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Alerte à la pénurie de médicaments !

Publié le 20 octobre 2014

On ne trouve plus tout ce que l’on veut en pharmacie. Problèmes de fabrication, d’approvisionnement ou de gestion des stocks des médaments… Les médecins sont désarmés et les patients trinquent. France Dimanche fait le point.

Christophe EttvillerNOTRE EXPERT

”Avec la mondialisation de la chaîne de production,
le phénomène a pris de l’ampleur.”
Christophe Ettviller,
président du groupe distribution du Leem
(Les entreprises du médicament).

Médicaments plaquettesCet été, l’Ametycine, un médicament indiqué pour soigner certains cancers de l’estomac, du pancréas et du côlon, n’était plus disponible en pharmacie. En mai dernier, les traitements contre les nausées et les vomissements de la gamme Vogalène faisaient défaut. En janvier, c’est l’antibiotique Doxycycline qui avait disparu des officines pendant trois mois, alors qu’il n’existe aucun équivalent. Et cela dure depuis un certain temps déjà !

Pendant l’été 2013, quelque 3 millions de Français souffrant de troubles de la thyroïde risquaient déjà d’être à court de Lévothyrox. Finalement, en important d’Italie un stock complémentaire d’une spécialité équivalente et en augmentant sa capacité de production, le laboratoire avait pu éviter le pire.

À la même période, l’Esidrex, un médicament de référence dans l’hypertension artérielle, avait également cessé d’être commercialisé pendant plusieurs semaines. En fait, depuis 2006, les risques de ruptures de stocks se multiplient : en 2008, 44 médicaments étaient concernés contre 427 entre septembre 2012 et octobre 2013.

Selon une enquête du Leem (Les entreprises du médicament), la durée moyenne de rupture est de 94 jours. Une situation difficile à accepter par les patients, les médecins et les pharmaciens, car une interruption de traitement, même momentanée, peut avoir des incidences graves sur la santé d’un malade.

Des causes multiples

La rupture de stock a plusieurs origines, notamment l’externalisation massive (à 70 %) de la production des matières premières, en Chine et en Inde majoritairement : « Un tiers des ruptures est lié à un manque de ces matières premières (production momentanément défaillante, qualité du principe actif non conforme aux normes européennes, augmentation imprévue des commandes, etc.), explique notre expert.

Un deuxième tiers est dû à un problème d’approvisionnement (incidents de production, problème de conditionnement ou de livraison…). Le dernier tiers est imputable au manque de prédictibilité des marchés, lié notamment aux déremboursements de médicaments, aux passages en génériques et à la demande croissante des pays émergents, ce qui a pour conséquence d’entamer les stocks de sécurité…

Enfin, certaines ruptures sont dues à l’exportation vers des marchés plus lucratifs, plaçant la France dans une situation de pénurie. » Or, les délais de fabrication sont longs : il peut s’écouler plusieurs mois depuis l’élaboration du principe actif jusqu’à la livraison en pharmacies.

Capture d’écran 2014-10-02 à 16.21.33Quelles catégories de médicaments ?

Selon l’enquête du Leem, les ruptures déclarées à l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) ont concerné des médicaments « indispensables » à hauteur de 28 % et à 72 % des médicaments dont on peut se passer provisoirement sans mettre en jeu un pronostic vital (voir infographie).

Certaines classes thérapeutiques sont plus touchées, comme les traitements hormonaux, les anti-infectieux, les anticancéreux et les médicaments pour les troubles du système nerveux central.

Quelles solutions ?

« Si le phénomène a pris de l’ampleur, nous sommes toujours parvenus à y faire face et les ruptures devraient s’atténuer dans les années à venir», rassure notre expert. En effet, les industriels ont l’obligation de mettre en place un centre d’appel d’urgence accessible aux pharmaciens d’officine et d’hôpital, ainsi qu’aux grossistes qui répartissent les médicaments – ces derniers sont tenus de disposer de 15 jours de stock. Les industriels doivent également informer l’ANSM lorsqu’il s’agit d’anticiper ou traiter une situation de rupture de stock.

Ils doivent aussi être en mesure de dépanner en cas d’urgence. Ce « dépannage » peut se faire en délivrant une autre forme ou un dosage différent du même médicament, par un conditionnement initialement destiné à un autre marché, ou par un médicament identique (souvent générique) appartenant à un autre laboratoire. Ces mêmes industriels communiquent aussi avec les professionnels de santé pour éviter les nouvelles prescriptions à de nouveaux patients.

Par ailleurs, les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur bénéficient d’une sécurité accrue. Aujourd’hui, 95 % de l’ensemble des médicaments sont disponibles au quotidien pour le patient. Les industriels travaillent pour augmenter encore ce chiffre.

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En savoir plus

• Le site de l’ANSM :
ansm.sante.fr 
Tél. 01 55 87 30 00.
• Voir le rapport de l’Ordre national des pharmaciens de mai 2014, disponible sur :
www.ordre.pharmacien.fr (dans Communications et Rapports d’activité).
Tél. 01 56 21 34 34.

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