France Dimanche > Témoignages > Patrick Bousquet : “Les papillons, c’est toute ma vie !”

Témoignages

Patrick Bousquet : “Les papillons, c’est toute ma vie !”

Publié le 16 septembre 2018

.photos:thierry-lopez
© Thierry LOPEZ Patrick Bousquet

Ce passionné a créé une ferme d’élevage de ces insectes exotiques pour les faire découvrir au grand public.

«En France, il y a peu de structures comme la nôtre, et pour la plupart, elles n’hébergent que des papillons vivant dans notre Hexagone.

Alors, quand j’ai voulu ouvrir une serre pour exposer des spécimens ­tropicaux en plein Vaucluse, les ­responsables de la chambre d’agriculture locale m’ont pris pour un fou.

Mais ça ne m’a pas découragé et je me suis battu pour mener à bien mon projet.

Je suis tombé amoureux de ces insectes vers 6 ou 7 ans.

À cette époque, parti en colonie et muni de mon premier filet de capture, j’ai passé mes vacances à attraper et à observer des lépidoptères locaux.

Et ç’a été le coup de foudre !

D’abord pour leur beauté : leurs ailes multicolores sont vraiment de fascinantes peintures vivantes.

Leurs teintes multiples ont une utilité : les plus vives servent à éloigner les prédateurs, car dans le monde animal les coloris criards sont souvent synonymes de danger !

Pour éviter d’être mangés, d’autres papillons ont recours à des stratagèmes plus aboutis.

Le Caligo eurilochus, par exemple, a des ailes qui ressemblent à une tête de chouette, ce qui est assez dissuasif !

Quant à celles du papillon feuille, elles se fondent tellement dans le décor qu’elles rendent quasiment invisible son propriétaire !

Transformations

Mais c’est aussi la magie de leurs transformations qui m’a conquis chez ces insectes.

Car au commencement, chacun d’entre eux n’est qu’une minuscule chenille qui, après s’être extraite de son œuf, va muer à plusieurs reprises pour se transformer en chrysalide et se métamorphoser enfin en un magnifique être volant !

Il faut voir comment, juste après avoir sorti ses ailes au prix d’un effort colossal, le papillon frais éclos les alimente de pulsions de sang pour les gonfler et leur donner forme et rigidité !

Je ne pouvais résister à l’envie de faire découvrir cette merveille de la nature au grand public : ainsi, après une formation dans un centre spécialisé à Montpellier, j’ai ouvert ma ferme d’élevage que j’ai appelée « Le Carbet amazonien ».

Chaque année, ma compagne Michèle et moi avons le plaisir d’y accueillir près de 16 000 visiteurs !

À leur arrivée, ils peuvent visiter une salle d’exposition pour tout apprendre sur mes insectes fétiches et découvrir ma collection de certaines de leurs espèces.

Mais le clou des lieux est évidemment notre serre de 500 m2 où règnent une température d’environ 30 °C et une hygrométrie record, propres à l’épanouissement de nos pensionnaires.

Ce havre abrite en permanence près de 400 lépidoptères multicolores, répartis en une quarantaine d’espèces tropicales, dont certaines atteignent des envergures impressionnantes.

Ces insectes y évoluent au milieu de plantes exotiques dont les fleurs chargées de nectar servent de garde-manger.

Mais certains sont frugivores et nous leur donnons par exemple des bananes mûres, dont ils se délectent sous les yeux ébahis des touristes.

Nos papillons ne peuvent vivre sereinement qu’au prix d’une sécurité hors norme.

Ils ont en effet de nombreux prédateurs dont il nous faut les préserver.

C’est pourquoi les murs de notre structure s’enfoncent profondément dans le sol afin qu’aucun rongeur extérieur ne puisse pénétrer notre enceinte.

Une précaution similaire s’applique vis-à-vis des fourmis, des guêpes, des araignées et, plus grave, des mantes religieuses qui pourraient entrer dans notre serre, cachées par exemple dans les nouvelles plantes que nous y installons.

Ces dernières sont donc toutes scrutées minutieusement pour en éliminer les intrus éventuels.

Et nous y passons un temps fou, d’autant que nous ne pouvons utiliser aucun agent chimique éradicateur !

Mais le pire, ce serait qu’une bactérie tueuse ou qu’un virus s’introduise dans notre écloserie !

C’est pour cela que les mesures d’hygiène et de vigilance sont également drastiques et que le public n’y est pas admis !

Hybrides

C’est à ce prix que, chaque semaine, naissent trois cents nouveaux papillons, issus de chrysalides importées de l’étranger ou de pontes locales.

Car, évidemment, nos propres lépidoptères se reproduisent !

Ce qui donne parfois le bonheur d’obtenir des hybrides lorsque deux individus de la même famille mais d’espèces différentes parviennent à s’accoupler.

Dernièrement d’ailleurs, un spécimen est né avec des teintes orangées qui sont absentes chez ses géniteurs !

Il est donc unique et très rare !

Et pour l’entomologiste que je suis, c’est une merveille parmi les merveilles !

Une formidable récompense du travail que nous réalisons ici pour que nos protégés vivent dans les meilleures conditions, les dix ou vingt jours que dure leur courte vie.

Preuve que la beauté est souvent éphémère. »

Le Carbet amazonien : Route de Pernes - D938 - 84740 Velleron. Tél. 09 71 57 79 87.

Thierry LOPEZ

À découvrir

Sur le même thème