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Témoignages

“Mon rap est non-violent et familial”

Publié le 19 novembre 2013

Crazy Spleen, Asnières (Hauts-de-Seine)

Ce papa musicien a choisi de faire chanter avec lui, sur son deuxième album, sa fille Kiara, 9 ans, aveugle, et son fils Sonny, 10 ans. Une première en France !

« Un rap où l’on valorise la violence ? Très peu pour moi ! Un rap où l’on fait l’apologie du sexe ? Je n’en veux pas ! Un rap qui vante la drogue ? Je n’adhère pas ! Moi, je veux du rap propre, clean, qui dénonce et montre du doigt les maux de la société. Mais sans vulgarité ni insultes. On n’est pas là pour régler ses comptes !

Je fais du rap depuis l’âge de 18 ans. J’étais un adolescent en colère, car je suis un enfant de la Ddass qui a été baladé de foyers en familles d’accueil. Je n’ai pas connu mon père, ni mes frères. Quant à ma mère, je ne l’ai vue que quatre fois dans ma vie. J’étais toujours tout seul. Et la musique m’a aidé à exorciser mes démons. Je suis pour le rap positif, fédérateur. Je fais un pied de nez au rap français, au rap bling-bling qui vient des États-Unis ou d’ailleurs, car c’est du grand n’importe quoi ! Quand un ado regarde un clip et qu’un chanteur français balance : “C’est la fête des Mères, va niquer ta mère !”, je ne cautionne pas, voilà tout ! Et je le dis dans mes chansons ! “J’en ai ras le bol, ton rap, j’le dégomme, retourne à l’école !”

Tube

Pour mon deuxième album (Marchands 2 rêves, chez B.21 Industrie), j’ai décidé de faire participer ma fille Kiara, qui est aveugle de naissance, et mon fils Sonny, 10 ans. C’est elle qui un jour m’a demandé d’être présente sur mon clip. Elle adore la musique, étudie la guitare et le piano dans une école spécialisée, et voulait absolument faire partie du projet. Sur ce tube (Boss du rap game), Kiara rappe et Sonny chante. Les enfants sont mis en avant et nous volent même la vedette, à moi et à mon acolyte, Latino d’Arabia. Sur le clip, ma fille apparaît avec de grosses lunettes rose  fluo. Après l’enregistrement, elle m’a avoué que c’était “le plus beau jour de sa vie”. J’ai alors ressenti un immense bonheur pour ma petite de 9 ans, qui ne verra jamais la lumière du monde !

Ensemble, on vient même de terminer l’enregistrement d’un deuxième titre, Laisse-moi dans mon sommeil. C’est l’histoire d’un père qui aime dialoguer avec ses enfants. Kiara se lance et balance : “Je décris le monde sans couleur ; je vois le monde à ma manière parce que je suis une enfant handicapée…” Moi, je lui réponds : “Ma plus grande fierté, c’est de te voir grandir !”

Tendresse

Dans notre rap, on sait parler d’amour, de tendresse mais aussi du handicap ou de ce qui nous touche au plus profond de nous-mêmes. Chanter avec ses enfants sur un disque de rap, je crois que ça ne s’est jamais fait en France. Tant mieux : j’apporte quelque chose de différent ! En tant qu’artiste, il est toujours bon d’explorer de nouveaux horizons. Je suis fier de Kiara et Sonny, qui m’ont fait évoluer dans la vie. Avec le handicap de ma fille, j’ai dû prendre sur moi, mûrir, apprendre à me remettre en question. Petit à petit, j’ai appris à assumer sa cécité. Pendant un temps, j’ai même dû mettre ma carrière de musicien entre parenthèses. Mais aujourd’hui, on repart. Tous ensemble. Unis comme les doigts d’une main.

Et mes mots sont des messages d’avenir pour que tous les jeunes restent dans le droit chemin. “Rien ne t’empêche de rêver ; suis l’étoile de ta destinée, même quand le ciel se met à tomber…” Un peu d’espoir, ça fait drôlement du bien, non ? »

Propos recueilli par AC

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