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Syndrome de Münchhausen : "Enfant, ma mère m’emmenait toujours chez le médecin…"

Publié le 15 juin 2016

 Lorsqu’elle était petite, Delphine Paquereau, 33 ans, passait sa vie à l’hôpital… alors qu’elle était en parfaite santé ! Sa mère, aide-soignante, lui inventait toutes sortes de maladies pour attirer l’attention des médecins...

« J’ai passé mon enfance chez le médecin. Ma mère, qui travaillait comme aide-soignante à l’époque, était obsédée par ma santé. Chaque semaine, elle m’emmenait faire des examens sanguins, des tests variés pour tenter d’identifier des douleurs aux reins… On me diagnostiquait des infections urinaires. Mais, selon ma mère, les antibiotiques qu’on me donnait n’étaient jamais suffisants. Et puis, c’est allé crescendo.

À la moindre fièvre, c’était le branle-bas de combat. Une visite chez le généraliste qui se poursuivait par des rendez-vous chez des spécialistes. J’ai été opérée une première fois du rein gauche. Puis, les médecins, estimant qu’il ne fonctionnait plus, me l’ont enlevé. J’avais 8 ans. J’ai le souvenir d’avoir passé tout mon temps à l’hôpital.

"Un jour, j’ai surpris ma mère en train de falsifier mes résultats de sang."

Ma mère avait beau être à mon côté, elle était distante, uniquement préoccupée par ses discussions avec les chirurgiens. À cette époque, elle n’avait qu’une idée en tête : me faire greffer. L’affection, je la trouvais auprès des infirmières qui me réconfortaient, m’embrassaient, me tenaient la main quand ça n’allait pas.

Un jour, alors que j’étais à la maison, j’ai surpris ma mère en train de falsifier des résultats de sang. Elle gommait, raturait. Je me suis dit alors qu’elle faisait quelque chose d’anormal, de bizarre. Mais je ne comprenais pas…

"Je me souviens qu’elle me donnait des petits coups dans les reins avant d’aller consulter les médecins."

Quelque temps plus tard, je l’ai entendue dire qu’on allait me placer dans un établissement. J’ai eu peur. Je ne voulais pas être séparée de ma famille. Je me souviens qu’elle me donnait des petits coups dans les reins avant d’aller consulter les médecins pour que je puisse leur indiquer l’endroit précis de la douleur.

Un beau matin, mes parents ont été convoqués au tribunal. J’avais 10 ans. Par la suite, un monsieur a débarqué à la maison. J’ai su plus tard qu’il s’agissait d’un éducateur chargé d’assistance à domicile. Par décision de justice, ma mère a été obligée d’accepter sa présence chez nous pendant un an. Comme je le raconte dans mon livre, ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris.

En 2008, à 26 ans, j’étais à mon tour devenue maman. Bien que j’aie quitté le domicile familial, ma mère était omniprésente. Elle ne cessait de me réclamer la garde de ma fille. J’avais même le sentiment qu’elle voulait me la voler. J’ai donc décidé de l’éloigner de mon enfant. Elle m’a alors menacée de saisir le juge pour faire valoir son droit de visite. ç’a été le clash. Je lui ai juré qu’elle ne nous verrait plus jamais. Elle a fondu en larmes : “Tout ce que j’ai fait, c’était pour ton bien”, a-t-elle assuré.

"J’ai appris que ma mère souffrait du syndrome de Münchhausen par procuration..."

J’ai voulu en avoir le cœur net, et prenant mon courage à deux mains, j’ai appelé les chirurgiens qui m’avaient opérée lorsque j’étais petite. L’un deux a alors eu cette phrase cinglante : “Ta mère est tarée”. Il m’a montré mon dossier médical. Avec stupeur, j’ai découvert, noir sur blanc, les résultats de sang trafiqués, les examens inutiles…

J’ai appris que ma mère souffrait du syndrome de Münchhausen par procuration : elle avait tellement besoin d’attirer l’attention des médecins qu’elle se servait de moi, m’inventant mille et une maladies ! Elle voulait que je subisse une greffe, que je sois dialysée. C’était son but ultime.

Je n’ai pas eu de contact avec elle depuis huit ans. Elle a perdu le procès qui l’aurait autorisée à voir ses petites-filles (puisque j’ai eu une deuxième fillette). Aujourd’hui, après trois ans de psychanalyse, je me sens bien dans ma vie. Mais j’en veux toujours à ma mère. J’ai encore du mal à comprendre pourquoi elle m’a fait subir tout ça… »
Alicia Comet

A LIRE : « Câlins assassins », de Delphine Paquereau, aux éditions Max Milo, 18 €.

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