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Xavier Méniscus : “J’explore les merveilles sous-marines !”

Publié le 15 septembre 2018

.photos:thierry-lopez
© Thierry LOPEZ Xavier Méniscus

Les rivières souterraines n’ont plus aucun secret pour ce plongeur professionnel qui a notamment scruté la résurgence de Port-Miou, dans les calanques de Marseille.

«Je suis scaphandrier professionnel depuis près de trente ans.

J’ai travaillé sur de nombreux chantiers immergés dans des ports, des barrages et des plates-formes de forage en mer, pour y faire de l’entretien et de la réparation, jusqu’à 150 m de profondeur.

Dans ces abysses, on n’a pas droit à l’erreur !

En particulier parce qu’on y respire des mélanges appauvris en oxygène mais enrichis en azote et en hélium, dont les proportions doivent être finement calculées.

De plus, ces deux derniers gaz restent dans l’organisme et se dilatent lorsqu’on remonte à la surface.

Pour les éliminer, il faut faire de longs paliers de décompression, à différentes profondeurs.

Et si toutes ces précautions ne sont pas respectées, c’est la mort assurée !

Mais depuis deux ans, j’ai arrêté de travailler pour me consacrer à ma passion : l’exploration de rivières souterraines !

L’évolution de la technologie, et en particulier l’utilisation de recycleurs, qui régénèrent les mélanges de gaz contenus dans nos bouteilles, permettent de plonger de plus en plus longtemps.

Avec l’équipe d’assistance qui m’accompagne lors de mes expéditions, je peux en effet tenir plus d’une dizaine d’heures en immersion autonome !

Ce qui me permet d’aller très loin, d’autant que je me sers aussi d’un scooter sous-marin !

Ainsi équipé, j’ai donc visité de multiples cours d’eau enfouis à travers la France et j’ai même battu un record près de Perpignan : dans la font Estramar, une impressionnante résurgence, j’ai parcouru plus de 3 km de distance pour descendre à 262 m, au cours d’une plongée qui aura duré treize heures !

Apesanteur

À chaque fois, c’est un véritable émerveillement de se retrouver comme en apesanteur, nageant à la découverte d’une succession de galeries et de siphons rocheux, où mes torches créent un étonnant spectacle d’ombres et de lumières.

Dans ces lieux hostiles, il n’y a presque pas de vie : seules quelques crevettes albinos arrivent à survivre, luttant contre l’écrasante pression !

De telles expéditions nécessitent une condition physique hors norme.

Et des mesures de sécurité drastiques : il faut doubler son matériel pour faire face aux éventuelles pannes, s’équiper d’un casque et d’une combinaison étanche pour lutter contre le froid, ne jamais perdre le fil d’Ariane afin de retrouver son chemin, ne pas palmer brusquement pour éviter de soulever trop de sédiments, mais aussi respecter les règles d’autonomie pour être certain de respirer à l’aller et au retour !

Malgré mon expérience, je me suis parfois fait peur, et il faut beaucoup de sang-froid et de concentration lorsque, par exemple, un respirateur lâche et qu’on doit passer sur celui de secours en quelques secondes ! Pourtant je retourne toujours dans ces boyaux immergés !

Spectacle

Depuis quelque temps, je parcours les tunnels de la résurgence de la calanque de Port-Miou.

Il faut dire que cette rivière souterraine est passionnante.

Quand elle se jette dans la Méditerranée, elle est saumâtre.

Depuis des décennies, des équipes de plongeurs tentent donc de remonter son cours pour localiser l’endroit où l’eau douce, qui provient de la Sainte-Baume, est rejointe par l’eau salée, qui arrive de la mer par un conduit voisin.

Le but étant ensuite de forer en amont pour récupérer l’eau pure qui, dans une région touchée par la sécheresse, serait d’une grande valeur.

Malgré les multiples explorations, de plus en plus en plus profondes, le “carrefour” tant recherché demeurait introuvable !

Jusqu’à ce que j’y plonge une nouvelle fois il y a quelques mois, à partir d’un puits d’accès percé dans les années 70, au cœur du massif surplombant la calanque.

À ce propos, je tiens à remercier l’association Rivières mystérieuses et la mairie de Cassis qui ont rendu cette expédition possible, encore une fois.

Et pour notre plus grand bonheur !

Car je suis descendu à la profondeur, jamais atteinte dans cette résurgence, de 233 m !

Le spectacle qui s’est alors offert à moi restera toujours gravé dans ma mémoire : j’ai débouché dans une immense galerie, comme une cathédrale de pierre, que personne n’avait encore visitée !

Quelle merveille sous-marine !

Grâce à des appareils de mesure sophistiqués, j’ai clairement constaté que l’eau salée et l’eau douce étaient encore séparées !

Elles se superposaient en deux couches distinctes, qui ne s’entremêlaient pas !

J’étais sans doute arrivé au fameux point de jonction !

Si c’est exact, de prochaines études permettront certainement d’atteindre l’eau douce tant recherchée, par son conduit d’alimentation qui doit être tout proche !

Comme aboutissement de ma passion, je ne pouvais pas rêver mieux ! »

Thierry LOPEZ

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