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“Sheila est, et restera, mon premier grand amour”

Publié le 16 mars 2016

Pierre Desplanches-Hameroux, ce dentiste à la retraite de 71 ans passe désormais son temps à transmettre aux enfants de son village des Hautes-Pyrénées sa passion pour la guitare. Et celle pour sa célèbre ex-petite amie.

« Sheila est pour moi bien plus qu’une star inaccessible. Avec l’orchestre des Guitars Brothers, nous avons fait ensemble nos débuts dans la musique. C’était en 1962, en pleine période yé-yé, et je débutais à la guitare.

J’avais 16 ans, comme elle. Avec mon groupe, nous avions trouvé, par l’entremise d’un ami, une salle à Alfortville, en banlieue parisienne, dans laquelle on répétait des tubes des Chats Sauvages et de Petula Clark. Nous avions la pêche et rêvions de percer.

Nous sommes allés, comme tout le monde alors, tenter notre chance dans la célèbre salle du Golf Drouot. Henri Leproux, son directeur, nous a trouvés dynamiques et sympas et nous a présenté une jeune fille, Annie Chancel, qui allait devenir Sheila.

Elle chantait juste et tout le groupe est tombé sous son charme. J’ai littéralement eu le coup de foudre et une histoire d’amour est née entre nous. Annie a intégré la formation et nous avons continué nos répétitions.

"J’ai littéralement eu le coup de foudre pour Sheila et une histoire d’amour est née entre nous."

Un samedi après-midi, alors que nous répétions dans un cinéma du XIVe arrondissement de Paris, quelle ne fut pas notre surprise de voir arriver les producteurs et auteurs-compositeurs Claude Carrère et Jacques Plait. Ils voulaient lancer une chanteuse et ont tout de suite compris l’étendue du talent d’Annie.

Avant qu’ils ne lui écrivent L’école est finie et qu’elle ne devienne Sheila, nous nous sommes produits dans plusieurs salles. Je garde évidemment un souvenir ému de cette époque même si nos chemins se sont alors séparés.

Je suis parti au service militaire et elle a poursuivi son ascension fulgurante. Mais nous sommes toujours restés liés par une très grande complicité et elle a été très heureuse de me retrouver, dans les années 1980, sur le plateau de l’émission Avis de recherche, animée par Patrick Sabatier. Nous sommes d’ailleurs toujours en contact.

L’un de mes grands souvenirs avec elle est, sans conteste, ce gala du 11 août 1962 au casino de Perros-Guirec, en Bretagne. C’était sa première scène. Elle a fait un véritable carton. Nous avons même eu droit à une lettre de félicitations du directeur.

"Je garde évidemment un souvenir ému de cette époque même si nos chemins se sont alors séparés."

On s’était produit sous le nom des Guitars Brothers avec Anny Chancel. Elle avait remplacé les “ie” de la fin de son prénom par un “y”, pour faire plus américain. C’est vrai que cela lui donnait un air plus branché.

Et après une série de concerts triomphale, on a continué nos carrières chacun de notre côté. J’ai ensuite souvent accompagné Claude François. Un grand pro lui aussi. Je n’ai jamais vraiment arrêté la musique même si, par la suite, je suis devenu dentiste.

Aujourd’hui, à 71 ans, l’âge de la retraite est arrivé. Mais, je ne reste pas oisif. Il y a quelques mois encore, je faisais en studio des remix des grands succès d’Hugues Aufray. Du coup, je me suis dit qu’il serait bien que je transmette un peu aux autres tout ce que la musique m’a apporté.

Alors, je donne gracieusement des cours de guitare à des enfants de Lannemezan, ville des Hautes-Pyrénées où je vis à présent. Ainsi, depuis quelques mois, comme d’autres bénévoles de la commune qui ne comptent pas leur temps, j’interviens auprès d’écoliers de classes de primaire, par l’entremise du service jeunesse mis en place par la municipalité.

C’est un grand bonheur pour moi, d’autant que je sais que certains de mes protégés n’auraient pas forcément les moyens de se payer des cours. C’est passionnant de transmettre une discipline artistique à des gamins. Ils sont géniaux et très attentifs.

Je trouve que certains ont vraiment du talent. J’aime être à leur contact. Ils m’apportent beaucoup. Et bien sûr, il m’arrive de leur raconter des anecdotes sur ma carrière. Je sais que ce sont plutôt leurs parents, et même leurs grands-parents, qui seraient intéressés par ces petites histoires. C’est vrai que pour eux, ces bambins de 9 ou 10 ans, le nom de Sheila ne signifie pas grand-chose.

J’espère monter un petit spectacle avec eux pour la fin de l’année. Peut-être oserai-je leur faire jouer un -morceau de Sheila. Pourquoi pas ? Quoi qu’il arrive, si c’est le cas, j’en effectuerai un enregistrement que j’adresserai à celle qui est pour moi est et restera toujours Annie, mon premier grand amour. »

Guillaume Dabzac

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