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Témoignages

“Nous avons fourni des poules aux villageois pour réduire les ordures”

Publié le 27 juin 2013

De Nicole Foucault, Pincé (Sarthe)

Dans ce village, les volailles se chargent de manger les déchets organiques. Résultat : des poubelles allégées, moins d’impôts. Et en plus, des œufs frais pour les habitants !

« Tout a commencé par une boutade, en mars 2012. Pour suivre les recommandations de la loi Grenelle 1, chaque commune doit instaurer une redevance incitative pour diminuer la collecte des ordures ménagères : les ménages ont moins à payer si le camion a moins de poubelles à vider.

C’est à l’issue d’une réunion du conseil municipal que Sylvie Testier, conseillère, et moi, première adjointe au maire de Pincé, avons eu cette idée : diminuer notre volume de détritus en nourrissant des poules grâce à nos déchets organiques [pain, épluchures de légumes, croûtes de fromages… ndlr]. En consultant des articles, nous avons vu que ce volatile vorace peut en manger entre 150 et 200 kg par an. Nous avons pensé que grâce à ces bêtes, les poubelles pourraient être allégées et les levées moins nombreuses. En outre, les poules pondent entre 250 et 300 œufs par an. Une aubaine en pleine période de crise !

Adoption

Nous avons donc imaginé de proposer à nos administrés d’adopter deux poules par foyer. L’idée a d’abord fait “glousser”. Mais très vite, Lydie Pasteau, maire du village, a débloqué 600 euros pour acheter 64 poules pondeuses de Loué. Le 21 septembre dernier, sous l’œil de nombreux appareils photo et caméras, elle a remis deux gallinacés et un sac de grain (aliment de transition) à chacun des 32 foyers volontaires sur les 92 que compte la commune. Lors de cette cérémonie, parrainée par Jean-Pierre Coffe, les ménages ont signé un contrat par lequel ils s’engagent à offrir aux volailles le gîte et le couvert pendant au moins deux ans. À notre grande surprise, notre initiative a été largement relayée par la presse et, depuis, d’autres villes s’y sont mises [Simandres et Montagny (Rhône), Flagey (Doubs), ndlr]. Tant mieux !

Nous n’avons rien inventé ! Nous avons tous vu nos grands-parents ou même nos parents élever des poules au fond du jardin : ils leur donnaient les restes et, en contrepartie, ils avaient des œufs frais toute l’année. Pour accueillir ces volatiles, certains habitants ont acheté un poulailler, d’autres en ont bricolé un. Quant à ceux qui ne pouvaient ou ne souhaitaient pas en avoir, ils ont mis leurs poules en pension chez des voisins et leur apportent régulièrement leurs déchets. Ils partagent ensuite les œufs.

Cela crée du lien social. Des gens qui ne se parlaient pas se demandent désormais des nouvelles de leurs poules respectives. Tous les habitants sont ravis. Et il ne faut pas négliger l’aspect pédagogique : cela responsabilise les enfants, ils apprennent à fermer la porte du poulailler derrière eux, à nourrir un animal, et réalisent que les œufs ne sortent pas des boîtes ! Notre initiative permet aussi de faire des économies. Mes poules, par exemple, permettent à mon foyer composé de trois personnes de sortir ses poubelles une fois toutes les six semaines seulement (au lieu de deux auparavant) et, en plus, nous avons deux œufs frais par jour !

Seule ombre au tableau : deux poules ont disparu, sans doute mangées par un renard. C’est promis, les autres ne finiront pas en cocotte ! »

Propos recueilli par Florence Heimburger

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