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“Une entorse à la cheville a fait de moi un comique”

Publié le 1 mars 2013

Psychomotricien durant vingt ans, son destin bascule quand, immobilisé chez lui pendant trois semaines, il se met à écrire des sketches.

« Jamais je n’aurais cru me retrouver un jour sur la scène de l’Olympia. Il y a dix ans, j’étais encore psychomotricien à Genève, et voilà que le 3 mars prochain, je vais jouer mon propre spectacle, "J’ai tout à déclarer !", dans cette salle mythique.

Mon parcours est pour le moins atypique. Petit, je me suis découvert un potentiel comique. J’avais un don pour les imitations, singeant aussi bien mes voisins ou copains de classe que des célébrités. En faisant rire, j’attirais l’attention sur moi, et ça me faisait du bien. À l’école, j’étais le gars sympa qui amusait tout le monde. Avec l’âge, j’ai pourtant abandonné l’idée d’en faire mon métier. Armé d’une licence de psychologie, j’ai exercé le métier de psychomotricien pendant une vingtaine d’années à Genève, où je vis toujours. Je m’occupais d’enfants en échec scolaire, et ça me plaisait beaucoup.

Il aura fallu que je me fasse une grosse entorse à la cheville, qui m’a immobilisé près de trois semaines, pour que mon destin bascule. Bloqué chez moi, j’ai commencé à écrire des sketches. À force de cogiter, je me suis mis à y croire. En 1990, je suis passé à mi-temps pour tenter une carrière parallèle dans le spectacle. J’ai commencé à faire des animations dans un restaurant, puis dans divers galas, croisant des artistes tels que Gilbert Montagné, Michel Fugain, Gérard Lenorman, Christophe, Dave… Curieusement, à leur contact, je n’étais nullement impressionné. Au contraire, cela me confortait dans l’idée que j’étais fait pour devenir un des leurs.

En 2003, j’ai fait le grand saut. Je venais de divorcer, et cela m’avait donné un sentiment de liberté. Je pense d’ailleurs que je n’en serais pas là si j’étais resté marié. Ma femme n’aurait pas voulu que j’abandonne un si bon salaire pour risquer de tout perdre. Aujourd’hui, je ne regrette rien. Avant, j’avais un métier ; maintenant, j’ai une aventure. Je travaille beaucoup, je trouve moi-même les salles où jouer mes sketches et passe mon temps au téléphone.

En tant que quinquagénaire, je me considère toutefois comme un “jeune” humoriste. J’ai une devise : mieux vaut vieillir jeune que mourir vieux ! On me compare souvent à Fernand Raynaud ou à Mado la Niçoise, qui met, comme moi, son pays en avant. D’autres me trouvent des ressemblances avec Laurent Gerra, qui est issu du même coin que moi. Mais, même si je fais également des parodies de chansons, je ne me sens pas du tout en concurrence avec lui.

Pour la petite histoire, c’est mon père banquier qui a engagé le sien au Crédit agricole. On se croise encore parfois avec “Lolo” pour boire des verres ! En fait, je dirais plutôt que je suis une sorte de Dany Boon à la sauce savoyarde. Mon humour est à la fois régional et universel. J’aime m’amuser des travers des Savoyards, qui ont la réputation d’être radins.

Tremplin

Un jour, un producteur m’a repéré dans un de mes spectacles et m’a demandé si j’étais intéressé pour faire l’Olympia. Sur le moment, j’ai cru à une blague. Je sais la chance que j’ai de passer après des légendes telles que Brel, Montand ou Piaf. Et pourtant, je m’interdis d’avoir peur. Si on réfléchit trop dans la vie, on ne fait rien. Je suis du genre fonceur. Ce genre de défis, c’est le meilleur des antidépresseurs.

Sur les 2 000 fauteuils, il faudrait que j’en remplisse au moins la moitié pour rentrer dans mes frais. Entre la location de la salle, la sono, l’attaché de presse, la production et l’affichage, j’en suis à plus de 30 000 euros de ma poche. Une somme que je n’avais pas. J’ai donc dû emprunter à quelques amis. Je ne les remercierai jamais assez. J’ose espérer que ce spectacle me servira de tremplin. Ça commence un peu : depuis que j’ai annoncé que j’allais faire l’Olympia, je remplis des salles de 600 voire 1 000 places dans ma région.

Le téléphone ne cesse de sonner, et je sens bien que les gens me regardent différemment. Mes rêves après l’Olympia ? Refaire l’Olympia ainsi que d’autres salles parisiennes. Et continuer de sillonner la France comme je le fais déjà. Je me laisserais bien tenter par le cinéma. D’ailleurs, si Dany Boon veut réaliser un nouveau film avec moi sur les pays de Savoie, qu’il n’hésite pas à m’appeler ! »

Propos recueilli par Philippe Callewaert

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