France Dimanche > Témoignages > “Tous victimes de la pollution des mines alentours !”

Témoignages

“Tous victimes de la pollution des mines alentours !”

Publié le 9 mai 2016

Michel Bourgeat, ce retraité de 79 ans poursuit son combat pour traquer les pollueurs qui ont déposé à l’air libre, des montagnes de résidus toxiques et cancérogènes, de plomb, cadmium et d’arsenic, en exploitant les mines de métaux, tout près de chez lui.

« J’habite toujours dans ma maison, située à 100 mètres de la mine Joseph – site d’exploitation du plomb et du zinc jusqu’en 1955 – et à 600 mètres des dépôts de ces résidus de minerai laissés à l’air libre depuis longtemps.

Tout commence le 3 février 2014 lorsque je reçois une lettre inquiétante de la préfecture qui me révèle que je vis dans un endroit « fortement pollué » en métaux lourds (plomb, zinc, arsenic).

Dans le même courrier est jointe une fiche de l’Agence régionale de santé (ARS) qui me donne vingt conseils à suivre au quotidien : se couper les ongles courts, se laver souvent les mains avec du savon, veiller au lavage des vêtements de jardin, nettoyer à fond tous les jouets qui restent dehors.

De plus, il faut éviter ou limiter la consommation de fruits et légumes issus du potager. Mieux : à l’intérieur, il est recommandé de passer plutôt la serpillière que l’aspirateur ou le balai car ils remettent en suspension les poussières, sans les éliminer ! Bien entendu, on doit enlever ses chaussures avant de rentrer chez soi. Remplacer les tapis par des surfaces lavables et éviter les moquettes qui retiennent la poussière… Car cette poussière est ultratoxique !

"Tous mes animaux sont morts de cancer, les uns après les autres."

Tous mes animaux sont morts de cancer, les uns après les autres. Mes deux ânesses, à quelques années d’intervalle, ainsi que mes chiens et mes chiennes. Quant à mes poules, elles ne vivent pas plus de trois ans sur le terrain. Aujourd’hui, je garde encore un chien car il est difficile d’habiter seul à la campagne. Mais pour combien de temps ?

En novembre dernier, l’ARS a proposé un dépistage à l’ensemble de la population environnante. Le résultat était sans appel : 46 personnes ont eu besoin de soins car elles avaient toutes des taux d’arsenic, de plomb ou de cadmium dans le sang, très largement supérieurs à ce qui est autorisé.

"Bien sûr, je m’inquiète pour ma santé mais c’est surtout celle de mes enfants qui me préoccupe."

Moi, j’ai 8 fois le taux d’arsenic maximum… Bien sûr, je m’inquiète pour ma santé mais c’est surtout celle de mes enfants qui me préoccupe. Ils ont vécu ici toute leur adolescence : à l’époque, on faisait du cheval, on se baignait dans l’Ourne qu’on ne pensait pas polluée, on jouait dans le jardin…

En décembre dernier, ma fille de 55 ans a déclaré un cancer. Je ne sais s’il est directement lié à la vie qu’elle a vécue ici mais le doute s’installe dans mon esprit. On sait que les gens d’ici développent plus de cancers qu’ailleurs.
A titre individuel, et avec six autres plaignants, j’ai entamé une action en justice auprès du tribunal administratif pour obtenir une indemnisation liée au fait que ma maison est désormais invendable. Et je suis en train de poursuivre au pénal pour obtenir réparation des préjudices subis. Il m’est aujourd’hui impossible de recevoir mes petits-enfants chez moi, car ils ne peuvent guère sortir pour s’amuser…

Nous devons désigner les responsables. Avec le collectif (AdamVM, Association pour la dépollution des anciennes mines de la vieille montagne), nous sommes cent quarante à nous mobiliser pour que la mine Joseph et celle de la Croix-de-Pallières soient nettoyées. Ce qui n’a jamais été fait, à part quelques travaux minimes en 1994.

De plus, nous souhaitons qu’une véritable enquête épidémiologique soit réalisée sur l’ensemble du périmètre, afin d’évaluer l’impact réel de ces poussières et pour connaître les pathologies liées à l’exploitation de ces mines depuis… deux siècles !

Je n’abandonnerai pas face à l’état qui ne fait pas grand-chose. Je souhaite que les pollueurs paient et pas nous, citoyens victimes de ce scandale ! J’irai jusqu’au bout. »

Alicia Comet

À découvrir

Sur le même thème