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"Notre “ferme des rescapés“ abrite 400 animaux"

Publié le 15 mars 2011

"Depuis ma plus tendre enfance, je m'occupe d'animaux en détresse. En Allemagne, mon pays d'origine, je rapportais à la maison, souvent contre la volonté de ma mère, des oiseaux blessés que je soignais jusqu'à leur guérison. Protéger les animaux c'est mon destin. Soulager les souffrances des animaux c'est mon devoir. C'est comme une force en moi que rien ni personne ne peut arrêter. Avec mon mari, j'ai choisi depuis douze ans de vivre en France. Nous recherchions de l'espace et beaucoup de soleil. La région du Lot a comblé toutes nos attentes.

En Allemagne, j'étais sociologue et assistante sociale. En France, je suis maraîchère dans l'agriculture biologique. Mais j'ai aussi une autre activité : je m'occupe de plus de 400 animaux ! Nous avons 40 chèvres, 20 moutons, 80 chats, 15 cochons, 17 chevaux et plus de 100 oiseaux exotiques. Sans compter les cochons d'Inde, les poules, les chèvres...

Pourtant nous ne sommes pas fermiers, ce ne sont pas des animaux d'élevage ou promis à la vente. Tous ces animaux, nous les avons recueillis car ils étaient maltraités, en détresse ou destinés à l'abattoir. Avec ma fille de 17 ans, Morlind, je m'occupe d'eux de six heures du matin jusqu'à onze heures du soir, tous les jours. Soigner, nourrir, nettoyer : ces tâches nous absorbent complètement. Nous aurions bien besoin de quatre personnes en renfort, mais nous n'avons pas les moyens d'employer du personnel...

En attendant, je cours toute la journée en faisant cinq choses à la fois. Car s'il faut prend soin de tous nos pensionnaires, il ne faut pas négliger pour autant notre exploitation, qui est notre seule source de revenus. Les besoins sont énormes et nous n'avons aucune aide ni subvention. Par exemple chaque semaine, nous avons besoin de 30 sacs de litière. Trois machines à laver tournent en permanence pour laver les couvertures des animaux, et nous avons besoin chaque année de trois aspirateurs puissants pour le nettoyage. La facture de nourriture s'élève chaque mois à près de 860 euros. Et je ne parle pas des frais chez le vétérinaire ! Sans compter les travaux que nous avons effectués pour rénover une grange afin de mettre à l'abri les chevaux, ou encore la construction d'un grand parc clos pour les chats sauvages.

En 2009, nous avons créé une association, “La ferme des rescapés“, en espérant que les gens nous aideraient sous la forme de dons. Mais ça n'a rien donné. Si ce n'est qu'on nous apporte encore plus d'animaux! Malheureusement, je suis dans l'obligation d'en refuser car je ne peux pas tous les prendre. Il faut que je reste raisonnable : je ne peux pas tous les sauver ! Actuellement, j'en refuse cinq par jour. Je cherche d'autres solutions pour les placer, mais mes amis sont eux aussi débordés, comme tous les refuges de la région. Néanmoins, je prends les urgences, comme les cas de maltraitance.

Depuis un an, nous avons beaucoup d'appels de gens qui ne veulent plus de leurs animaux. Ils invoquent le chômage, un déménagement ou divorce. Ou alors ils n'ont pas mesuré leurs responsabilités en devenant propriétaire d'un chien ou d'un hamster. Ils se sont amusés avec lui les cinq premiers mois, et ensuite ils se lassent ou trouvent l'animal trop difficile à assumer. Pour moi cette réaction est incompréhensible. Il faut respecter les animaux en comprenant qu'ils ont leur caractère propre, que ce ne sont pas des jouets ou des peluches vivantes. Ce ne sont pas des bêtes mais des êtres qu'il faut respecter. Les gens ne semblent pas prêts à s'investir. Si on n'a pas le temps ni les moyens, il vaut mieux renoncer. Il faut réfléchir avant d'acheter à ce que cela va impliquer car les animaux, comme nous, vieillissent, sont parfois malades, ont besoin de compagnie, de soin. Je me souviens d'une dame qui devait partir en maison de retraite mais qui a quand même laissé sa chienne avoir une portée, juste pour le plaisir d'avoir des chiots. Quelques mois plus tard, lorsqu'elle a quitté son domicile, elle a abandonné la mère et les huit petits...

Même si je suis submergée par le travail, et parfois découragée par l'ampleur de la tâche, je ne cesse d'être récompensée. Mon plus beau cadeau, c'est de  voir qu'un animal maltraité revit chez nous, qu'il s'épanouit en pleine liberté, en plein soleil, qu'il refait confiance aux êtres humains. D'ailleurs je conseille aux gens de prendre plutôt des chiens des refuges que des chiots. Contrairement aux idées reçues, ces chiens-là s'adaptent très bien à leur nouvel environnement et ils sont tellement reconnaissants envers leur nouvelle famille!

À travers mon témoignage, je voudrais aussi lancer un appel à tous les lecteurs de France Dimanche : merci de nous aider, au moyen de dons matériels ou financiers ! Vous pouvez aussi parrainer un de nos animaux. Nous avons besoin de tout et de tous ! Si vous passez dans notre belle région, n'hésiter pas à nous rendre visite : vous serez toujours les bienvenus !"


www.lafermedesrescapes Tél. : 05 65 36 64 85 visites sur rendez-vous.

Propos recueilli par Anéma Isaac

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