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Vie pratique

Bégaiement : N’ayons pas peur des mots !

Publié le 28 octobre 2015

En France, 600 000 personnes sont touchées par ce véritable handicap. Pourtant, le bégaiement peut être maîtrisé. Une spécialiste nous aide à faire le point sur les thérapies.En France, 600 000 personnes sont touchées par ce véritable handicap. Pourtant, le bégaiement peut être maîtrisé. Une spécialiste nous aide à faire le point sur les thérapies.

SPÉCIAL JOURNÉE MONDIALE LE
22 OCTOBRE 2015

Albert Einstein, Marylin Monroe, François Bayrou, Bruce Willis, Jamel Debbouze, Yoann Fréget… De nombreuses personnalités sont bègues, ce qui ne les a pas empêchées de faire carrière. Pourtant, ce mal demeure tabou et inspire de la honte à ceux qui en souffrent. À quoi est-il dû ? Comment venir à bout du bégaiement ? Explications.

Experte Elisabeth VincentBégaiement Livre experteNOTRE EXPERTE

Il faut apprendre à se détendre et à dédramatiser pour limiter les accidents de la parole.“
Élisabeth Vincent,
orthophoniste spécialisée dans le bégaiement,
membre de l’Association parole bégaiement
et auteure de "Le bégaiement",
collection « Les essentiels », éd. Milan, 8,90 €.

Emotions et hérédité

« Ce trouble, qui consiste à répéter, buter sur des mots, touche davantage les garçons (à 80 %) et se manifeste surtout avant l’âge de 5 ans, explique l’orthophoniste Élisabeth Vincent. Il est dû à une prédisposition génétique, une particularité neurologique du cerveau et à des causes émotionnelles. Lorsqu’on est fatigué, excité ou stressé, on bégaie davantage. Consultez votre pédiatre ou votre médecin traitant aux moindres signes. Ils vous prescriront un bilan orthophonique. »

Comment le contrer ?

« Il n’existe aucun remède qui en vienne définitivement à bout, souligne notre experte. Un suivi par un orthophoniste spécialisé est nécessaire. Pour le jeune enfant, la prise en charge implique la famille, qui doit veiller à l’entourer et le soutenir. Un suivi de quelques mois permet généralement un retour à la normale. »

Pour les adolescents et les adultes, la prise en charge dure plus longtemps. « On analyse la parole, on contrôle la vitesse, on apprend à dédramatiser et à gérer les situations de stress. Les patients s’auto-analysent à partir d’enregistrements audio ou vidéo », détaille Élisabeth Vincent. Ces séances peuvent être complétées par des thérapies comportementales et cognitives (TCC).

Selon l’orthophoniste, « le bégaiement peut disparaître, mais ce que l’on veut, c’est que les personnes bègues n’évitent plus certaines situations, qu’ils ne se coupent plus de leur interlocuteur. C’est tout un travail de regard sur soi ». De même, l’hypnose, la thérapie­ de groupe, ainsi que la pratique du chant ou du théâtre peuvent aider. À savoir : plus le bégaiement est pris en charge tôt, plus le traitement s’avère efficace.

TÉMOIGNAGES

Bégaiement Sophie“Je suis enfin moi-même !”
Sophie,
45 ans, Marly-le-Roi (78)
« J’ai bégayé dès l’âge de 3 ans et demi, quand j’ai commencé à parler. Mon parcours scolaire a été difficile. Mes professeurs préféraient m’ignorer plutôt que chercher à comprendre la source de mon mal-être. Puis j’ai appliqué la méthode Impoco, développée par un ancien bègue. Elle a été efficace quelques mois, mais cela n’a pas duré. Après, j’ai suivi une psychothérapie qui m’a permis de mieux me connaître, d’accepter mon handicap. J’ai tout testé, et c’est finalement l’orthophonie qui, depuis quatre ans, m’aide à mieux maîtriser mon bégaiement. Cela fonctionne très bien et je progresse sans cesse. D’ailleurs, le fait d’en parler lors de mon dernier entretien d’embauche m’a été bénéfique. Ce n’est plus un sujet tabou et j’ai pu reprendre confiance en moi. Je suis d’ailleurs maintenant responsable d’une boutique et vis en couple depuis dix ans. L’amour et le soutien de mon conjoint ont contribué à cette réussite. Je suis enfin moi-même ! Je conseille aux parents d’être à l’écoute de leurs enfants, car il est important de communiquer. »

Bégaiement Yoann“Il faut se détacher du regard des autres”
Yoann Fréget,
28 ans, Rueil-Malmaison (92)
Vainqueur de The Voice en 2013 et parrain de l’Association parole bégaiement, il se confie sur son handicap, afin d’apporter de l’espoir à ceux qui sont touchés par le même trouble que lui.
« Mon bégaiement est apparu à l’âge de 3 ans et demi, au moment de la séparation de mes parents. Ceux-ci ont réagi d’emblée, car mon père en avait souffert au même âge après un choc affectif. Il existe un facteur d’hérédité et un lien émotionnel dans le bégaiement. Je suis allé voir le même phoniatre que papa qui m’a initié aux techniques de respiration et de relaxation. Cela m’a beaucoup aidé, mais sans guérir mon trouble. Puis, à 15 ans, j’ai découvert le chant gospel afro-américain. Cette musique m’a donné confiance en moi et apporté sérénité, ce qui a diminué le bégaiement. Cependant je continuais à en souffrir, notamment lors des examens scolaires. À 19 ans, j’ai découvert la méditation, qui m’a recentré sur mon “moi” profond. Au bout de quelques mois, mon entourage a remarqué que je ne bégayais presque plus ! Le sentiment de dévalorisation a totalement disparu. Depuis le début de mon aventure médiatique, des milliers de bègues m’ont écrit pour me dire que je leur donnais de l’espoir. Aujourd’hui, je vis avec mon mal. Je pratique la méditation au quotidien pour mieux gérer le stress. Je n’ai plus aucune appréhension avant de monter sur scène ou sur un plateau télé. Mon conseil ? Se détacher du regard des autres ! »

Bégaiement William“Cela ne doit pas nous empêcher de vivre”
William Chiflet,
45 ans, Paris (75)
« J’ai commencé à bégayer très jeune. Si le personnel de l’école a indiqué à mes parents que cela passerait, cela n’a pas été le cas. Dès la maternelle, j’ai consulté une psychothérapeute et, au CP, j’ai commencé l’orthophonie. J’ai vu au moins cinq spécialistes du bégaiement, avec succès. Mais, à 12 ans, j’ai tout arrêté, j’en avais assez. J’ai alors bégayé beaucoup, ce fut une période très difficile. Puis j’ai suivi la méthode Impoco, basée sur l’impulsion mais décriée par les scientifiques. Si elle n’a pas vraiment marché, elle m’a fait beaucoup de bien. Pour la première fois, je me suis entendu presque “fluide”. Prêt à tout pour guérir, j’ai essayé les méthodes alternatives : acupuncture, psy, homéopathie, ostéopathie, j’ai même vu un magnétiseur et un mage ! En vain. Puis je suis rentré à la fac. J’étais heureux. Et lorsque l’on se sent mieux, on bégaye moins. J’ai néanmoins repris les séances d’orthophonie à 20 ans, qui ont été très efficaces… Je suis entré à la télévision avant de devenir producteur. Par provocation ou pour montrer que j’étais en vie, j’ai choisi un métier qui comporte beaucoup de relationnel. J’ai toujours assumé mon handicap. J’ai rencontré ma femme, avec qui j’ai eu deux enfants. Mais, à Noël 2008, mon fils aîné, âgé de 3 ans, s’est mis à buter sur les mots au moment d’ouvrir ses cadeaux. Ce fut horrible pour moi. Nous l’avons très vite emmené chez un orthophoniste. Comme il y a une composante “psy” dans le bégaiement, nous lui avons expliqué qu’il ne servait à rien de vouloir me ressembler, que cela me faisait du mal de le voir ainsi. Au bout de trois mois, son trouble avait disparu. J’ai écrit un livre pour raconter mon histoire, ce qui m’a fait beaucoup de bien. J’avais envie de partager mon expérience et de dire que le bégaiement ne doit pas nous empêcher de vivre ! »

Bégaiement Livre ChifletÀ LIRE
"Sois bègue et tais-toi !
de William Chiflet
(préfacé par François Bayrou),
éd. L’Archipel, 16,95 €.

CARNET PRATIQUE

• Association parole bégaiement,
tél. : 01 46 65 36 39,
e-mail : contact@begaiement.org
site : begaiement.org
facebook.com/AssociationParoleBegaiement
• Self-help,
groupe d’entraide réunissant des personnes bègues,
site : selfhelp-begaiement.fr
• Blog 
http://goodbye-begaiement.blogspot.fr/

Florence Heimburger

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