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Olivier Peyre : “Mon tour du monde zéro carbone !”

Publié le 13 septembre 2018

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Il y a dix ans, ce passionné a choisi de ne recourir qu’à des modes de déplacement non motorisés. Il a rencontré des milliers de personnes et vécu des aventures incroyables. Son périple aura duré sept ans.

«J’avais 14 ans quand mon grand frère a traversé la France à vélo : cela m’a fait réaliser que l’on pouvait parcourir ainsi tout un pays.

Et le 11 juillet 2008, à 28 ans, alors que je débutais une carrière d’ingénieur en aéronautique et venais de rencontrer Nadège Perrot, qui allait devenir ma compagne, j’ai entrepris un tour du monde sans aucun moyen motorisé.

Je souhaitais réaliser ce rêve en  ne faisant aucun mal à la planète.

Il m’aura donc fallu six mois de préparatifs minutieux pour trouver des partenaires, sponsors et médias, le bon matériel et définir mon itinéraire. Je voulais aussi sortir des sentiers battus pour toucher le monde

J’ai commencé par franchir les Pyrénées à vélo !

Mais l’aventure a véritablement débuté lorsque, arrivé en Espagne, je me suis retrouvé… étranger !

Puis, j’ai traversé en ferry le détroit de Gibraltar, c’était le seul moyen d’y parvenir et la première exception à la règle fixée.

Arrivé au Maroc, j’ai décollé avec mon parapente du sommet du Toubkal à 4 167 m ; j’avais eu l’occasion de goûter à ce sport où le sentiment extrême de liberté fait oublier le risque.

Dépouillement

Il m’a fallu trois jours d’exploration de la marina d’Agadir avant de rencontrer un couple de Bretons qui ont bien voulu me prendre à leur bord pour franchir l’Atlantique.

Sur leur voilier, je suis passé sans transition d’un dépouillement choisi à un luxe indécent, comparé à ma vie à vélo.

Après trois mois de traversée sur cette belle embarcation, et d’autres qui suivirent, je rejoins Salvador de Bahia.

Sur mon vélo, je suis à nouveau seul maître à bord.

Et c’est parti pour des milliers de kilomètres en Amérique du Sud : Rio de Janeiro, puis l’Argentine, où je franchis le col enneigé d’Uspallata à plus de 4 000 m.

J’apprendrais plus tard que le versant chilien est… miné !

Pour traverser le désert extrêmement aride d’Atacama, Nadège me rejoint ; le silence y est assourdissant.

En Bolivie, à près de 4 500 m d’altitude, la piste sableuse nous oblige à pousser nos montures.

Puis vient la traversée dans les Andes, du Salar d’Uyuni, la plus grande étendue de sel au monde (200 km de long sur 100 de large).

Le parapente tire les vélos, on avance !

Après six mois passés ensemble, Nadège repart du Pérou pour regagner la France.

Je me fais doucement à l’idée que mon voyage durera plus longtemps que prévu.

Je traverse l’Altiplano à vive allure.

En Colombie, j’improvise une conférence dans une école pour inciter les élèves à réaliser leurs rêves ; je le ferai ensuite régulièrement et avec plaisir, suscitant souvent l’étonnement des enfants à la pensée de quitter sa famille si longtemps.

A Carthagène, j’ai dû prendre un voilier pour rejoindre Panama : il s’agissait d’éviter le Darién Gap, une jungle particulièrement dangereuse contrôlée par les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie).

J’ai embarqué à bord d’un voilier barré par d’anciens détenus pour quatre jours de traversée sur la mer des Caraïbes, on se serait cru en compagnie de pirates. 

Je retape des bateaux à Panama pour gagner un peu d’argent et pouvoir poursuivre mon aventure.

Déjà 2010 !

Aux Galápagos, je découvre l’iguane marin et, aux Marquises, la dernière demeure de Gauguin et de Brel, côte à côte, dans un cadre paradisiaque.

Cap sur Tahiti en superyacht. Nadège m’y retrouve.

Nous restons plus d’une année en Nouvelle-Calédonie.

On ne se lasse pas d’explorer le lagon et sa multitude d’espèces sous-marines.

Je fixe les découvertes de chaque journée : en sept ans d’aventure, j’aurais noirci 33 carnets, qui m’aideront à écrire mon livre*.

Je travaille un temps comme ingénieur dans l’éolien puis, en Nouvelle-Zélande, je suis vendeur d’art, avnat de  monter mon entreprise de polishing (nettoyage) de bateaux en Australie.

Après un an de séparation, je retrouve Nadège en Asie du Sud-Est.

Il me faudra aussi reconquérir son cœur : à cause de notre éloignement, le doute s’était installé dans son esprit.

Rédaction

A nouveau seul en Chine, je survole à 4 000 m d’altitude les rizières étagées du Yunnan en parapente ; je goûte le froid au Tibet ; et je rencontre par hasard l’aventurier Mike Horn…

En Turquie, lors de mon ascension du mont Ararat, le sommet le plus élevé du pays (5 137 m), je réchappe miraculeusement à des tirs de missiles autour de mon bivouac : on soupçonne la présence de membres du PKK (Partis des travailleurs du Kurdistan).

C’est une autre leçon que je tire de mon voyage : mieux vaut se tenir informé !

Sinon, on fait des choix irresponsables et on se met en danger.

J’ai aussi appris à vivre de peu, tout en faisant des choses incroyables que je raconte dans mon récit.

Fin 2015, après 104 759 km parcourus et 2 727 jours sur les routes du monde, c’est le retour à Grenoble, qui m’a vu grandir ; je suis fêté par une centaine de personnes.

Après m’être installé avec Nadège dans les Hautes-Alpes, j’ai terminé la rédaction de mon manucrit.

Aujourd’hui, je m’efforce de transmettre des valeurs d’optimisme et mes convictions lors de conférences (écoles, associations, entreprises…).

J’ai aussi des films d’aventures ou documentaires en projet.

Nous pouvons changer nos modes de vie : notre planète le vaut bien.

Quand on me demande quel est le lieu idéal pour vivre, je réponds que l’endroit le plus beau du monde c’est ici et maintenant. »

* En route avec aile.
Un tour du monde sans moteur de 7 ans à vélo,
voilier-stop et parapente
,
d’Olivier Peyre, éd. du Chemin des crêtes

http://www.chemindescretes.fr/

Pour en savoir plus : http://www.enrouteavecaile.com 

Florence HEIMBURGER

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