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« Poignardé 19 fois, on dit que je suis coupable ! »

Publié le 21 juin 2012

Lardé de coups de couteau, Giraud, 46 ans, n'a survécu que par miracle. Plus de huit ans plus tard, non seulement son agresseur présumé n'est pas jugé, mais c'est lui, la victime, qui se retrouve accusé...

« Allongé sur le sol, baignant dans mon sang, j'entendais à peine les pompiers qui m'encourageaient à garder les yeux ouverts. Tout tournait autour de moi : les immeubles de la cité des Hautes-Bergères, aux Ullis, dans l'Essonne, les badauds qui me regardaient agoniser, et les visages des urgentistes occupés à me transfuser. Après deux heures de  soins, on m'a chargé dans une ambulance et transporté, sirènes hurlantes, à l'hôpital. C'est là que j'ai repris connaissance après huit jours de coma, pour me retrouver face à deux policiers. Ils m'ont expliqué que j'avais reçu dix-neuf coups de couteau, puis m'ont annoncé que j'étais mis en examen : l'homme qui avait voulu me tuer avait porté plainte contre moi !

Pour comprendre cet incroyable imbroglio judiciaire, il faut remonter au 23 janvier 2004. Ce jour-là, je dois récupérer ma fille, âgée de 5 ans, dont j'ai la garde un week-end sur deux. Nous devons nous retrouver devant une supérette, près du domicile de mon ex-femme. Cette dernière arrive au rendez-vous sans la petite. En revanche, son nouveau concubin, un grand type costaud au crâne rasé, l'accompagne. Elle refuse de me laisser ma fille, puis, après un début de dispute, tourne les talons. Je la suis pour tenter de la convaincre. Rien à faire, elle traverse le hall de son immeuble et ouvre la porte de son appartement en rez-de-jardin. C'est alors que son concubin, qui marchait derrière moi, me frappe à la tête avec une lampe torche.

J'ai voulu fuir, mais mon agresseur me barrait le passage, alors je me suis engouffré dans le local à poubelles, pensant pouvoir m'échapper par la porte donnant sur la rue. Hélas, elle était fermée à clef. J'étais pris au piège ! Pire : mon ex-femme a bloqué la porte par laquelle j'étais entré, me coupant ainsi toute retraite. L'instant d'après, son concubin a surgi. La lame d'un couteau à viande brillait dans sa main.

Le premier coup m'a atteint dans le cou. Le sang a giclé et j'ai senti mon bras gauche sans vie. Face à moi, l'autre balançait sa lame, encore et encore. De mon bras valide, j'essayais de parer les coups. La lame m'a tailladé l'abdomen et coupé une main en deux. L'énergie du désespoir m'a permis de me ruer dans le hall de l'immeuble. Un locataire me voyant surgir en sang, poursuivi par mon agresseur, a crié d'arrêter, mais l'autre m'a planté dans le dos. Sous la violence du coup - celui qui m'a perforé le poumon - la lame du couteau s'est brisée ! Comment suis-je parvenu à sortir de là ? C'est un miracle. Je me suis écroulé au beau milieu des jardinières de fleurs. Une femme s'est penchée sur moi et m'a dit « Je suis secouriste. Je vais vous aider... » Des policiers sont arrivés à leur tour, et j'ai vu, comme dans un brouillard, les enquêteurs interroger mon ex-femme et son concubin.

C'est là que tout s'est joué sans doute. À l'article de la mort, je n'ai pas pu donner ma version des faits et les enquêteurs se sont contentés de celle de mes agresseurs : ils ont raconté que j'avais suivi mon ex-femme jusque chez elle, que je m'étais emparé d'un couteau dans la cuisine et que je l'avais poignardée. Son concubin n'avait alors eu d'autre solution que de saisir un couteau à son tour pour défendre la vie de sa compagne ! Pour étayer leur scénario, ils ont même exhibé des plaies sanguinolentes...

Bien sûr, j'ai protesté ! J'ai expliqué ce qui s'était vraiment passé. Un expert a constaté que les blessures du couple étaient superficielles, “sans qu'il existe de blessures en rapport avec une attitude de défense“. Le locataire, témoin de la scène, a déclaré les avoir vu, au moment de l'agression, sans la moindre plaie. Ce n'est que par la suite qu'ils ont dû s'automutiler.

Tout plaide en ma faveur ! Jusqu'à l'enquête des policiers, qui n'ont retrouvé que quelques gouttes de sang au domicile de mon ex-femme, alors qu'elle affirme que c'est là que je l'ai attaquée. Le local à poubelles, lui, en est inondé, accréditant ainsi ma version des faits. Pourtant, le juge refuse de me croire et persiste à me poursuivre conjointement avec eux.

Je n'ai jamais porté le moindre coup de couteau. Tout le prouve et, en août dernier, le Parquet a même requis un non-lieu pour moi ! Et pourtant, je viens de recevoir un courrier m'annonçant que je suis toujours poursuivi pour violences volontaires, au même titre que mes deux agresseurs présumés ! C'est intolérable ! Dans cette affaire, je suis la victime et je n'ai pas à m'asseoir sur le banc des accusés avec mon ex-femme et son concubin (qui l'a quittée depuis, d'ailleurs). Je veux que mes agresseurs soient jugés devant une cour d'assises. Ils ont tenté de me tuer et ont bousillé ma vie : voilà plus de huit ans que je n'ai pas pu voir ma fille qu'en milieu surveillé. Je veux qu'ils payent pour ce qu'ils m'ont fait. »

Propos recueilli par Cyril Guinet

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