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“Que la loi nous dicte notre façon de mourir me révolte !”

Publié le 4 juin 2017

En juin 2015, Philippe Catteau a perdu son père, atteint d’un cancer et mort dans des souffrances inhumaines. Il raconte aujourd’hui les instants déchirants qui ont précédé la disparition de cet être cher et lui ont ouvert les yeux sur le “mal mourir” en France. Invitation à une réflexion sur la fin de vie.  En juin 2015, Philippe Catteau a perdu son père, atteint d’un cancer et mort dans des souffrances inhumaines. Il raconte aujourd’hui les instants déchirants qui ont précédé la disparition de cet être cher et lui ont ouvert les yeux sur le “mal mourir” en France. Invitation à une réflexion sur la fin de vie.

 

« Mon père était atteint d’une leucémie et son état s’est dégradé. Le répit, entre les transfusions, se faisait chaque fois plus court et, finalement, en juin 2015, l’hôpital nous a annoncé que c’était la fin… En réalité, le début de souffrances inutiles puisqu’il n’y avait plus d’espoir.

Nous étions à la maison autour de lui, avec lui. Des instants d’une intensité dramatique : le temps était compté ; les mots, les gestes de communion et d’amour ont alors pris une dimension inconnue. Nos échanges, denses et forts, ont fait leur œuvre jusqu’au plus profond de nous.

Chacun était prêt, Papa pouvait partir maintenant. Il le voulait, nous étions d’accord avec lui. Ignorants des évolutions législatives, c’est à ce moment-là, et alors que les douleurs devenaient insupportables, que nous avons rappelé notre médecin de famille pour qu’il aide notre père à partir.

"Au pays des droits de l’homme, n’est-il pas inacceptable d’être dépossédé de la liberté de disposer de nous-mêmes ?"

Nous pensions qu’à l’instar de ce qui avait été fait pour mes grands-parents, il administrerait à mon père une forte dose de morphine et qu’il nous quitterait ainsi en quelques heures, sans conscience ni souffrances. Nous fûmes ébahis d’apprendre que, depuis la loi Leonetti de 2005, ce n’était plus possible et que cette pratique si utile constituait désormais un crime passible des assises ! Le législateur, plus omniprésent que jamais, s’était introduit jusque dans la chambre à coucher pour nous dicter notre façon de mourir.

Nous nous sommes alors retrouvés seuls et impuissants face à la souffrance de notre père. Soudain la révolte a pris le pas sur mon accablement, et j’ai décidé d’agir : le cœur dicte le chemin, même si la loi l’interdit. Je le décris dans Je n’ai pas tué mon père*.

Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour je me tiendrais penché au-dessus de son corps malade, le mien secoué par des spasmes et tressautant de sanglots… Jamais je n’aurais pu imaginer cette lutte archaïque, immonde, entre mon corps et mes mains, l’un rejetant par ses manifestations erratiques ce que les autres, guidées par l’esprit et le cœur, exécutaient presque sans trembler. Jamais je n’aurais pu imaginer ce combat abject imposé par ceux qui nous gouvernent.”

Au pays des droits de l’homme, n’est-il pas inacceptable d’être dépossédé de la liberté de disposer de nous-mêmes ? N’est-ce pas intolérable qu’en France, pour des raisons de calculs politiques ou de croyances personnelles, ceux qui nous dirigent nous privent du droit fondamental de choisir notre mort ? J’estime tout aussi inacceptable que, chez nous, les souffrances d’un homme soient moins prises en compte que celles d’un chien.

Des Français de plus en plus nombreux vont s’éteindre en douceur au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Belgique ou encore en Suisse, pays qui ont légalisé, depuis longtemps déjà, l’euthanasie ou le suicide assisté. Ainsi nos concitoyens fuient, tels des réfugiés, les souffrances qu’on leur impose ici, pour partir mourir à l’étranger.

Dans mon livre, je recommande le suicide assisté lorsque le mourant est conscient et, à défaut, l’euthanasie. Environ 94 % des Français sont favorables à cette liberté de choisir sa fin, et pourtant notre pays n’en prend pas le chemin. Sous l’impulsion du président Hollande, le législateur s’est à nouveau exprimé sur la fin de vie dans notre nation et a publié, le 2 février 2016, la loi Claeys-Leonetti.

"La légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie n’imposera à personne d’y avoir recours."

Après le grand bond en arrière de 2005, nous avons eu droit à un saut de côté ! Selon ce texte, dont la plupart des Français ignorent même l’existence, il est possible de placer la personne en fin de vie sous sédation [coma artificiel, ndlr], et si la mort ne l’emporte pas rapidement, le médecin pourra arrêter l’alimentation et l’hydratation artificielles.

Or les effets de cet arrêt sont terribles : les yeux s’enfoncent dans les orbites, les ailes du nez se pincent, les lèvres se gercent et la peau se desquame. Avec cette nouvelle loi, on ne vous euthanasie pas mais on vous tue lentement, six ou sept jours sont nécessaires. Quelle cruauté, quelle hypocrisie !

Aujourd’hui, il nous faut agir et obtenir enfin la liberté de disposer de nous-même. La légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie n’imposera à personne d’y avoir recours. Mais tous seront rassurés de savoir que, si les douleurs deviennent insupportables, il existe une solution.

Mobilisons-nous car, si seul, je ne suis qu’un individu, ensemble nous sommes le peuple souverain. »

Florence Heimburger

*A lire : « Je n’ai pas tué mon père », aux éditions du Cherche-Midi, 14,50 €.

Pour en savoir plus :Association pour le droit de mourir dans la dignité :

Site : www.admd.net

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