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Yvan Bourgnon : “Avec mon bateau géant, je vais nettoyer les océans !”

Publié le 30 juin 2018

Yvan Bourgnon, le célèbre navigateur de 46 ans, est à la tête d’un projet qui vise à dépolluer les mers. D’ici deux ans, il va faire construire un immense voilier qui récupérera les plastiques flottant sur l’eau.

«L’idée a germé dans ma tête il y a quatre ans.

Je naviguais alors autour du monde à bord d’un petit catamaran de 6 m et, toute la journée, je ramassais des déchets qui venaient cogner contre mes coques, se prendre dans le gouvernail ou se coincer sur la dérive.

Cela m’a consterné. 

Déjà, dans le passé, lors de mes compétitions, j’étais à plusieurs reprises entré en collision avec des containers frigorifiques (souvent fabriqués à base de polystyrène) flottants.

Et je voyais ces amas de plastique en tout genre souiller les océans un peu partout autour de moi.

Quelle désolation !

En rentrant en France, j’ai commencé à étudier la question. Comment concevoir le premier bateau à voile hauturier qui puisse collecter ces déchets ?

D’abord, j’ai pensé que, pour être efficace, il fallait voir grand.

Donc le bateau allait mesurer 70 m de long, 49 m de large et posséder quatre coques : un quadrimaran assez imposant (mais pas trop !) pour franchir les canaux de Panama et de Suez, et naviguer d’un océan à l’autre. Plus on ratisse large, mieux c’est !

Camion poubelle

Les études de faisabilité ont duré quatorze mois. Le défi était de taille : peut-on inventer un collecteur à bord, capable de compacter ces plastiques en pleine mer ?

La deuxième question était de savoir comment rendre ce navire autonome en énergie…

Progressivement, nous avons imaginé un système ingénieux : le bateau passe au-dessus des déchets, et ceux-ci se font piéger avant d’être acheminés par des tapis roulants qui les font automatiquement remonter à bord afin qu’ils soient dirigés vers des cuves de stockage.

Là, ils sont triés en deux catégories : ceux qui sont recyclables (comme les bouteilles en plastique, les jouets, les bidons) circulent vers un compacteur qui constituera des balles de 1 m3 qui seront ensuite ramenées à terre.

Le quadrimaran peut contenir 600 balles de 1 m3.

Quant aux plastiques qui ne se recyclent pas (car ils contiennent des caoutchoucs, des morceaux de fer, etc.), on va les mettre dans un grand four pyrolyse qui les fera fondre.

Ce résidu sera transformé à bord en gasoil, pour faire en partie fonctionner le bateau : ainsi 1 kg de plastique peut produire 0,8 l de gasoil.

Ensuite, pour faire avancer ce camion poubelle des mers, baptisé le Manta, il faut des voiles mais aussi 2 000 m2 de panneaux solaires et deux éoliennes à axe vertical de 58 m de haut chacune !

Après les études, nous sommes dans la phase de lancement d’appels d’offres.

Il faut attendre deux ans pour finaliser cela puis deux autres années pour construire ce navire géant, capable de voguer jusqu’à 100 km des côtes mais de préférence à l’embouchure des fleuves.

Car il existe aujourd’hui des zones plus polluées que d’autres : en Asie du Sud-Est, en Amazonie, au large du Brésil ou du Nigeria.

Il est important de récolter ces déchets lorsqu’ils flottent encore, car quelques semaines après avoir été largués dans l’eau, ils finissent tout simplement par couler et se décomposer.

Il est primordial d’intervenir à la source de la pollution. Il faut rappeler que chaque année, entre 8 et 10 t de plastiques sont déversées dans nos océans !

C’est le combat d’une vie, j’en suis conscient.

J’espère que d’ici une dizaine d’années, d’autres bateaux utilisant notre technologie et notre expertise verront le jour et nettoieront les mers… »

Pour participer au financement du bateau Manta : https://seacleaners.com

Alicia COMET

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