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Sophie Bidart, Solliès-Pont (Var) : “Cette demeure écolo, c’était le rêve de mon mari…”

Publié le 9 mars 2019

En hommage à son époux, grand défenseur de l’environnement emporté par une longue maladie, Sophie veut faire découvrir au plus grand nombre la maison “passive” qu’il avait imaginée.

«Jean-Louis était un amoureux de la nature. Et il nous avait sensibilisés, mes enfants et moi, aux gestes simples du quotidien pour préserver notre planète. Nous avions pris l’habitude de trier nos déchets pour faciliter leur recyclage. Nos restes alimentaires servaient à faire du compost, pour vivifier notre jardin de manière naturelle. Et surtout, nous faisions attention à notre consommation électrique car le leitmotiv de mon mari, était : “Le défi de notre époque n’est pas de trouver de nouvelles sources d’énergie mais d’apprendre à moins en consommer.”

C’est pour cette raison qu’il s’était beaucoup intéressé aux maisons dites “passives” : en utilisant la chaleur du soleil, une isolation optimale, une grande étanchéité à l’air et une ventilation intelligemment contrôlée, elles n’ont plus besoin ni de chauffage ni de climatisation, réduisant ainsi massivement leurs besoins en électricité.

Mais la maladie est arrivée, avec la terrible annonce qu’elle était incurable. Évidemment, notre univers a basculé. Avec un grand courage, Jean-Louis a gardé sa joie de vivre et surtout son rêve : comme il était ingénieur, il voulait bâtir l’une de ces demeures “très basse consommation”, avant de disparaître.

Soutenus par nos quatre enfants, nous nous sommes donc lancés dans cette belle aventure, pour nous en nourrir et ne pas penser à son inévitable départ. Pour cela, nous avons pris contact avec Héliasol, un bureau d’étude spécialisé de la Drôme. La conception a duré deux ans pendant lesquels mon mari a activement participé à toutes les étapes de mise au point. Et la construction a enfin démarré, pour son plus grand bonheur. Dès qu’il le pouvait, il se rendait sur le chantier pour vérifier que le travail était correctement réalisé, qu’il n’y avait pas de malfaçon, que les consignes étaient respectées. Ce sont de bons souvenirs parce qu’il était très heureux de voir son projet prendre forme.

Je me souviens encore de sa fierté quand, une année plus tard, la maison fut terminée. Il faut dire qu’elle est en tout point conforme à ce qu’il voulait. Par exemple, sous notre dalle de sol, il n’y a pas de vide sanitaire qui favoriserait les déperditions d’énergie mais juste un revêtement isolant très dense en verre cellulaire. Nos combles sont également garnis d’une bonne couche de ouate de cellulose et sont séparés du reste de l’habitation par du béton. Notre toiture est équipée d’un film réfléchissant la chaleur. Nos murs sont recouverts d’une épaisse couche de plâtre et d’un revêtement spécial en polystyrène. Nos fenêtres présentent un triple vitrage et des persiennes qui modulent à loisir la pénétration des rayons du soleil. Et enfin, notre VMC contient un système intelligent qui éjecte ou récupère la chaleur, en fonction des besoins. “Tous ces éléments concourent à minimiser les ponts thermiques, c’est-à-dire les échanges parasites chauds et froids entre l’intérieur et l’extérieur du bâti, quelle que soit la saison”, argumentait-il, intarissable car passionné.

Résultat : la température dans notre maison est constante, entre 22 °C et 24 °C toute l’année, sans chauffage ni climatisation ! De plus, en bénéficiant de l’installation de panneaux solaires sur le toit, notre consommation électrique, que nous gérons grâce à un logiciel spécialisé, est vraiment minime : nous ne payons qu’une vingtaine d’euros par mois à EDF ! Sans compter qu’il nous arrive même de revendre une partie du courant que nous produisons, pour environ 2 000 euros de revenus par an !

Une vraie réussite qui a valu à notre demeure l’obtention du label Maison passive premium. Une première en France. D’ailleurs, avant de partir, Jean-Louis m’a demandé de continuer à promouvoir ce type d’habitat à l’impact écologique mineur. “C’est pour les générations futures”, disait-il.

Alors pour lui rendre hommage, maintenant qu’il n’est plus là, je n’ai de cesse d’en parler dans les médias. Mais je ne serai pleinement satisfaite que lorsqu’en plus des particuliers, nos responsables politiques seront aussi sensibilisés par le sujet. Car l’état devrait également construire des bâtiments publics de ce nouveau genre. D’autant qu’ils ne coûtent que 7 à 10 % de plus qu’une construction classique, vite amorti par les économies d’énergie. »

Thierry LOPEZ

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