément de monde. Le maire de Grenoble, les officiers de police qui ont sauvé la suicidaire étaient là. Aujourd'hui, ses quatre frères et soeurs, ses huit neveux et son père, tous nous voulons nous battre pour honorer la mémoire de Jean. On est fiers de lui et du courage qu’il a eu. Il est mort en héros. Nous estimions qu'il méritait vraiment un médaille pour ce qu’il a fait et les autorités nous ont rapidement donné raison en lui en accordant deux, une de la Ville, une de l'Etat.

Le 23 septembre, une plaque commémorant son geste sera posée sur le pont Saint-Laurent et une autre sur les rives d'où il a plongé. Ce qui me choque, c'est que nous n'avons aucune nouvelle de la jeune fille qu'il a secourue, aucun remerciement rien. Nous avons d'ailleurs porté plainte contre elle."

Propos recueilli par Benoît Franquebalme

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