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de France !”

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Pierre : “Je suis le meilleur brameur 
de France !”

Publié le 26 octobre 2017

Ce conseiller en gestion de patrimoine de 57 ans passe son temps libre 
en forêt pour s’essayer 
au brame, le cri que fait 
le cerf à la période du rut au début de l’automne.

Pierre Schmidt,Breuschwickersheim (Bas-Rhin)

Et Pierre vient juste de remporter 
le concours du meilleur Français 
de sa discipline ! «J’ai grandi en lisière de forêt et je suis toujours très proche de la nature dans cette vallée de la Bruche où je vis. Adolescent, je faisais beaucoup de photos animalières. Avec mon appareil, je traquais chevreuils, sangliers et surtout cerfs qui restent les rois de la forêt.

Le cerf est l’animal le plus majestueux mais aussi le plus discret, le moins visible. Difficile à repérer tout au long de l’année, sauf pendant sa période de rut qui se déroule entre le 15 et 30 septembre. C’est alors qu’il sort, désire se faire entendre par ses congénères.

Par son cri à destination des biches, il annonce qu’il est prêt à les servir. À ses concurrents, il indique qu’il est l’heure d’en découdre, de tenter de les intimider… C’est bien entendu, pour nous humains, un moment privilégié pour l’apercevoir et tenter de communiquer avec lui en imitant le cri qu’il produit.

VAP 3709 Pierre SchmidtRare

J’ai toujours eu envie d’entrer en communication avec les cerfs. Quand j’étais jeune, je partais me balader en forêt avec mon magnéto et l’enregistrement d’un brame. Mais ce n’était pas assez puissant. Ensuite, j’ai essayé en emportant un grand sceau de vingt litres qui faisait résonance. Je le reconnais, c’était un peu du bricolage de faire vibrer ses cordes vocales dans un sceau en plastique…

Petit à petit, je suis également devenu chasseur. Mais j’avoue faire davantage de photos. Il y a trois ans, j’étais en déplacement au parc de Sainte-Croix, situé près de Sarrebourg (Moselle), avec ma petite fille de 7 ans. Je voulais qu’elle entende le brame du cerf. Dans cet endroit magnifique, il y en a une quarantaine qui évolue en toute liberté. Et c’est aussi là que se déroule chaque année le championnat de France d’imitation du brame.

Il faut rappeler que le cerf est devenu très rare dans nos forêts vosgiennes car il fait paraît-il trop de dégâts dans les plantations de sapins ! J’en suis le premier désolé et attristé. Mais c’est la réalité.

Après avoir été sollicité par l’animateur du parc animalier pour participer au concours annuel, je me suis présenté en 2015. Je suis venu avec mon tuyau en PVC pour souffler dedans et je suis arrivé troisième ! J’ai ensuite commencé à bramer avec une corne de bœuf creusée. Aujourd’hui, on trouve aussi de nombreux appeaux en plastique ou en bois. J’utilise désormais un appeau en bois que j’ai acheté sur un site allemand et qui, selon moi, a une meilleure résonance.

En 2016, j’ai de nouveau participé au concours où je suis encore arrivé troisième. On y prend goût ! J’avoue aussi que je m’exerce tous les matins pendant trois à cinq minutes. Il faut bien préparer ses cordes vocales pour les faire vibrer de manière à produire ce son unique.

Le 10 septembre dernier a eu lieu la cinquième édition du championnat national et cette fois je suis arrivé premier ! Une fierté, une reconnaissance, une satisfaction personnelle… Même si nous n’étions que dix concurrents. Pour être un bon brameur, il faut avoir une vraie passion pour ce cervidé si imposant et unique. Il faut aussi de la persévérance (pour bien bramer, on doit s’entraîner très régulièrement !) et des écoutes fréquentes : je vais ainsi souvent sur YouTube pour réentendre les cerfs s’exprimer… car on ne les entend plus guère dans nos forêts !

L’an dernier, j’ai eu l’immense plaisir et le bonheur de bramer dans la forêt et d’être accompagné par deux cerfs dont l’un s’est approché à vingt mètres de moi. J’ai même réussi à le prendre en photo… Et c’est sûrement mon plus beau cliché ! »

Alicia Comet

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