France Dimanche > Témoignages > “On me refuse la garde partagée de mes enfants 
parce que je suis transsexuelle”

Témoignages

“On me refuse la garde partagée de mes enfants 
parce que je suis transsexuelle”

Publié le 27 octobre 2017

Deux ans après le début de son traitement hormonal, ce père de famille devenu femme, se bat contre 
les idées reçues sur la transsexualité.

Christelle, Flobecq (Belgique)

Christelle se bat aussi contre une justice rétrograde qui lui refuse de voir ses trois garçons comme tout parent en a le droit.

«Je suis une femme à part entière, je suis aussi le père de mes trois fils et ça ne changera jamais. Et même si c’est un combat ardu et pénible, je ne regrette absolument pas mon choix.

Dès mon plus jeune âge, j’ai compris que je n’étais pas comme les autres. Je ne savais pas comment me comporter avec les filles et les garçons. Alors pendant des années, je n’ai pas eu de vraie relation amoureuse.

Puis j’ai rencontré mon épouse il y a vingt ans. Nous avons vécu une belle histoire, je l’aimais vraiment très fort. Nous avons d’ailleurs eu trois garçons aujourd’hui âgés de 5, 7 et 11 ans, des enfants formidables.

Christelle demande à être traitée comme un être humain
Christelle demande à être traitée comme un être humain

Perturbant

à l’époque, j’étais un homme et je souffrais de mon identité, mais je ne savais pas pourquoi. Alors parfois, je me travestissais en femme. Mon épouse était au courant, mais ne souhaitait pas creuser le sujet. Pour elle, c’était une sorte de jeu.I

l y a trois ans, j’ai enfin obtenu des explications sur mon mal-être. Sur Internet, j’ai découvert qu’en réalité j’étais une femme née dans le mauvais corps ! Ça m’a bouleversée et il n’était plus possible de continuer à me mentir. En même temps, il était très difficile de voir s’écrouler tout ce que j’avais construit, une vie de papa, de couple et les relations avec mon entourage.

Lorsque j’ai annoncé à mon épouse que je voulais entamer un traitement hormonal pour devenir une femme, elle a été blessée et a demandé le divorce. À ma mère, je n’ai pas osé le dire tout de suite, mais elle a bien remarqué que je n’étais pas bien, que je ne mangeais plus beaucoup et que je me féminisais. Elle a fini par croire que j’étais malade du sida. Alors je lui ai tout raconté. Elle a accepté, a été très forte, et m’a beaucoup épaulée.

Notamment pour affronter les audiences au tribunal, car avec mon ex-épouse, c’est la guerre pour faire valoir mes droits. Dans un premier temps, le tribunal m’a donné tous les torts. Pour les juges, il était inconcevable que je sois une femme et un père. J’étais considérée comme un travesti, un exhibitionniste malsain qui maltraitait ses enfants. On m’a tout reproché. Si bien qu’au premier jugement, je n’ai eu le droit de voir mes fils qu’une fois tous les quinze jours, sous la surveillance d’un tiers, comme si j’étais une criminelle !

Après huit audiences, j’ai enfin obtenu l’autorisation de recevoir mes enfants chez moi un week-end sur deux, mais on me refuse toujours de les voir la moitié des vacances scolaires, comme c’est le cas pour n’importe quel parent. La raison ? Ils ne seraient soi-disant pas en sécurité avec moi.

J’ai pourtant un logement, un travail stable et je les ai quand même élevés pendant des années. On n’a rien à me reprocher. Cette situation est évidemment très perturbante pour eux et nous en parlons ensemble dès qu’ils ont des interrogations. Je reste leur papa, le premier mot qu’ils ont prononcé d’ailleurs.

Simple

À mon travail, j’ai été embauchée en tant qu’homme comme assistant de gestion pour les chemins de fer belges et la transition s’est très bien passée. Mes collègues acceptent ma situation, je ne souffre d’aucune discrimination.

Il faut que les juges, services sociaux et avocats comprennent que je n’ai pas fait le choix de devenir une femme par caprice. C’était une nécessité vitale. Je n’ai aucune exigence si ce n’est qu’on me respecte en tant qu’être humain.

Mon souhait est de vivre comme une femme ordinaire, sans extravagance ni revendication. Je suis quelqu’un de simple qui voudrait poursuivre sa vie normalement. Malheureusement la transidentité n’est pas encore admise, ni banalisée dans notre société. Je sais que le chemin est encore long, mais je ne baisserai pas les bras. »

Marine Mazéas

À découvrir

Sur le même thème