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“Quand j’ai accouché d’un prématuré, je me suis sentie bien seule !”

Publié le 26 novembre 2015

Lorsque son bébé est venu au monde avec neuf semaines d’avance, Charlotte Bouvard, cette mère de famille s’est sentie désemparée. Depuis, elle a monté une association pour soutenir les parents dans le même cas...

« J’ai accouché de mon deuxième enfant, Maxence, avec neuf semaines d’avance. Il avait presque sept mois. Cela a été si dur à vivre que je ne veux plus qu’une seule mère se retrouve dans la même situation que moi, et se sente aussi seule…

Tout commence en janvier 2004. Je fais une hémorragie en pleine nuit. Peut-être ai-je trop marché dans la journée ? Je me pose mille questions. Je suis emmenée à la maternité du xviie arrondissement. Et là, tout se précipite : on me fait une césarienne, en m’expliquant que mon bébé est en danger car mon placenta s’est décollé. Je ne vois Maxence que quelques secondes, car il est rapidement conduit au service de réanimation à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Je suis dans un brouillard total. J’ai la sensation qu’on m’a amputée. Et puis, j’entends tous les cris de ces nouveau-nés qui m’entourent. Mais pas la voix du mien !

Pendant les quatre jours qui suivent, j’ai l’impression d’être hors du temps. Au bout de cette longue attente, je pars en ambulance pour revoir mon bébé, qui a été transféré à l’hôpital de Neuilly, plus près de mon domicile. Quand je l’aperçois, je suis effondrée : il est tout petit, avec plein de tubes partout. Tout seul dans sa couveuse. L’infirmière me le met dans les bras. Je fonds en larmes. C’est à ce moment-là que je me sens devenir enfin sa maman. Quel bonheur inouï ! Le problème, c’est qu’il faut vite que je le rende à la maternité.

"À l’hôpital, je suis toujours assise sur cette foutue chaise en métal, alors que j’ai tout de même eu une césarienne…"

Chaque après-midi, je retourne voir mon fils. Je crée un lien, tire mon lait pour ensuite le faire couler dans la seringue de gavage qui lui est destinée. Ses premières semaines sont critiques. Il faut absolument qu’il gagne en autonomie respiratoire et arrive à réguler sa température. Dès qu’il prend 20 grammes, je suis au paradis ! Mon moral fluctue en fonction des progrès de Maxence. À l’hôpital, je suis toujours assise sur cette foutue chaise en métal, alors que j’ai tout de même eu une césarienne… On ne me propose rien d’autre.

Au bout d’un mois, alors qu’il a dépassé les 2 kilos, je peux le ramener à la maison. En même temps, je vois bien que deux de ses petits voisins à l’hôpital ne s’en sortent pas. Ces prématurés sont en permanence entre la vie et la mort. Chaque jour, je les vois lutter. De retour chez moi, je sais bien que Maxence est plus fragile qu’un autre, qu’il va peut-être mettre plus de temps pour s’habituer à son nouvel environnement. Les nouveau-nés comme lui sont très vulnérables : ils ont tant souffert dès leur venue au monde.

"Il faut savoir que 60 000 prématurés naissent chaque année en France, et ce nombre ne cesse d’augmenter."

Il hurle nuit et jour, sans que je sache pourquoi. Quant à moi, je n’arrive à dormir qu’en position assise. Moralement, physiquement, je suis épuisée. Et là, je m’interroge : qui va pouvoir m’aider, me tendre la main, m’écouter ? Je me sens étrangement seule et au bout du rouleau. D’autant que mon entourage pense que, puisque Maxence est sorti de l’hôpital, c’est qu’il va forcément bien !

Neuf mois plus tard (coïncidence), je décide de monter l’association SOS préma*. Je ne veux pas que des parents se sentent perdus dans un tunnel comme je l’ai été, sans avoir une main tendue. Cette ligne téléphonique leur permet de recevoir les conseils d’un pédiatre, d’un psy ou d’une puéricultrice dès qu’ils s’interrogent sur la conduite à adopter. J’ai fait imprimer 50 000 petits guides d’information qui sont distribués dans tous les services de néonatalogie, où l’on apprend notamment comment se préparer à l’allaitement alors que le bébé n’est pas là pour téter. Il faut savoir que 60 000 prématurés naissent chaque année en France, et ce nombre ne cesse d’augmenter.

Aujourd’hui Maxence va bien. Il a une certaine légèreté face à la vie qui le préserve. Comme tous les prématurés qui s’en sont sortis, c’est un enfant très fort… »

Alicia Comet

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