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Vie pratique

Anne BEREST : “Attention aux modèles qui culpabilisent !”

Publié le 26 décembre 2015

Après l’ouvrage collectif How to Be Parisian (éd. Ebury Press), best-seller mondial en 2014, Anne Berest recherche seule la femme parfaite « qui forcément ne l’est pas ».

C’est une romancière et scénariste épanouie qui nous reçoit dans son appartement décoré de dessins d’enfants près de Montparnasse. Entretien avec une auteure très enceinte, sur un sujet léger et grave à la fois.

France Dimanche : Après la Parisienne, la femme parfaite. Les deux sont liées ?

Anne Berest : Inconsciemment oui, même si j’ai écrit mon nouveau livre avant. On avait cassé avec humour le mythe de la Parisienne qui naît avec le gène du bon goût vestimentaire et peut manger du camembert sans grossir. Dans ce roman, je réitère un avertissement : gare à l’obsession de la perfection, car à un moment donné, on va craquer!

F.D. : La description de Julie par son amie laisse percer ironie et jalousie…

A.B. : Bien sûr, voir des femmes qui sortent de la maternité avec un jean taille 36, ça énerve ! Même s’il faut distinguer celles qui sont naturellement longilignes et celles victimes de « prégnorexie », l’anorexie de la femme enceinte. Un phénomène nouveau et préoccupant. Cela illustre un problème de société avec l’obsession des corps sans formes célébrés dans les magazines.

F.D. : Vous avez beaucoup de « Julie » dans votre entourage ?

A.B. : Des bonnes épouses, bonnes mères, bonnes travailleuses, etc. Évidemment ! Julie et la narratrice, des personnages que tout oppose, sont un mélange de femmes que j’admire et de moi. Je suis parfois l’une, parfois l’autre. La quête de la perfection est vouée à l’échec. On ne peut pas tout réussir, et ce n’est pas grave. Il faut le savoir, sinon on déprime.

F.D. : On sent que vous en voulez aux femmes de la génération précédente qui, à force de prôner l’égalité, ont créé des caricatures de Wonder Women malheureuses ?

A.B. : Le personnage qui fait cette remarque est très mal. Ses propos sont exagérés, car la révolution féministe était une étape nécessaire. Néanmoins, maintenant que nous bénéficions du combat de ces pionnières, il ne faut plus se battre contre les hommes, mais avec eux.

F.D. : Les hommes recherchent-ils la femme parfaite ?

A.B. : Pas du tout ! Ils sont fatigués par le côté obsessionnel et perfectionniste des femmes. Ils aspirent à plus de tranquillité et de simplicité. Il y a un vrai malentendu, car un défaut peut aussi avoir beaucoup de charme.

F.D. : C’est plutôt l’amour parfait qu’il faut chercher en fait ?

A.B. : Oui, comme Gérard, le type de Venise qui ne sait pas si la femme parfaite existe et ne veut pas la rencontrer. Il sait juste ce qu’est un amour parfait et le définit en disant

LIVRE Anne Berest
que sa femme ne lui a jamais demandé de faire quelque chose qu’il n’était pas capable de faire. Elle n’était physiquement pas idéale, mais elle savait aimer. C’est bien ça le plus beau, d’autant que Gérard existe vraiment, c’est mon meilleur ami. Un homme qui a connu une femme ayant poussé son désir de perfection jusqu’à ne pas lui dire qu’elle était malade pour ne pas le rendre triste. C’est beau, non ?
Recueilli par Yves Quitté

Femmes (parfaites) au bord de la crise de nerfs !

Pour la narratrice, une photographe qui fait des portraits de femmes pour une exposition, la quête de la perfection s’avère aussi subjective que décevante. Échaudée par sa voisine de palier dite parfaite mais qui s’écroule pour « épuisement maternel aigu », l’auteure de Sagan 1954 nous entraîne dans un savoureux tour de France des femmes. Tout en donnant la part belle aux hommes, comme « l’ex » sur lequel on peut compter. Elle distingue femmes libérées et femmes libres, et alerte avec humour des dangers de la perfection. Qui rime avec prison.

Recherche femme parfaite, d’Anne Berest, éd. Grasset, 19 €.

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