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"Par petits bouts, je fais revivre le paquebot “France“"

Publié le 4 mai 2011

« Entre le France et moi, c'est une histoire d'amour qui remonte à l'enfance. Lorsque j'avais une dizaine d'années, j'habitais au Havre avec mes parents, et nous allions le voir tous les dimanches. Sur le Quai de l'Oubli, où il était amarré depuis la fin de son exploitation, nous passions des heures à l'admirer. Cet immense paquebot était la vitrine du savoir faire de nos chantiers navals ! Nous ne pouvions néanmoins réprimer notre chagrin : comment une telle merveille avait elle pu être abandonnée par la France, qui le laissait croupir loin des océans. Le 18 août 1979, alors que le France avait été vendu à une compagnie maritime étrangère, je me suis joins avec mon père aux centaines d'Havrais qui ont manifesté contre son départ pour les Caraïbes. Notre colère n'y a hélas rien changé : il a disparu à l'horizon et je n'en ai plus entendu parler pendant de nombreuses années.

Tout au fond de moi pourtant, j'espérais qu'un jour viendrait où je pourrai le revoir. En 2001, le rêve a fini par se réaliser ! A cette époque, j'étais sommelier dans un grand restaurant d'Avignon lorsque mon patron m'a proposé de travailler quelques semaines sur un paquebot. C'était une formidable opportunité et j'ai bien sûr accepté, sans me douter encore que le navire sur lequel j'allais embarquer n'était autre que le France ! Devenu le Norway depuis qu'il avait été racheté par un armateur norvégien, il venait d'être loué pour une dernière croisière en Méditerranée ! De ma vie, je n'oublierai jamais l'émotion qui m'a envahi lorsque, sur un des quais de la cité phocéenne, j'ai redécouvert cet immense bateau !

Avec ses 300 mètres de long, sa proue effilée comme une lame de couteau, ses deux cheminées profilées et ses centaines de hublots, il était aussi impressionnant que dans mes souvenirs ! Quant au luxe de l'intérieur, il était à la mesure de ce que j'avais toujours imaginé : partout, une moquette si épaisse que j'avais l'impression de marcher sur un coussin d'air, de magnifiques chambres dont certaines avec leur propre petit salon, d'immenses salles de spectacles dont la plus grandiose était recouverte d'une incroyable coupole étoilée, plusieurs gigantesques restaurants dans lesquels j'ai servi les plus grands vins, une bibliothèque, des piscines ... . A bord, mon voyage fut tellement extraordinaire qu'il a démultiplié la passion que j'éprouvais déjà pour le France. Alors quelques années plus tard, lorsque j'ai su que sa destruction avait débuté, je me suis juré que je ferai tout pour sauvegarder sa mémoire.

Pour ce faire, j'ai décidé de récupérer le maximum d'objets lui ayant appartenu. Mes premières “raretés“, je les ai d'ailleurs reçues par la Poste : une dame âgée avec laquelle j'avais sympathisé à bord m'a envoyé 2 menus d'un des restaurant du France, datés de 1969, qu'elle avait conservés d'une croisière faite dans sa jeunesse ! C'est ensuite en parlant de ma passion à des clients de la cave où je travaille, que certains d'entre eux m'ont donné d'autres “antiquités“ : par pure coïncidence, des membres de leurs familles avaient navigué sur le célèbre paquebot et en avaient ramené des boites d'allumettes, des cendriers, des petites cuillères, des boites à gâteaux, des casquettes et même des bouteilles de vin ! On m'a aussi offert de magnifiques maquettes ! Mais la plus belle pièce que je possède reste l'un des énormes maillons de la chaîne métallique du navire : une pièce qui pèse plus de 70 kg et que j'ai réussi à récupérer il y a deux ans en Inde, dans l'une des entreprises chargées de la démolition du France...

Chez moi, ce ne sont aujourd'hui pas moins de 200 objets de collection qui me rappellent quotidiennement l'épopée de ce fabuleux bateau. Et comme mon but n'est pas d'être le seul à les admirer, je souhaiterais dorénavant leur consacrer toute une pièce de ma maison pour que d'autres passionnés, qui n'ont pas eu la chance de monter à bord du France, puissent à leur tour vivre la magie de ce fabuleux navire. Il mérite tant qu'on ne l'oublie pas !"

Vous voulez aider Frédéric à nourrir sa collection, contactez-le : fvandecave@modulonet.fr

Propos recueilli par Thierry Lopez

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