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"Un Guignoliste sur les Champs-Elysées"

Publié le 3 mai 2012

Depuis plus de trente ans, cet artiste perpétue la tradition du théâtre de marionnettes à deux pas de la plus belle avenue du monde.

"J'ai fui l'Espagne et la dictature de Franco à l'âge de 20 ans, arrivant à Paris, en 1960, avec pour seul bagage ma passion pour le théâtre.

J'ai travaillé avec le grand auteur et metteur en scène Armand Gatti, mais la pièce dans laquelle je devais jouer a été interdite par les autorités françaises. Nous l'avons alors transformée en spectacle de marionnettes. Ce fut ma première approche avec cet art, considéré, à tort comme mineur, auquel je me suis immédiatement attaché. C'est alors que j'ai rencontré Auguste Guentleur, directeur du petit théâtre de Guignol du rond-point des Champs-Élysées.

Autrefois, ce jardin s'appelait le plateau du cirque, car il s'y installait de nombreux chapiteaux. Un ancêtre d'Auguste a construit en 1818 ce théâtre de marionnettes, et depuis, cinq générations se sont succédé sur les planches de ce castelet en bois. C'est un lieu hors du temps, à deux pas de cette avenue dédiée au shopping. Rares sont ceux qui savent que se cache un authentique castelet de guignol derrière les bosquets, cerné par la végétation et les oiseaux qui chantent.

L'affiche
La façade en 1995

C'est là que j'ai appris l'art de la marionnette jusqu'au jour, où, malade, Auguste Guentleur m'a demandé de le remplacer au pied levé. Quelques années plus tard, en 1978, il m'a cédé le théâtre, me faisant même don de ses marionnettes en bois du XIXe siècle, qui appartenaient à ses ancêtres. Je les repeins de temps en temps, et change simplement les vêtements en tissu en fonction des pièces à jouer.

Ce que je préfère, c'est entendre courir les enfants sur les gravillons et appeler Guignol de toutes leurs forces. À mon sens, ils font partie du spectacle, et nous formons un triptyque immuable, eux, les marionnettes et moi. Car, vous savez, ils ne sont pas dupes, et savent, depuis leur plus jeune âge, que Guignol n'existe pas et que je fais partie du jeu, mais ils comprennent et apprécient cette façon de jouer. Je regrette que certains de mes confrères se soient "Disneylisés", moi, je trouve très important de respecter un personnage et un spectacle qui sont une métaphore de notre quotidien. Et si je modifie sans cesse les histoires, il y a deux constantes : Guignol doit être maladroit et il doit nous surprendre.

José se bat pour défendre un art à part entière.
José défend Guignol. Sur ces deux photos en N & B, il est immortalisé par Robert Doisneau.

Je déplore aussi le manque de considération dont souffre le théâtre de Guignol, et milite pour qu'on l'inscrive au patrimoine immatériel de l'Unesco. Il me semble essentiel de former une nouvelle génération de guignolistes. L'important, c'est la transmission. C'est pourquoi, j'ai aussi écrit deux livres sur ce personnage. Et je ne perds pas espoir, car je constate que de plus en plus de parents aiment ce théâtre simple et authentique.

Aujourd'hui, mon rêve serait de monter la dernière pièce pour marionnette de Federico Garcia Lorca “Amor de don Perlimplin con Belisa en su jardin“ pour montrer au public combien cet art est majeur..."

http://www.theatreguignol.fr/

Propos recueilli par Marie Godfrain

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