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Yann Bucaille Lanrezac : “Nos bistrots donnent confiance aux handicapés mentaux !”

Publié le 11 septembre 2018

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© Joyeux Yann Bucaille Lanrezac et Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées

Après une première ouverture à Rennes en décembre, cet entrepreneur breton de 48 ans a ouvert un deuxième café « Joyeux » à Paris. Particularité : il emploie des serveurs et cuisiniers atteints de divers handicaps.

«Il y a sept ans, j’ai créé une fondation (Émeraude Voile Solidaire) et fait construire un gros voilier afin d’embarquer à la journée, une fois par semaine, des personnes différentes : handicapés, prisonniers, prostituées.

J’effectue donc environ soixante-dix sorties en mer par an au large de Dinard.

Cette activité m’a fait connaître des gens extraordinaires qui m’ont étonné par leur générosité.

Les infirmières, médecins et toutes ces personnes qui travaillent sans relâche au service des autres m’ont donné envie d’aller plus loin.

Lors d’une de ces sorties, j’ai aussi rencontré Théo, un jeune homme de 20 ans, autiste.

Après la journée de navigation, il m’a interpellé : « Eh, Capitaine, tu n’aurais pas un boulot pour moi ? »

Je lui ai d’abord répondu : « Non, hélas… »

En colère, il m’a alors lancé : « Mais moi, je veux être utile dans cette société ! »

Son cri m’a interpellé.

Pendant deux ans, je me suis demandé ce que je pouvais faire en tant qu’entrepreneur…

Le monde du handicap souffre du chômage trois fois plus qu’ailleurs !

J’ai donc imaginé le premier café « Joyeux» à Rennes*, car je suis breton.

L’idée consiste à employer des personnes handicapées selon leurs capacités en proposant des plats et boissons de bonne qualité au public. 

Les employés ?

Je les appelle « nos cuisiniers ou nos serveurs joyeux », tant ceux-ci sont heureux de venir travailler pour un salaire décent.

On ne veut pas faire pitié, mais envie !

J’ai également recruté un assistant « joyeux » (qui est trisomique) à mon bureau. Il y travaille un jour par semaine.

Et je vous jure qu’il met de l’ambiance. Quand il n’est pas là, il y a un vide.

Le bilan de ce premier café-­restaurant, ouvert en décembre dernier en Bretagne, est super positif après quatre mois de fonctionnement.

Une mère m’a affirmé que son fils handicapé était si content d’avoir un travail qu’il courait le matin pour s’y rendre.

Cela fait chaud au cœur même si je sais que ce n’est que le début et que tout n’est pas si simple.

L’équipe de Rennes (composée de deux managers et de huit serveurs et cuisiniers) est soudée.

L’entraide y est réelle.

Et je constate que les employés donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Ils n’ont plus honte ou peur de dire que là, par exemple, ils ne savent pas faire…

Et le restaurant ne désemplit pas. Mais il faut voir sur la durée.

Le 21 mars dernier, premier jour du printemps, et aussi Journée mondiale de la trisomie 21, un deuxième bistrot a ouvert dans la capitale**. Les Bretons ont débarqué à Paname !

Responsabilité

Nous avons embauché vingt et un serveurs et cuisiniers « joyeux » encadrés par trois managers.

Mais ce n’est que le début de cette aventure parisienne et quelques réglages restent à faire.

Chacun apprend à se connaître.

C’est comme une petite start-up montée avec des gens qui ont des capacités différentes : certains travaillent vingt-cinq heures par semaine ; d’autres sont plus à l’aise avec quinze heures.

On s’adapte aux possibilités de chaque personne.

Déjà, les Parisiens répondent présent, et j’adore entendre sonner la clochette de l’établissement qui indique si quelqu’un a laissé un pourboire.

J’envisage d’ouvrir un autre café à Paris puis à Lyon, Lille et Bordeaux.

Je sens bien qu’il y a une attente.

Mais il faut le faire très progressivement. J’ai une lourde responsabilité envers mes nouveaux employés que je ne veux surtout pas décevoir.

L’entreprise et l’enseigne sont détenues par ma fondation.

Or, poursuivre cette aventure au cœur des grandes villes de l’Hexagone nécessite des partenaires et des investisseurs financiers bienveillants. 

Au fond de moi, je suis un entrepreneur chrétien, je ne le cache pas. C’est ma foi qui m’anime. Elle brûle au plus profond de mon cœur. Et c’est dans la prière que je me ressource.

Comme je le dis parfois, le héros, ce n’est pas moi, ce sont tous ces différents serveurs qui m’émerveillent chaque matin.

Leur envie, leur joie, leur détermination de travailler dans notre société me bouleversent… »

* 14 rue Vasselot, 35000 Rennes.
** 23 rue Saint-Augustin, 75002 Paris.

 

Alicia COMET

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