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"Voici comment je date les photographies anciennes"

Publié le 25 novembre 2011

Trouver des indices pour savoir comment, par qui, à quelle époque ont été prises des photos, tel est le travail minutieux de Guy. Comme un détective, il parvient à faire parler les vieilles images.

"J'ai commencé à m'intéresser à la photographie en 1968. J'utilisais l'appareil de mes parents, un Box Gap 6X9 qui ressemblait à une boîte à savon ! On m'avait dit qu'il était très difficile, voire impossible, de réussir à faire des clichés en couleur avec cet appareil. Mais je suis  finalement parvenu à prendre des images de ma famille et, quelques années plus tard, je m'offrais mon propre appareil.

Depuis, je me suis toujours intéressé à la photographie et en 1994, j'ai commencé à me passionner pour la généalogie. Ce qui m'a amené à me retrouver face à de vieilles photos sans réussir à les dater. J'ai alors comparé différentes techniques, et mis au point une méthode. Je me suis rendu compte, par exemple, que si les personnages ne souriaient pas, et avaient l'air figé ou mal à l'aise, la photo était très ancienne, et pouvait remonter aux années 1850. À l'époque, on n'était jamais pris sur le vif... Il fallait poser sans bouger pendant une demi-heure pour que le cliché soit réussi.

Généralement j'arrive à trouver des indices sur les photos elles-mêmes : la signature de l'auteur peut en être un, tout comme l'épaisseur du carton ou ses bordures, tranche dorée ou argentée, et légèrement biseautée. Si les coins sont arrondis, il s'agit sans doute d'un cliché de la deuxième moitié du XIXe siècle, si les contours sont dentelés ou déchiquetés, alors on est plutôt dans les années 1930. Si le dos est marron, le cliché vient d'Alsace, d'Allemagne, de Suisse ou d'Autriche, durant la période 1870-1915 où ces pays étaient les seuls à utiliser ce type de carton.

Une passion instructive ! Guy a ainsi appris que, au XIXeme siècle, dans les familles peu aisées, on se mariait... en noir !

On trouve aussi des photos peintes vers 1867. Le temps de pose s'étant considérablement réduit, on voit apparaître des enfants à partir de 1880. La première photo en couleur n'apparaîtra qu'en 1907.

Depuis que je suis retraité, ma méthode m'offre aussi l'opportunité de voyager. Six à sept fois par an, je vais l'expliquer dans des clubs de photo assez éloignés de chez moi. Ainsi, les 19 et 20 novembre prochains, je serai dans les Vosges à Liffol-le-Grand. Cette année, j'ai également participé au 21e Congrès généalogique de Lille, où j'ai expliqué une partie de mes astuces. Le 9 septembre, j'ai donné une conférence au Cercle généalogique de Mulhouse.

De nombreuses personnes sont intéressées, car cela peut les aider dans leurs recherches. Souvent, on me demande conseil, et je réponds toujours avec plaisir, soit sur place si j'en suis capable, soit plus tard, après avoir effectué des recherches. Je peux y passer des heures ! Quelle satisfaction de percer le mystère d'une photographie !

J'ai reçu un jour par mail une image envoyée par une personne qui était complètement coincée dans ses recherches généalogiques. Je me suis rendu compte que le militaire de 25 ans qui y figurait, né vers 1885, devait avoir un lien avec l'Allemagne, ou l'Alsace lorsqu'elle était sous domination germanique, puisque le dos de la photo était marron. On pouvait aussi y lire le nom d'une petite ville thermale, Mindelheim, que j'ai réussi à situer à environ 90 kilomètres de la frontière bavaroise. Enfin l'épaisseur et la tranche noire du cliché sont caractéristiques de la période de 1870 à 1915. Grâce à toutes ces constations, le propriétaire du cliché a pu réorienter ses recherches.

Le dimanche matin, je parcours des kilomètres pour me rendre aux marchés aux puces et dans des foires spécialisées à la recherche de belles photos. J'ai une préférence pour les sépias, avec leur aspect brillant et luisant. J'aime aussi celles des années 1900, représentant un buste en dégradé orné de fleurs ou d'oiseaux.

Chez moi, je possède 500 à 600 photos de petits et moyens formats, que je classe par année. Je les regarde souvent, et j'imagine cet ancêtre, son époque, sa vie d'alors. Je prends ma loupe et je scrute chaque détail, à la recherche d'indices. C'est si facile de passer à côté. Dernièrement, par exemple, j'ai remarqué que la trentaine de photos de mariages que je possédais présentait une particularité : la mariée était toujours vêtue de noire, sauf sur deux clichés. Je ne m'en étais jamais aperçu. Après quelques recherches, j'ai appris que le blanc, au XIXème siècle, était réservé aux familles aisées. Grâce à toutes ces vieilles photos, j'apprends des détails de notre Histoire, et je rends service à ceux qui ont besoin de mon savoir. Pour autant, je ne renonce pas aux nouvelles technologies : j'ai aussi un appareil photo numérique !"

Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter mon site : http://guy.joly1.free.fr/

Propos recueilli par Julie Boucher

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