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Rémy Flachaire : “Je suis l’homme qui murmure à l’oreille des tigres”

Publié le 30 septembre 2018

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À tout juste 29 ans, il est l’un des plus jeunes dresseurs au monde. C’est au Zoo D’Amnéville qu’il nous sensibilise à l’urgence de changer notre regard sur cet incroyable félin, aujourd’hui menacé de disparition.

«Cest un spectacle unique au monde !

TigerWorld a été inauguré il y a trois ans dans un décor grandiose, entre caverne, jungle et cascades jaillissant des falaises.

Nous en proposons deux à trois représentations par jour.

Il permet de découvrir l’un des plus beaux animaux du monde, et répond aux polémiques récurrentes sur la place des fauves dans les zoos ou les cirques.

C’est pourquoi, d’ailleurs, nous commençons le spectacle par un film pédagogique diffusé sur un écran de 43 m, avec projections numériques et effets spéciaux.

On y raconte l’histoire de cet animal hors norme et le drame écologique qu’entraînerait son extinction. 

Il faut savoir qu’à l’heure actuelle il reste moins de 4 000 tigres en liberté dans le monde, pour 12 000 en captivité.

Ce félin est donc en train de disparaître de son milieu naturel, et c’est très important pour nous de sensibiliser les gens à cela.

Pour ma part, j’ai toujours été attiré par les animaux sauvages, et particulièrement les prédateurs.

J’ai grandi dans le Haut-Jura, entouré des chevaux et des chiens de traîneau de mon père, au cœur d’une faune assez riche que j’adorais observer lors de mes promenades.

Passion

C’est ainsi qu’est née ma passion, mais jamais je n’aurais imaginé en faire un jour mon métier.

Ça relevait de l’utopie !

Terre à terre, je me suis lancé dans un CAP de menuiserie, tout en effectuant des stages au zoo d’Amnéville durant mes week-ends et vacances.

À 17 ans, j’ai commencé à travailler au côté du fauconnier Bernard Bailly, et lorsqu’en 2007 il a créé le spectacle de rapaces et m’a proposé de faire partie de son équipe, j’ai tout plaqué et saisi ma chance. 

Durant six ans, j’ai donc pratiqué la fauconnerie à cheval, à Amnéville.

Puis, petit à petit, en côtoyant les dresseurs de fauves du parc, et à force de les “baratiner”, l’un d’eux a fini par me laisser approcher ses tigres.

Ce fut une révélation !

Ensuite, avec l’appui du directeur du zoo, Michel Louis, qui connaissait mon infinie passion, j’ai suivi plusieurs formations.

Mais dans mon esprit, c’était juste pour observer, pas pour entraîner moi-même un jour ! 

Décelant chez moi un vrai potentiel, Michel a décidé de me confier le dressage et la création du spectacle TigerWorld.

J’adore les lions, les panthères, mais avec le tigre, il se passe un truc presque indéfinissable.

J’aime son caractère solitaire, sa puissance, sa beauté. 

On a fait appel à un très bon dresseur hollandais qui, bien qu’à la retraite, a accepté de me guider et de me conseiller tout au long de mon apprentissage. 

Il faut avant tout être très observateur, savoir saisir tous les signes et bien les interpréter.

Certes, les tigres ne parlent pas, mais ils communiquent en permanence : par la position de leurs oreilles et de leur queue, leur regard, le poil qui se dresse dans la nuque et aussi l’émission de vocalises.

Peu à peu on discerne les différentes personnalités, comment les félins interagissent et communiquent entre eux.

Il vaut mieux être patient et savoir se maîtriser car ils sentent tout, la fatigue, l’énervement, le stress, la peur…

En cas de tension entre eux, il faut aussi apprendre à rétablir la situation, sans les dominer, mais en bon gestionnaire.

De toute façon, ils ne tolèrent pas l’autorité !

Feeling

Il existe deux manières de dresser des fauves : soit on les pousse, selon la méthode ancienne et l’animal vous craint ; soit on les tire, procédé plus psychologique, reposant sur la confiance, et on est davantage dans le libre arbitre.

Pas de privation, pas de contrainte, pas de punition ! 

J’ai manœuvré ainsi jusqu’à ce qu’ils soient très à l’aise avec moi, et je n’ai subi ni morsure, ni griffure, ni aucun signe d’agressivité de leur part.

On peut parfaitement connaître les tigres d’un point de vue scientifique, mais si on n’a pas de feeling avec eux, ça ne sert à rien.

C’est une chose de ne plus avoir peur d’eux, mais il faut encore qu’ils viennent vers vous, vous appellent, cherchent le contact.

Là seulement, on peut entrer dans la cage et commencer l’apprentissage.

Captivité

Les premières fois, j’étais très impressionné.

C’est là qu’on réalise sa capacité à prendre sur soi, à ne pas montrer son appréhension, à garder ses émotions…

Car s’ils décèlent la moindre brèche, ils s’engouffrent dedans. Et ils sont très malins.

Il faut attendre qu’ils soient âgés d’au moins 1 an pour leur apprendre de petites choses, car avant ils sont très joueurs et incapables de se concentrer plus de cinq secondes.

Les deux tigres blancs sont nés ici, au zoo d’Amnéville, quant aux autres, ils viennent de différents parcs en France, mais tous ont entre dix et quinze générations de captivité.

Voilà pourquoi il est aujourd’hui inenvisageable de les relâcher en pleine nature.

Ils ne sont plus aptes à la vie sauvage depuis toutes ces années et n’ont pas peur de l’homme : ils débarqueraient dans les villages à la recherche de nourriture.

C’est pourquoi nous sensibilisons le public dans l’espoir de sauver cette espèce menacée. »

Caroline BERGER

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