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Nous possédons la plus grande collection cinématographique du monde

Publié le 10 septembre 2015

François et Hervé Loubeau, Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)

Ces jumeaux de 51 ans ne vivent que pour le 7e art. Ils ont fait des films, collectionnent les caméras d’un autre temps, ainsi que des documents rares et rêvent de voir leur musée ouvrir bientôt ses portes.

« On nous surnomme les “frères Lumière”, c’est dire… Au fil des ans, nous avons amassé la plus grande collection cinématographique du monde : plus de 8 000 objets (vieilles caméras, projecteurs anciens, lanternes magiques du xixe siècle, haut-parleurs à membrane d’époque…) et quelque 80 000 documents (lettres manuscrites de Laurel et Hardy, courrier original d’Abel Gance ou de Georges Méliès, l’inventeur des effets spéciaux) qui retracent l’histoire du cinéma. Un trésor éparpillé dans 21 lieux de stockage différents !

Mais ici, à Montreuil-sous-Bois, c’est notre QG, notre cabinet de curiosités qui regorge d’objets insolites : là, trône une caméra qui a servi en 1966 au tournage de La grande vadrouille. Dans un coin, la Palme d’or du premier Festival de Cannes – en 1939 –, récompense qui ne fut d’ailleurs pas attribuée en raison de la déclaration de la guerre, et que nous avons achetée 18 000 euros dans une vente aux enchères. Là-bas siège la toute première caméra de l’histoire fabriquée par Léon Bouly en 1888.

En fait, nous avons rassemblé plus d’un siècle de techniques de l’image et du son. Et depuis quinze ans, Hervé et moi sillonnons la France pour montrer nos expositions sur l’origine du cinéma et l’histoire de la télé au temps de l’ORTF. Il faut bien faire vivre ces archives si précieuses…

Ils ont accumulé depuis des décennies les trésors du 7e art
Ils ont accumulé depuis des décennies les trésors du 7e art

Débrouillardise

Tout jeunes déjà, on adorait le ciné. Dès l’âge de 7 ans, on aménageait le grenier familial à Issoudun (Indre) où nous vivions alors. On l’avait transformé en salle de cinéma et on projetait des images fixes puis des images animées… On avait reçu pour Noël un projecteur de diapositives. Très vite, on a commencé à inviter les copains le jeudi après-midi à la maison pour une séance d’un quart d’heure suivi d’un goûter.

Quelle ambiance ! On avait un écran de deux mètres sur trois, un vague rideau, des lampes de poche pour qu’il n’y ait pas trop de lumière. Notre père, conseiller principal d’éducation, et notre mère, infirmière, nous offraient des films super-8 : des Walt Disney, mais aussi des Don Camillo, Tarzan, Laurel & Hardy. C’était dans les années 70. On devait être gentil, je suppose, pour recevoir tous ces cadeaux…

On voulait faire comme les grands, alors on faisait payer les séances : 30 centimes à l’époque ! Pour avoir un peu d’argent de poche et s’acheter encore et toujours des films. Un jour, on a voulu se lancer et réaliser un long-métrage. Pour cela, il fallait piquer la caméra de notre père, et économiser pour s’acheter un peu de pellicule (les trois minutes coûtaient à l’époque 60 francs). Le premier film qu’on a terminé concernait les monuments d’Issoudun. Il doit se trouver dans l’un des 3 000 cartons que l’on n’ouvre plus !

François 3 HervéÀ 14 ans, Hervé et moi sommes passés à la vitesse supérieure. On a embrigadé sept potes et quelques professeurs consentants pour tourner au lycée une comédie qu’on avait imaginée : celle d’un pion à qui il arrive mille mésaventures ! On s’est beaucoup amusé. Le succès était au rendez-vous puisqu’on a même pu projeter le film (de 1 h 38) dans plusieurs écoles de la région.

On a été atteints de collectionnite plus tard, lorsque la veuve d’un fabricant de matériel cinématographique nous a proposé des super caméras destinées… à la poubelle ! Notre sang n’a fait qu’un tour. Depuis trente ans, nous écumons les ventes aux enchères spécialisées, les brocantes ou les foires pour étoffer notre trésor. On s’est constitué un petit réseau de collectionneurs passionnés qui ont tous – en vain – tenté de créer leur propre musée du cinéma.

Et depuis peu, Hervé et moi rêvons d’acheter une propriété à retaper près de Sens, dans l’Yonne : 6 000 m2 au service du cinéma… Le rêve de notre vie, bien sûr ! Ce serait l’occasion pour nous de rouvrir nos cartons pour exposer tous nos objets et archives. On recherche donc des mécènes, des sponsors et des gens de bonne volonté pour nous aider à relever notre fabuleux défi. »

www.lecinemasexpose.com

Alicia Comet

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